Séparer ou distinguer ?
iktus310 -  2010-11-07 14:17:06

Séparer ou distinguer ?

Merci cher professeur pour vos contributions toujours passionnantes : votre érudition dépasse de loin ma faible culture et celle (souvent plus solide) de nombreux liseurs. Néanmoins mon intention n'était pas de séparer "ce qui nécessairement marche de concert", simplement de distinguer. Je suis d'accord avec vous : il serait particulièrement réjouissant que les autorités orthodoxes restituent des églises aux catholiques, ce serait de leur part un geste d'amitié et de justice. En attendant ce jour béni, mon propos était de dire qu'il s'agit, non d'un détail, mais d'une question secondaire au sens où nous, catholiques, ne devons pas en faire un préalable aux actes de fraternité, à la marche vers l'unité. Nous savons bien que l'unité véritable ne pourra pas s’accommoder du recel de biens ayant appartenu à des frères chrétiens (ici aux catholiques), en profitant des manœuvres de division de régimes politiques ennemis. Mais nous ne devons pas commencer par nous battre pour récupérer telle ou telle église, en dénonçant l'hypocrisie d'une partie de la hiérarchie des orthodoxes. Nous devons nous appuyer sur les éléments favorables (les martyrs, la sainteté que l'on peut trouver chez eux, les gestes positifs, l'évangélisation, tout ce qui est réellement chrétien au sein des églises orthodoxes) pour avancer, nouer des liens de fraternité et de prière. Mettons l'accent sur ce qui permet d'aller de l'avant. Nous trouverons toujours des obstacles, des gens qui s'opposeront à l'unité, à la réconciliation. Ce sont les manoeuvres de Satan. Le laisserons-nous réussir son sabotage ? Non. Si nous recevons une gifle sur la joue gauche, avec le détournement d'églises qui nous avaient appartenu dans le passé, tendons quand même la joue droite pour nous réconcilier avec nos frères. Si nous avançons dans ce sens, le problème des restitutions d'églises pèsera de moins en moins lourd. Quelle doit être notre attitude ? "Avec la grâce de l'Esprit Saint, les disciples du Seigneur, animés par l'amour, par le courage de la vérité, ainsi que par la volonté sincère de se pardonner mutuellement et de se réconcilier, sont appelés à reconsidérer ensemble leur passé douloureux et les blessures qu'il continue malheureusement à provoquer aujourd'hui encore. La vigueur toujours jeune de l'Evangile les invite à reconnaître ensemble, avec une objectivité sincère et totale, les erreurs commises et les facteurs contingents qui ont été à l'origine de leurs déplorables séparations. Il faut avoir un regard clair et apaisé dans la vérité, vivifié par la miséricorde divine, capable de libérer les esprits et de renouveler en chacun sa disponibilité pour l'annonce de l'Evangile aux hommes de tous les peuples et de toutes les nations." (Jean Paul II, Ut unum sint) De même, dans les relations avec les orthodoxes, "chacune des parties doit présupposer une volonté de réconciliation chez son interlocuteur, une volonté d'unité dans la vérité. Pour réaliser cela, il faut que les manifestations d'hostilité mutuelle disparaissent (souligné par Iktus). C'est ainsi seulement que le dialogue aidera à surmonter la division et pourra rapprocher de l'unité" (idem). Les orthodoxes ne sont pas une bande d'hypocrites malveillants. N'oublions pas que dans le passé, les catholiques n'ont pas toujours été "tout blancs" et les orthodoxes "tout noirs". Vous en savez certainement beaucoup plus que moi sur ce chapitre. "Si nous disons: "Nous n'avons pas de péché", nous nous abusons, la vérité n'est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, lui, fidèle et juste, pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute iniquité" (1 Jean 1, 8-9). "Même après les nombreux péchés qui ont entraîné les divisions historiques, l'unité des chrétiens est possible, à condition que nous soyons humblement conscients d'avoir péché contre l'unité et convaincus de la nécessité de notre conversion". (Jean Paul II, Ut unum sint)