À propos de la question controversée du préservatif, le professeur Rhonheimer explique pourquoi Benoît XVI a raison
À ce point du raisonnement, on s’attend à ce que Benoît XVI réitère la condamnation absolue du préservatif. Et bien pas du tout. Prenant le lecteur par surprise, il dit que dans différents cas son utilisation peut être justifiée, pour des raisons autres que contraceptives. Et il donne l'exemple d’"un prostitué" qui utilise le préservatif pour éviter la contamination : l'exemple, donc, d’un acte qui reste en tout cas un péché, mais dans lequel le pécheur a un sursaut de responsabilité, que le pape voit comme "un premier pas vers une façon différente, plus humaine, de vivre la sexualité". Si cette compréhension affectueuse s’applique à un pécheur, elle peut à plus forte raison s’appliquer au cas classique que rencontrent en Afrique et ailleurs les prêtres et les missionnaires : celui de deux époux dont l’un est malade du sida et utilise le préservatif pour ne pas mettre la vie de l’autre en danger. On peut citer, parmi les cardinaux qui ont jusqu’à présent avancé, de manière plus ou moins voilée, la licéité de ce comportement et d’autres comportements analogues, les Italiens Carlo Maria Martini et Dionigi Tettamanzi, le Mexicain Javier Lozano Barragán, le Suisse Georges Cottier. Mais lorsqu’en 2006 "La Civiltà Cattolica", la revue des jésuites de Rome qui est imprimée après contrôle préalable de la secrétairerie d’état du Vatican, a confié le sujet à un grand expert en ce domaine, le père Michael F. Czerny, directeur de l'African Jesuit AIDS Network, organisation qui a son siège à Nairobi, l'article a été publié après élimination des passages admettant l'utilisation du préservatif pour freiner la contagion. Il a fallu le pape Benoît pour dire ce que personne, au sommet de l’Église, n’avait osé dire jusqu’à présent. Et cela suffit à faire de lui un humble et doux révolutionnaire. (Extrait de "L'Espresso" n° 48 de 2010).
Source Sandro Magister