Pourquoi le Pape a raison ?
Gaudium -  2010-11-28 17:36:37

Pourquoi le Pape a raison ?

Voici un essai de réponse à ceux qui formulent une critique fondamentale de la pensée du Pape sur le préservatif, notamment par rapport à la question du "mal intrinsèque" de la contraception, et à l'approche chrétienne du "moindre mal". J'ai essayé de le faire le plus humblement possible, et accepte volontiers qu'on mette en évidence d'éventuelles erreurs. Critique opposée aux propos du Pape sur le préservatif : Le raisonnement est le suivant : 1° Il n’est jamais permis de faire un mal, même moindre, pour qu’il en résulte un bien plus vaste ou pour éviter un plus grand mal (même s’il est permis de « tolérer » un mal en vue de promouvoir un bien plus important ou d’éviter un mal plus grave) ; 2° Par ailleurs, l’usage du préservatif, en tant que contraceptif, est toujours intrinsèquement immoral ; 3° Or, le Pape considère que, « dans certains cas », le préservatif, sans être à proprement parler une « solution réelle ou morale », « pourrait néanmoins être, dans le but de réduire le risque d'infection, une première étape vers un moyen différent, un autre moyen humain, de vivre la sexualité », « un premier pas vers une moralisation, un début de responsabilité », du moins quand « le préservatif est utilisé uniquement en dernier recours lorsque [la continence et la fidélité] (la Pape dit « abstinence » et « be faithful ») ne fonctionnent pas » ; 4° Donc le Pape défend une position qui n’est pas catholique ; Critique de la critique : Que répondre à cette critique du discours papal ? En réalité, il me semble que la critique présentée ci-dessus contient une erreur de raisonnement au 2°. Pourquoi ? I.- L’usage d’un contraceptif est intrinsèquement immoral dans le cadre de relations conjugales (ou para-conjugales), mais pas dans le cadre de relations non conjugales
L’Eglise a toujours appréhendé la question de la sexualité à partir de l’institution du mariage. Ceci est particulièrement vrai à la lecture de l’encyclique de Paul VI Humanae vitae sur la contraception, car le mariage est le lieu naturel (et donc moral) de tout acte de nature sexuelle. En effet, « l’union matrimoniale (…) est ordonnée (…) à la communion et au bien des conjoints, à la génération et à l’éducation des enfants » (Compendium 338, CEC 1660). En outre, « l’acte conjugal a une double signification : unitive (la donation réciproque des époux), et procréative (l’ouverture à la transmission de la vie). Nul ne doit briser le lien indissociable que Dieu a voulu entre les deux significations de l’acte conjugal » (Compendium 496, CEC 2362-2367). C’est pourquoi, « est intrinsèquement mauvaisetoute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation” » (Humanae vitae 14, CEC 2370). Notons que la condamnation par l’Eglise de la contraception se situe dans le cadre « conjugal » (du mariage). Le Catéchisme de l’Eglise catholique explicite : « au langage qui exprime naturellement la donation réciproque et totale des époux, la contraception oppose un langage objectivement contradictoire selon lequel il ne s’agit plus de se donner totalement l’un à l’autre. Il en découle (…) une falsification de la vérité interne de l’amour conjugal, appelé à être un don de la personne toute entière » (Familiaris consortio 32, CEC 2370). Cette « donation réciproque et totale des époux » implique « l’ouverture à la vie », sans quoi cette donation serait partielle, comme amputée, et exclut par suite la contraception (Familiaris consortio 32, CEC 2370). En définitive, la contraception est un mal intrinsèque dans le cadre de relations conjugales (entre époux). Par extension, on peut considérer qu’il s’agit également d’un mal intrinsèque dans le cadre de relations « para-conjugales » (concubins qui entendent vraiment se donner l’un à l’autre, de manière exclusive, totale et définitive, et qui se considèrent comme des époux – à tort bien sûr (leur situation contrevient objectivement à la loi de Dieu) – , bien qu’ils ne soient pas (encore) mariés, soit qu’ils envisagent de se marier, soient qu’ils n’y voient qu’une formalité sans substance). On pourrait parler « d’état d’esprit conjugal ». En revanche, quid des relations non conjugales (entre deux personnes non mariées, ou du moins qui ne se considèrent pas comme des époux) ? Peut-on attendre de ces personnes la plénitude du don ? Cela vise la fornication, d’une manière générale (j’émets une réserve s’agissant des relations « para-conjugales », bien que ces situations soient peccamineuses), et a fortiori l’adultère et la prostitution. La réponse est évidemment non ! Parce que ces relations (fornication, adultère, prostitution), sont viciées à la base. Elles sont fondamentalement faussées. Ces personnes n’entendent pas se donner l’une à l’autre, et/ou, en tout état de cause, ne peuvent pas prétendre se donner l’une à l’autre, car elles ne s’appartiennent pas. L’essence, la nature même de ces relations hors mariage excluent la « donation réciproque et totale », car lieu naturel et unique d’une telle donation est le mariage. Aussi ces relations sont-elles intrinsèquement désordonnées. Dès lors, quelle malice supplémentaire viendrait ajouter l’emploi d’un contraceptif ? Je ne vois pas. En effet, la contraception est moralement illicite parce qu'elle porte atteinte à la plénitude du don propre à "l'acte conjugal" (cette expression n’est pas neutre), c'est-à-dire à l'union intime et intégrale de deux personnes qui trouve son fondement et son sens dans le mariage. En dehors du mariage, il ne peut y avoir de don véritable, authentique, plénier, total, intégral. Va-t-on, par exemple, reprocher à un homme ou une femme adultère (à défaut de réussir à les convaincre de rester fidèles à leurs conjoints respectifs) de ne pas prendre un préservatif ou la pilule au prétexte que la contraception risquerait d’amputer la plénitude de leur prétendue « donation réciproque ». A la limite, dans cet exemple, l’usage d’un contraceptif manifeste une certaine retenue l’un vis-à-vis de l’autre, et témoigne de la conscience (minimale) qu’ils ne s’appartiennent pas, qu'il n'y a pas de don véritable et authentique, total et plénier (et par suite devant être ouvert à la vie) en dehors du mariage. D’une certaine façon, les encourager à ne pas prendre de contraceptif, alors qu’ils ne veulent pas renoncer à leur relation adultère, revient à les inviter à aller encore plus loin dans la tromperie. Va-t-on reprocher à une prostituée d’exiger de son client qu’il utilise un préservatif au prétexte que cela priverait ce supposé don réciproque qu'est ce rapport tarifé de sa portée plénière, alors qu’il s’agit uniquement de sexe, nullement d’amour. Ne serait-ce pas un mensonge de plus ? En conclusion, en dehors du mariage, le péché, c'est la fornication, l'adultère, la prostitution. La contraception n’ajoute pas nécessairement un péché supplémentaire. II.- Les deux propriétés, préventive et contraceptive, du préservatif : l’une voulue « en soi », l’autre tolérée « par accident » A supposer que la contraception soit toujours un mal supplémentaire par rapport à l’acte sexuel intrinsèquement désordonné (ex. : fornication, adultère, prostitution), il ne faut pas se focaliser sur l’effet contraceptif du préservatif. En effet, le préservatif a deux propriétés cumulatives : l’une préventive ou sanitaire (éviter la contamination), et l’autre contraceptive (éviter la procréation). Admettons que la seconde propriété soit toujours intrinsèquement illicite, même en dehors mariage. La première propriété est quant à elle moralement acceptable. L’usage du préservatif apparaît recevable dès lors que, face à un danger de contamination par une MST grave, c’est la vertu préventive du préservatif qui est voulue en elle-même, l’effet contraceptif n’étant qu’un moindre mal toléré « par accident» (effet collatéral), et non recherché « en soi » ni comme fin, ni comme moyen. Le tout étant sauve la condamnation, plus généralement, de tout acte sexuel désordonné, c’est-à-dire accompli hors mariage et fermé intentionnellement à la vie. Concluons avec la formule de feu le Cal Lustiger, rapportée par le Cal Barbarin : « à défaut d’être des saints, au moins ne soyez pas des assassins ». Gaudium PS : merci pour ceux qui auront eu le courage de me lire jusqu'au bout !