pas de conciliation possible à première vue
Luc Perrin - 2010-11-17 01:06:54
pas de conciliation possible à première vue
dom Basile écrivait en fonction des textes romains et nationaux connus à cette date et la lecture qu'il faisait était assez cohérente avec la lecture dominante des épiscopats comme de la plupart des dicastères concernés.
D'ailleurs 1984 comme 1971 sont des indults, ils prétendaient déroger à la règle de l'obrogation : en 1969 le pape avait autorisé la célébration pour les prêtres âgés donc n'avait pas formellement abrogé le V.O.M.
Il est clair que le pape régnant n'a pas repris cette lecture mais celle qu'il faisait comme cardinal Ratzinger : d'un droit imprescriptible au missel ancien du fait du changement radical introduit par le "Novus" Ordo qui n'est pas une édition de plus du missel de Jean XXIII.
Pudiquement S.P. tait cette divergence et évite bien de soulever le lièvre de l'obrogation pour se borner à la non-abrogation qui est une donnée de droit vérifiable.
Ceci était tenu par d'autres comme Mgr de Castro Mayer, jamais contredit par Rome : la "preuve de Campos" selon J. Madiran. En 1976 le P. Congar avait écrit qu'en soi rien ne s'opposait à la coexistence des 2 missels le paulin et celui dit de Pie V. La commission ad hoc de 1986, réunie par Jean-Paul II, arrivait à la quasi-unanimité à la même conclusion et il semble qu'une étude interne à la Curie vers 1982-1983 l'avait précédée dans le même sens.
C'est bien le point aveugle de S.P. qui contredit une pratique dominante antérieure, un gros caillou dans la poulaine des "papolâtres".
Toutefois, dans cet ordre qui ne touche pas en théorie directement à la foi, Rome peut changer d'avis : elle l'a fait dans le passé à de multiples reprises et avant Vatican II. Ainsi un pape avait formellement interdit le rit mozarabe, les fidèles ont "contesté" et un autre pape plus tard est revenu sur la mauvaise décision de son lointain prédécesseur.
Quesnel dans la bulle Unigenitus fut condamné, notamment, pour vouloir diffuser la Bible dans le peuple en langue vulgaire. 30 ans plus tard en gros, un autre pape l'autorisait et Léon XIII en 1893 l'encourage.
Ne cherchons pas une impossible conciliation : reconnaissons que dans ce domaine d'ordre pastoral, l'Église tant à Rome que dans les pays ou un diocèse singulier peut se tromper, prendre en fonction de données contingentes une bonne ou une moins bonne voire mauvaise décision et que l'histoire nous l'indique ensuite.
Souhaitons que la réflexion dans l'Église continue à progresser en matière liturgique et que l'on révise des errements et jugements hâtifs pris sur de mauvaises données (tant historiques, archéologiques, sociologiques que pastorales) dans les années 1960-1970.
Moralité : il n'est jamais trop tard pour bien faire.