Imaginons un instant que la FSSPX ait tort ?
Meneau -  2010-11-30 23:39:20

Imaginons un instant que la FSSPX ait tort ?

1/ Imaginons une tribu primitive dont la coutume serait de faire rôtir à petit feu tous les dimanche l'un de ses membres, mais non pas jusqu'à ce que mort s'ensuive, mais seulement à l'extrème limite, pour ensuite le relâcher dans la nature (quasiment assuré d'une mort certaine). Imaginons maintenant qu'un membre de cette tribu, mû par un sentiment de pitié, exécute discètement les presques-mourants à la sortie du village, pour leur épargner des souffrances inutiles. Cette marque de pitié n'est-elle pas un début de responsabilité, un premier pas pour ouvrir la voie à une certaine morale ? Bien entendu, nous sommes d'accord, le sauvage en question commet directement un meurtre. Cela n'est certes pas moral et les circonstances ne permettent en aucun cas de rendre cet acte moral. Mais dans le référentiel moral de cet individu, dans sa société primitive, on peut néanmoins discerner dans cet acte le début d'une certaine "moralisation". 2/ Allons un peu plus loin. St Thomas admet qu'un homme à la conscience invinciblement erronée commettrait un péché en n'agissant pas selon celle-ci. Est-ce que pour autant St Thomas justifie moralement l'acte en soi immoral de cet homme, mais que celui-ci considère comme un bien, comme "admissible en vue de l'amener à la conversion" ? Sous-entendu "moral peut-être un petit peu, selon la loi de la gradualité" ? Pas du tout ! 3/ Il ne s'agit pas ici, comme le prétend la FSSPX, d'envisager le cas de ce primitif selon le principe de gradualité; il ne s'agit en particulier pas de "permettre" certains délits ! Le meurtre reste un meurtre. Il s'agit uniquement de reconnaître éventuellement dans ce mouvement de pitié un début, un premier pas. Premier pas qui n'est pas un bien en soi, mais qui démontre une certaine bonne volonté. Je ne suis donc pas d'accord avec ce paragraphe :

Benoît XVI semble envisager le cas de ce prostitué selon les principes de la « morale de gradualité » qui veut permettre certains délits moins graves pour amener progressivement les délinquants de délits extrêmes à l’innocuité. Ces délits moindres ne seraient pas moraux, sans doute, mais le fait qu’ils fassent partie d’un cheminement vers la vertu les rendrait licites.

Benoît XVI ne permet pas le délit lui-même en soi. Il ne le considère pas comme licite. 4/ Pour finir, que l'on attende du pape dans ce genre de circonstances, un rappel ferme et clair de la morale en la matière, une réponse directe à une question directe, oui, OK, d'accord. Force est de constater que cela n'a pas été parfaitement clair, au vu de l'interprétation que se sont permis d'en faire les médias. Mais ne faisons pas dire non plus au pape ce qu'il n'a pas dit, et ne présentons pas les choses comme s'il avait retourné sa veste, comme s'il enseignait une erreur contraire à Paul VI ou à Casti Conubii. Sinon nous ne valons pas mieux que lesdits médias, justement. Si donc la FSSPX veut y aller de son commentaire public concernant cette déclaration du pape, qu'elle rappelle donc la morale catholique, qu'éventuellement elle reproche au pape un manque de prudence, un manque de clarté, une déclaration ambigüe, qu'elle demande même éventuellement respectueusement et filialement au pape une "correction" officielle du message, rappelant l'intégralité de la morale catholique en la matière, et s'inscrivant en faux contre la conclusion des médias comme quoi "une porte serait ouverte". Mais que la FSSPX ne lui fasse pas non plus dire ce qu'il n'a pas dit. Cordialement Meneau