Voici la retranscription du texte.
Sam Gamegie - 2010-11-22 16:13:22
Voici la retranscription du texte.
JOURNALISTE
Alors, évolution ou révolution ? On pose la question ce matin au 3210, car dans un livre entretien à paraître demain, Benoît XVI estime pour la première fois que l'usage du préservatif peut dans certains cas être justifié pour empêcher la transmission du sida.
Alors la phrase est commentée partout dans le monde car le Pape semble ainsi assouplir l’une des positions les plus controversées au Vatican. La presse et les médias relaient l'information, évidemment, depuis deux jours. Mais vous, vous pensez qu'il y a comme un malentendu ?
ERIC ZEMMOUR
C’est Benoît XVI superstar, le Pape a fait un tabac auprès des médias du monde entier. Il est encensé, loué pour son humanité, glorifié pour sa compassion. Peu importe que les évêques, en particulier ceux de France, tiennent le même discours compréhensif sur le terrain et en particulier en Afrique depuis des lustres. Peu importe que sur le fond, le Pape ne renonce à rien et explique à nouveau que le préservatif n'est pas la solution, qu'il aggrave même le problème, puisqu'aux yeux du Pape et du christianisme, le préservatif confirme l'assurance que tout est permis et que l'on peut faire ce que l'on veut.
Les médias n'entendent guère ces réserves. C'est un quiproquo que l'on a déjà pu relever lorsque les mêmes médias ont estimé à partir d'une phrase hâtivement interprétée que le Pape condamnait la politique française d’expulsion des Roms. Le Pape ne désarmera pas ses ennemis. Déjà, les associations d'homosexuels rétorquent que cette concession vient trop tard, que le Pape doit aller plus loin, qu'il tente de détourner l'attention qui se porte sur les prêtres pédophiles.
JOURNALISTE
Ce que vous voulez dire, c'est que le message du Pape, de nos jours, n'est pas très audible ?
ERIC ZEMMOUR
C’est le drame du Pape aujourd'hui. Il est vilipendé, moqué, insulté dès qu'il oppose le dogme à la liberté, la contrainte à l'autonomie individuelle. En revanche, il est porté au pinacle lorsqu'il semble céder à l'époque. Mais sous réserve qu'il en fasse toujours plus, jusqu'à alignement complet. C’est le processus qu’avait entamé l'église depuis Vatican II, avant que Jean Paul II ne redresse quelque peu la barre. C'est surtout l'évolution qu'à menée à son terme le protestantisme français et européen jusqu'à vider ses temples et subir la concurrence féroce des nouveaux mouvements évangélistes beaucoup plus réactionnaires en matière de mœurs, et qui eux remplissent à nouveau les temples de leur champ. Les autres religions monothéistes ne sont pas touchées par une semblable vindicte médiatique alors que dans ces affaires de société, elles sont exactement sur la même ligne que l'Église. Il est vrai qu'il est plus facile de viser une tête unique qu’un corps indistinct d'imams, de rabbins ou de pasteurs sans hiérarchie. Comme si ce qui avait fait la force de l'Église pendant 2000 ans, centralisation et hiérarchie, se retournait désormais contre elle.
Mais on sait depuis Montesquieu que les causes de la grandeur d'une civilisation finissent par devenir celles de son déclin. À son origine, le christianisme s'était affirmé comme un universalisme humaniste qui adoucissait le dogmatisme juif par un message d'amour. 2000 ans plus tard, dans nos sociétés déchristianisées, on veut garder et répandre ce message d'amour universel tout en ne supportant plus le moindre dogme. L'Église est prise à revers par notre époque qui, comme disait l'Anglais Chesterton, « est pleine d'idées chrétiennes devenues folles ». Céder, même par habileté, ne sert à rien : les concessions seront sans fin, le monstre moderne sera insatiable. Alors, au-delà de cette concession minimaliste, Benoît XVI sait trop tout cela pour aller plus loin.