Réginald - 2010-11-28 15:17:13
réflexions + analogie
Le problème qui agite le forum depuis quelques jours est pourtant simple pour qui connaît saint Thomas ne serait-ce qu'un peu:
* le mal, formellement considéré, n'est pas une forme, mais justement la privation de la "forme" ou du bien dû;
* or bien que vise l'acte conjugal, c'est la génération biologique d'un enfant, qui pourra recevoir une éducation pleinement humaine dans un foyer composé d'un père et d'une mère;
* donc tout ce qui prive l'acte conjugal, à différents niveaux, de cette fin intégrale est intrinsèquement mauvais.
Le degré le plus grave de privation objective est atteint dans les actes contre-nature, quel que le soit le sexe et les pratiques des personnes intéressées, parce qu'ils sont fermés à la génération physique. Dans un commerce charnel entre homosexuels masculins, l'activité sexuelle est de toute façon étrangère à la conception, et constitue pour cela la matière d'un péché mortel. Dès lors je ne vois pas bien, salvo meliori iudicio, quelle malice formellement supplémentaire l'usage du préservatif peut ajouter à ce péché. Au contraire, si l'une des personnes décidée à commettre cet acte craint d'être infectée par le s.i.d.a., ou même ignore si elle a, ou non, ce virus, il paraît raisonnable qu'elle mette un préservatif, même si ce moyen, dit-on, ne garantit pas de "protection" absolue contre la maladie. Quant à reprocher au Saint Père, comme font plusieurs intervenants, de ne pas annoncer en plénitude l'enseignement du Christ sur ce point, cette accusation est aussi odieuse que ridicule. Il n'est pas un de nos contemporains qui ne sache que l'Eglise est contraire à tout exercice de la sexualité en dehors du mariage indissoluble entre un homme et une femme, et c'est bien ce qui suscite tant de haine contre elle dans les médias et les assemblées politiques. Au total, on ne peut que considérer avec quelque inquiétude l'existence de cette surenchère traditionnaliste, qui n'a rien de traditionnel, comme le montre bien la réserve qui s'exprime jusque face à saint Alphonse de Liguori, que personne n'a jamais pris pour un "libéral".
Si l'on voulait se montrer un peu provocateur,on peut se demander que penser du texte suivant:
Article 19.
Tous les prisonniers de guerre et prisonniers civils allemands, y compris les prévenus et condamnés qui ont été arrêtés et condamnés pour des actes commis en faveur du Reich allemand, doivent être remis sans délai aux troupes allemandes. Le Gouvernement français est tenu de livrer sur demande tous les ressortissants allemands désignés par le Gouvernement du Reich et qui se trouvent en France, de même que dans les possessions françaises, les colonies, les territoires sous protectorat et sous mandat.
Le Gouvernement français s'engage à empêcher le transfert de prisonniers de guerre ou de prisonniers civils allemands de France dans les possessions françaises ou bien à l'étranger.
Pour ce qui concerne les prisonniers déjà transférés hors de France, de même que les prisonniers de guerre allemands malades, inévacuables ou blessés, des listes exactes portant la désignation de l'endroit de leur séjour doivent être présentées.
Le Haut-Commandement allemand s'occupera des prisonniers de guerre allemands, malades ou blessés.
Il s'agit de l'article 19 de la convention d'armistice du 22 juin 1940, par lequel le Gouvernement français, présidé par le Maréchal Pétain, s'engageait à livrer au Reich tous les ressortissants allemands présents en France que celui -ci désignerait. Ces "ressortissants allemands" étaient des Juifs ou des opposants, qui avaient quitté l'Allemagne avant la guerre et qui avaient trouvé refuge en France. On allait donc les remettre aux Allemands, lesquels les auraient, dans le meilleur des cas, envoyés dans un camp de concentration. D'où les questions suivantes, qui font un beau "cas" de théologie morale:
* La persécution que les autorités nazies allaient exercer sur ces réfugiés allemands était-elle, ou non, un acte intrinsèquement mauvais ?
* Si oui, l'acte de "livrer" (il faut souligner le mot qui figure dans le texte de l'armistice, et qui déjà par lui-même n'annonce rien de bon) ces personnes au Reich est-il, ou non, une coopération formelle à un acte intrinsèquement mauvais ?
* Si oui, le devoir était-il, alors, de refuser de signer cet armistice ?
* Si oui, le gouvernement qui l'a signé a-t-il commis alors un acte intrinsèquement mauvais ?
* Si oui, quelles conséquences fallait-il en tirer ?...
Et là, il y a lieu de craindre que les maximalistes du préservatif deviennent curieusement assez minimalistes...