Pour être tout à fait exact,
Tibère -  2010-11-07 00:17:44

Pour être tout à fait exact,

le reste de l'article de Sandro Magister est plutôt louangeur à l'égard de Gianfranco Ravasi qu'il ne présente pas comme un progressiste pur jus. "Mgr Ravasi compte parmi les hommes d’Eglise les plus populaires. Depuis 17 ans, il est une vedette de Canale 5, le vaisseau amiral de la télévision de Silvio Berlusconi. Mais il n’est jamais apparu dans quelque spectacle frivole que ce soit. Sa seule émission connaît le succès tous les dimanches matins : “Les frontières de l’esprit“, dont le contrat prévoit que ses lectures commentées de la Bible ne sont jamais interrompues par des spots publicitaires. Les exégèses de Mgr Ravasi passionnent également un public qui ne va jamais à la messe et qui est fâché avec l’Eglise. Il en va de même pour ses conférences: elles sont tellement demandées dans toute l’Italie qu’il faut attendre un à deux ans pour les obtenir. Mgr Ravasi est un formidable prédicateur chrétien, c’est un Bernardin de Sienne, un Paul Segneri, un Bossuet en version moderne et douce. Parlant sans notes, il semble improviser à chaque fois, mais la tournure de ses phrases est digne d’un livre. Il peut s’exprimer avec compétence sur n’importe quel sujet et il a toujours à sa disposition une citation d’un grand auteur. Il commence et finit cependant toujours par la Bible. Mgr Ravasi était une encyclopédie vivante avant même que l’ordinateur ne soit inventé. Depuis son apparition, il continue à écrire à la main et sans corrections, ajoutant de multiples notes de bas de page. Un Pic de la Mirandole du troisième millénaire. Pourtant, quand il était petit, il n’avait rien de l’enfant prodige. Il travaillait autant que ses camarades mais retenait beaucoup plus, sans le montrer. Il a commencé à apprendre le grec en entrant au collège, tout seul, tellement il était attiré – raconte-t-il – par “ces 64 327 mots qui composent les quatre Evangiles dans leur langue originale“. Ensuite, ce fut au tour de l’hébreu, puis d’une douzaine d’autres langues, anciennes ou modernes. Pourtant, même pendant ses études de théologie, au séminaire de Venegono, ce n’était pas lui le premier de la classe. Le diocèse de Milan l’envoya à Rome pour achever ses études à l’Institut biblique pontifical, où enseignait son futur archevêque, Carlo Maria Martini. Les premiers livres de Mgr Ravasi ont porté sur l’exégèse biblique pure. Tout comme les trois imposants volumes de son commentaire des Psaumes. Des œuvres savantes, destinées aux spécialistes, mais écrites dans un style élégant et captivant, qui ont attiré l’attention des grandes maisons d’édition. Une version abrégée du commentaire des Psaumes a fait son entrée dans la collection de la Biblioteca Universale Rizzoli, destinée au grand public. C’est ainsi que s’est révélé le Ravasi grand vulgarisateur. Si les Ecritures Saintes sont aujourd’hui familières à beaucoup de gens en Italie, on le doit en grande partie à ce prêtre né en 1942 à Merate, au nord de Milan. De même, dès ses débuts en tant que professeur d’exégèse à la faculté de théologie de Milan, il est apparu comme hors du commun. Ses collègues théologiens, des esprits subtils, bombardaient leurs élèves de cours et de textes d’une décourageante complexité conceptuelle et linguistique. Lui savait se faire comprendre par tous, avec des mots simples mais pleins de substance, dans et surtout hors des amphithéâtres. Ravasi a très rapidement réussi en tant que conférencier et écrivain. Il est aujourd’hui collaborateur permanent d’“Avvenire”, le journal de la conférence des évêques d’Italie, et du quotidien laïc “Il Sole 24 Ore”. Tous se l’arrachent aussi comme plume occasionnelle. Ses billets quotidiens à la une d’“Avvenire”, sous le titre “Mattutino”, sont rassemblés au fur et à mesure en recueils qui connaissent un vif succès. Il était donc naturel que, lorsque la charge de préfet de la Bibliothèque et de la Pinacothèque Ambrosienne, à Milan, s’est trouvée vacante en 1989, elle ait été attribuée à ce grand connaisseur de livres anciens et récents, mais aussi d’art et de musique. Avec Mgr Ravasi comme préfet, l’institution fondée en 1607 par le cardinal Federigo Borromeo a acquis une renommée sans équivalent au cours de ses quatre siècles d’existence. Mais l’Ambrosienne n’est pas qu’une institution pour la littérature et pour l’art, possédant des chefs-d’œuvre tels que le “Codex Atlantique” de Léonard de Vinci ou la “Nature morte“ du Caravage. C’est aussi une institution pour l’Eglise. Avant Mgr Ravasi, de célèbres cardinaux en ont été préfets, et même un futur pape: Achille Ratti, né lui aussi en Lombardie, devenu archevêque de Milan en 1921 et successeur de Pierre en 1922 sous le nom de Pie XI. Ses détracteurs accusent Mgr Ravasi de vendre du vent pour gagner la faveur de tous. Mais il sait aussi sortir ses griffes. Sur des sujets cruciaux comme l’avortement, l’euthanasie, la vie naissante, lorsque les principes fondamentaux sont en jeu, il devient tranchant comme une épée. Il prêche un respect absolu de la vie de tout homme à tout moment, “pour la même raison qui fait que l’on doit respecter même l’homme pécheur“. C’est aussi pour cela qu’il n’y a jamais eu une bonne harmonie entre lui et le cardinal Martini, son archevêque pendant plus de 20 ans, ce dernier étant plus nuancé dans l’application des principes à la complexité de la vie de tous les jours. A Rome, en revanche, l’intransigeant Joseph Ratzinger a toujours eu une grande estime pour Mgr Ravasi. En tant que pape, c’est lui qu’il a chargé – signe d’une considération certaine – de rédiger les textes du chemin de croix au Colisée lors du dernier vendredi saint. Désormais, Benoît XVI le veut à ses côtés comme président du conseil pontifical pour la culture, à la place du cardinal Paul Poupard." Il est donc difficile, à la seule lecture de cet article, de dire qui est vraiment Ravasi. Sa personnalité est, pour le moins, complexe. En revanche, il n'apparaît pas comme étant un "restaurationniste". C'est bien là un problème. Une fois de plus, on peut légitimement s'interroger sur les motifs qui poussent Benoît XVI à assurer la promotion de personnages qui risquent de ruiner, ou d'adoucir, la lente - trop lente - "remontée de l'intérieur" qui semble être la politique du pape Ratzinger.