L’interrogatoire de saint André
Vianney -  2010-11-30 11:25:20

L’interrogatoire de saint André

Nous saurions très peu de choses sur lui, si les prêtres de l'Achaïe n'avaient pris soin d'envoyer aux églises du monde entier la relation de son martyre, dont ils avaient été les témoins oculaires. Son interrogatoire fut très long, mais ne servit qu'à faire éclater, en même temps que l'intrépidité de l'apôtre, la beauté de la religion chrétienne.

Comme je l’indiquais il y a un an en me basant sur un ouvrage de Dom Guéranger, c’est dans cette relation des prêtres de Patras qu’on trouve, semble-t-il, la première trace écrite de l’Immaculée Conception. Suivant ce récit digne de foi, le proconsul Égée, dont saint André avait baptisé l’épouse, vint en personne à Patras pour obliger l’apôtre et ses disciples à sacrifier aux idoles :

“Votre Jésus qui prêchait ces sottises a été attaché au gibet de la croix.” André répartit : “C’est pour nous racheter et non pour des crimes qu’il a bien voulu souffrir le supplice de la croix.” Égée : “Il a été livré par son disciple, pris par les Juifs et crucifié par les soldats ; comment donc peux-tu dire qu'il a souffert de plein gré le supplice de la croix !” Alors André démontra par cinq raisons que Jésus-Christ avait souffert parce qu'il l’avait voulu. 1. Il a prévu et prédit sa passion à ses disciples, lorsqu’Il dit : “Voici que nous allons à Jérusalem, etc.” ; 2. Quand saint Pierre voulut l’en détourner Il s’indigna fortement et lui dit : “Va-t-en derrière moi ; Satan, etc.” ; 3. Il a clairement annoncé qu’Il avait le pouvoir et de souffrir et de ressusciter tout à la fois, lorsqu’Il dit : “J'ai la puissance de quitter la vie et de la reprendre” ; 4. Il a connu d’avance celui qui Le trahissait, lorsqu’Il lui donna du pain trempé, et cependant Il ne se garda pas de lui ; 5. Il choisit l’endroit où Il savait que devait venir le traître. Lui-même assura avoir été témoin de chacun de ces faits ; il ajouta que c’était un grand mystère que celui de la croix. Égée répondit : “On ne saurait appeler mystère ce qui fut un supplice ; cependant si tu n’obtempères pas à mes ordres, je te ferai passer par l’épreuve du même mystère.” André : “Si j’étais épouvanté du supplice de la croix, je n’en proclamerais point la gloire. Or je veux t’apprendre ce mystère de la croix, peut-être qu’en le connaissant tu y croiras ; tu l’adoreras et tu seras sauvé.” Alors il commença à lui dévoiler le mystère de la Rédemption et lui en prouva par cinq arguments la convenance et la nécessité. Le premier argument est que le premier homme ayant donné naissance à la mort par le bois, il était convenable que le second homme détruisît la mort en souffrant sur le bois. Le deuxième, que le prévaricateur ayant été formé d’une terre immaculée, il était juste que le réconciliateur naquit d’une vierge immaculée. Le troisième, que Adam ayant étendu la main avec intempérance vers le fruit défendu, il seyait que le second Adam étendît sur la croix ses mains immaculées. Le quatrième, que Adam ayant goûté de l’arbre défendu un fruit agréable, il était convenable que le Christ, lorsqu’il fut abreuvé de fiel, détruisît le contraire par son contraire. Le cinquième est que, pour nous conférer son immortalité, il importait que le Christ prît avec lui notre mortalité : car si Dieu ne s’était fait mortel, l’homme ne fût pas devenu immortel.