Pardon et prière (Dimanche: textes du Bréviaire)
Alexandre -  2010-10-16 23:55:35

Pardon et prière (Dimanche: textes du Bréviaire)

Christ Pantocrator (mosaïque, église byzantine-normande de Cefalu, Sicile) Dimanche 17 Octobre 2010 I. BRÉVIAIRE ROMAIN (en vigueur jusqu’en 1960) VINGT-ET-UNIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE (TROISIÈME D’OCTOBRE) Premier Nocturne Du premier livre des Maccabées (ch. 9) 1. (vv. 1-6) Démétrius, ayant appris que Nicanor avait succombé dans le combat avec son armée, envoya de nouveau au pays de Juda Bacchidès et Alcime à la tête de l’aile droite. Ceux-ci prirent le chemin de la Galilée et assiégèrent Mésaloth au territoire d’Arbèles et, s’en étant emparés, ils y tuèrent un grand nombre d’habitants. Le premier mois de l’année 152, ils dressèrent leur camp à Jérusalem puis ils partirent et allèrent à Béerzeth avec vingt mille fantassins et deux mille cavaliers. Judas avait établi son camp à Élasa, ayant avec lui trois mille guerriers d’élite. A la vue du grand nombre des ennemis, ils furent pris de frayeur et beaucoup s’échappèrent du camp, où il ne resta plus que huit cents hommes. 2. (vv. 7-11) Judas vit que son armée s’était dérobée alors que la bataille était imminente; son cœur en fut brisé, parce qu’il n’avait plus le temps de rassembler les siens. Déconcerté, il dit cependant à ceux qui étaient restés: «Debout! marchons contre nos adversaires si par hasard nous pouvons les combattre.» Eux l’en dissuadaient: «Nous ne pouvons, disaient-ils, rien d’autre pour le moment que sauver notre vie, quitte à revenir avec nos frères pour reprendre la lutte. Nous sommes vraiment trop peu.» Judas répliqua: «Loin de moi d’agir ainsi et de fuir devant eux. Si notre heure est arrivée, mourons bravement pour nos frères et ne laissons rien à reprendre à notre gloire.» L’ennemi sortit du camp, s’avançant à leur rencontre. La cavalerie fut partagée en deux escadrons, les frondeurs et les archers marchaient sur le front de l’armée ainsi que les troupes de choc, tous les vaillants. 3. (vv. 12-20a) Bacchidès se tenait à l’aile droite. La phalange s’avança des deux côtés au son de la trompette. Ceux du côté de Judas sonnèrent aussi la trompette et la terre fut ébranlée par la clameur des armées. Le combat s’engagea le matin et dura jusqu’au soir. Judas s’aperçut que Bacchidès et le fort de son armée se trouvaient à droite: autour de lui se groupèrent tous les hommes de cœur, l’aile droite fut battue par eux et ils la poursuivirent jusqu’aux dernières rampes de la montagne. Cependant, voyant que l’aile droite était enfoncée, les Syriens de l’aile gauche se tournèrent sur les pas de Judas et de ses compagnons, les suivant par derrière. La lutte devint acharnée et, de part et d’autre, un grand nombre tombèrent. Judas succomba lui aussi et le reste prit la fuite. Jonathan et Simon enlevèrent leur frère Judas et l’ensevelirent au tombeau de ses pères à Modîn. Tout Israël le pleura et mena sur lui un grand deuil. Deuxième Nocturne Du livre sur Les Devoirs de saint Ambroise, évêque (1, 199-201: PL 16, 82-84) 4. La force d’âme ne se prouve pas seulement dans la prospérité, mais aussi dans l’adversité; voyons-le dans la mort de Judas Maccabée. La défaite de Nicanor, général du roi Démétrius, avait stimulé son audace: avec neuf cents hommes, il s’engage contre l’armée royale, qui en compte vingt mille, et, comme les siens pour ne pas être écrasés par le nombre, voulaient se retirer, il les exhorte à mourir glorieusement plutôt que de prendre honteusement la fuite. «Ne laissons rien, leur dit-il, à reprendre à notre gloire.» La bataille engagée, on luttait depuis l’aube et le soir approchait. Judas distingue alors à l’aile droite des ennemis l’élite de la troupe. Il attaque cette aile et l’enfonce sans peine. Mais tandis qu’il poursuit les fuyards, il permet à l’ennemi de le prendre à revers. C’est alors qu’il trouve une mort plus glorieuse que les triomphes. 5. Qu’ajouterais-je pour Jonathan, son frère? Combattant l’armée royale avec une maigre troupe, abandonné des siens, il revient à l’assaut avec les deux seuls guerriers qui lui restent, il repousse l’ennemi, rassemble ses hommes en déroute et les associe à son triomphe. Voilà le courage guerrier: un éclatant modèle de noblesse et de valeur morale qui apprend à préférer la mort à la honte de l’esclavage. Mais que dire des souffrances des martyrs? Sans chercher plus loin, nous voyons les fils des Maccabées remporter sur Antiochus, ce roi orgueilleux, un triomphe qui ne le cède en rien à celui de leurs propres parents. C’est avec des armes que ceux-là triomphèrent, sans armes, ceux-ci ont vaincu. 6. Elle tint bon, invincible, la cohorte des sept enfants, qu’entouraient les troupes royales. Les supplices échouent, les bourreaux se lassent, les martyrs, eux, ne défaillent point. Celui-ci, scalpé, n’a plus visage humain, mais son courage n’a fait que grandir. A un autre, on fait tirer la langue pour la lui couper. «Dieu, réplique-t-il, n’entend pas seulement ceux qui parlent, lui qui a entendu les silences de Moïse; il entend les pensées muettes des siens mieux que toutes les autres clameurs. Tu crains le fouet de la langue, ne crains-tu donc pas le fouet du sang? Car le sang, lui aussi, a sa voix, sa voix qui crie vers Dieu, comme elle criait en Abel.» Troisième Nocturne Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (18, 23-35) 7. En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole: «Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait de le faire, quand on lui amena un serviteur qui lui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, lui, sa femme, ses enfants, et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Tombant alors à ses pieds, le serviteur se prosterna en disant: «Sois patient avec moi, et je te rembourserai tout.» Pris de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir, et il lui remit sa dette. Or, en sortant, ce serviteur rencontra un de ses collègues qui lui devait cent deniers; il l’empoigna, et il l’étranglait en disant: «Rembourse ce que tu dois.» Tombant alors à ses pieds, son collègue le suppliait en disant: «Sois patient avec moi et je te rembourserai tout.» Mais lui ne voulait pas: il partit et le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il ait remboursé sa dette. En voyant ce qui était arrivé, ses collègues furent extrêmement peinés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui était arrivé. Alors le maitre l’appela et lui dit: «Serviteur méchant! je t’ai remis entièrement ta dette, parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton collègue, comme j’ai eu moi-même pitié de toi?» Et son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.» Homélie de saint Jérôme, prêtre (Comm. sur Matthieu 18, 23. 35: SC 259, 62…65) C’est une habitude, chez les Syriens et surtout les Palestiniens, de toujours mêler à leurs propos quelque parabole; ainsi, les auditeurs saisissent par des comparaisons et des exemples ce qu’un simple précepte ne peut leur faire entendre. Par la comparaison du roi et maître et du serviteur qui devait dix mille talents et qui obtint de son maître la remise qu’il implorait, le Seigneur prescrit à Pierre de remettre à ses compagnons de service les péchés moins considérables. Car si ce roi et maître remet si facilement les dix mille talents que son serviteur lui doit, à combien plus forte raison les serviteurs doivent-ils remettre de moindres dettes à leurs compagnons de service? 8. Pour plus de clarté, prenons un exemple. Si l’un de nous commet un adultère, un homicide, un sacrilège, eh bien, ces crimes plus importants que la dette de dix mille talents, sont remis à ceux qui implorent, pour autant qu’eux-mêmes remettent à ceux qui leur doivent beaucoup moins. Mais si pour une injure reçue nous sommes implacables, si pour une parole amère nous gardons rancune sans fin, ne reconnaîtrons-nous pas que nous méritons d’être incarcérés et que par l’exemple de notre action nous nous fermons la possibilité du pardon pour nos fautes plus graves? 9. «C’est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.» Redoutable sentence qui soumet et transforme le jugement de Dieu selon les dispositions de notre cœur! Si nous ne remettons pas à nos frères les petites offenses, Dieu ne nous remettra pas les grandes. Et parce que chacun peut dire: «Je n’ai rien contre lui, il le sait bien, il a Dieu pour juge; je ne me soucie pas de ce qu’il veut faire, je lui ai pardonné», le Seigneur insiste sur ce qu’il vient d’énoncer et ruine tout semblant de paix fictive par ces mots: «Si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.». II. BRÉVIAIRE ROMAIN (1961) VINGT-ET-UNIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE (TROISIÈME D’OCTOBRE) Au Nocturne Du premier livre des Maccabées (ch. 9) 1. (vv. 1-6) Démétrius, ayant appris que Nicanor avait succombé dans le combat avec son armée, envoya de nouveau au pays de Juda Bacchidès et Alcime à la tête de l’aile droite. Ceux-ci prirent le chemin de la Galilée et assiégèrent Mésaloth au territoire d’Arbèles et, s’en étant emparés, ils y tuèrent un grand nombre d’habitants. Le premier mois de l’année 152, ils dressèrent leur camp à Jérusalem puis ils partirent et allèrent à Béerzeth avec vingt mille fantassins et deux mille cavaliers. Judas avait établi son camp à Élasa, ayant avec lui trois mille guerriers d’élite. A la vue du grand nombre des ennemis, ils furent pris de frayeur et beaucoup s’échappèrent du camp, où il ne resta plus que huit cents hommes. 2. (vv. 7-20a) Judas vit que son armée s’était dérobée alors que la bataille était imminente; son cœur en fut brisé, parce qu’il n’avait plus le temps de rassembler les siens. Déconcerté, il dit cependant à ceux qui étaient restés: «Debout! marchons contre nos adversaires si par hasard nous pouvons les combattre.» Eux l’en dissuadaient: «Nous ne pouvons, disaient-ils, rien d’autre pour le moment que sauver notre vie, quitte à revenir avec nos frères pour reprendre la lutte. Nous sommes vraiment trop peu.» Judas répliqua: «Loin de moi d’agir ainsi et de fuir devant eux. Si notre heure est arrivée, mourons bravement pour nos frères et ne laissons rien à reprendre à notre gloire.» L’ennemi sortit du camp, s’avançant à leur rencontre. La cavalerie fut partagée en deux escadrons, les frondeurs et les archers marchaient sur le front de l’armée ainsi que les troupes de choc, tous les vaillants. Bacchidès se tenait à l’aile droite. La phalange s’avança des deux côtés au son de la trompette. Ceux du côté de Judas sonnèrent aussi la trompette et la terre fut ébranlée par la clameur des armées. Le combat s’engagea le matin et dura jusqu’au soir. Judas s’aperçut que Bacchidès et le fort de son armée se trouvaient à droite: autour de lui se groupèrent tous les hommes de cœur, l’aile droite fut battue par eux et ils la poursuivirent jusqu’aux dernières rampes de la montagne. Cependant, voyant que l’aile droite était enfoncée, les Syriens de l’aile gauche se tournèrent sur les pas de Judas et de ses compagnons, les suivant par derrière. La lutte devint acharnée et, de part et d’autre, un grand nombre tombèrent. Judas succomba lui aussi et le reste prit la fuite. Jonathan et Simon enlevèrent leur frère Judas et l’ensevelirent au tombeau de ses pères à Modîn. Tout Israël le pleura et mena sur lui un grand deuil. Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (18, 23-35) 3. En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole: «Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Il commençait de le faire, quand on lui amena un serviteur qui lui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, lui, sa femme, ses enfants, et tous ses biens, en remboursement de sa dette. Tombant alors à ses pieds, le serviteur se prosterna en disant: «Sois patient avec moi, et je te rembourserai tout.» Pris de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir, et il lui remit sa dette. Or, en sortant, ce serviteur rencontra un de ses collègues qui lui devait cent deniers; il l’empoigna, et il l’étranglait en disant: «Rembourse ce que tu dois.» Tombant alors à ses pieds, son collègue le suppliait en disant: «Sois patient avec moi et je te rembourserai tout.» Mais lui ne voulait pas: il partit et le fit mettre en prison, jusqu’à ce qu’il ait remboursé sa dette. En voyant ce qui était arrivé, ses collègues furent extrêmement peinés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui était arrivé. Alors le maitre l’appela et lui dit: «Serviteur méchant! je t’ai remis entièrement ta dette, parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton collègue, comme j’ai eu moi-même pitié de toi?» Et son maître, en colère, le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il ait remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père du Ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur.» Homélie de saint Jérôme, prêtre (Comm. sur Matthieu 18, 23. 35: SC 259, 62…65) C’est une habitude, chez les Syriens et surtout les Palestiniens, de toujours mêler à leurs propos quelque parabole; ainsi, les auditeurs saisissent par des comparaisons et des exemples ce qu’un simple précepte ne peut leur faire entendre. Par la comparaison du roi et maître et du serviteur qui devait dix mille talents et qui obtint de son maître la remise qu’il implorait, le Seigneur prescrit à Pierre de remettre à ses compagnons de service les péchés moins considérables. Car si ce roi et maître remet si facilement les dix mille talents que son serviteur lui doit, à combien plus forte raison les serviteurs doivent-ils remettre de moindres dettes à leurs compagnons de service? III. COMMENTAIRE PATRISTIQUE DE L’ÉVANGILE DU MISSEL DE 1970-2002 La Liturgia Horarum, c’est-à-dire le nouveau bréviaire romain, ne donne pas de commentaire de l’évangile de chaque dimanche, contrairement à la tradition. Par ailleurs, le passage de l’évangile lu ce jour (Lc 18, 1-8) ne figure pas dans les éditions du Missel Romain antérieures à 1970. Par conséquent, on trouvera ci-après l’homélie donnée par l’Homiliaire approuvé ad interim par la Conférence épiscopale [Delhougne, Les Pères de l’Église commentent l’évangile]. VINGT-NEUVIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE (Cycle des lectures C) Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (18, 1-8) Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager: «Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander: ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa; puis il se dit: ‘Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m’ennuyer: je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.’» Le Seigneur ajouta: «Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit? Est-ce qu’il les fait attendre? Je vous le déclare: sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre?» Homélie de saint Grégoire, évêque (de Nysse, †395 ; Homélies sur la prière du Seigneur 1, PG 44, 1120.1124-1125) Le Verbe de Dieu nous livre ses enseignements sur la prière lorsqu’il apprend aux disciples qui en sont dignes et qui cherchent avec ferveur à s’en instruire, avec quelles paroles il convient de prier pour se faire entendre de Dieu. Au contraire, celui qui ne s’unit pas à Dieu par la prière, se détachera de lui. Ce discours devra donc nous faire comprendre en premier lieu qu’il faut toujours prier sans se décourager. Car la prière a pour effet d’unir l’homme à Dieu, et celui qui est en communion avec Dieu est loin de l’Adversaire. La prière sauvegarde la tempérance, maîtrise la colère, abat l’orgueil, extirpe la rancune. La prière est le sceau de la virginité et la fidélité du mariage. Elle est le bouclier des voyageurs, la garde de ceux qui dorment, la confiance de ceux qui veillent, la prospérité des agriculteurs, la sécurité des navigateurs. Vraiment, quand bien même nous passerions toute notre vie à converser avec Dieu dans la prière et l’action de grâce, nous resterions, je crois, aussi indignes de cet échange avec notre bienfaiteur que si nous n’avions même pas conçu le désir de lui manifester notre reconnaissance. Le temps se divise en trois moments: le passé, le présent et l’avenir. En chacun d’eux nous saisissons la bienveillance divine. Penses-tu au présent? Tu es en vie grâce au Seigneur. Si tu envisages l’avenir, l’espoir de réaliser tes désirs repose sur le Seigneur. Quant au passé, tu n’aurais pas existé si le Seigneur ne t’avait pas créé. Il t’a accordé sa faveur en te faisant naître, et depuis ta naissance il te l’accorde encore. Comme l’Apôtre le dit: Tu as en lui la vie et le mouvement (cf. Ac 17,28). Tu fondes sur cette même faveur ton espoir des réalités à venir. Toi, tu n’es maître que du présent. Même si tu ne cesses de rendre grâce à Dieu durant toute ta vie, cela égalera à peine la grâce qu’il te fait au moment présent, et tu ne trouveras jamais le moyen de payer ta dette de reconnaissance pour le passé et pour l’avenir. Que nous sommes loin, d’ailleurs, de lui rendre grâce selon la mesure de nos capacités! C’est au point que nous n’employons même pas les possibilités qui nous sont offertes de manifester notre gratitude. Nous négligeons, en effet, de réserver, je ne dis pas toute la journée, mais même une infime partie de celle-ci, à la méditation des réalités divines. Qui a rétabli dans la grâce originelle l’image divine que le péché avait ternie en moi? Qui me fait monter vers le bonheur que je possédais avant d’être exilé du paradis, privé de l’arbre de vie et englouti dans l’abîme de cette existence charnelle? Il n’y a personne qui comprenne (Rm 3,11), dit l’Écriture. Car, en vérité, si nous y étions vraiment attentifs, durant toute notre vie nous ne cesserions de rendre grâce à Dieu. Oraison (= MR 1962: dim. après l’Ascension) Omnípotens sempitérne Deus, fac nos tibi semper et devótam gérere voluntátem, et maiestáti tuæ sincéro corde servíre. Traduction de D. Gaspar Lefebvre Dieu tout-puissant et éternel, faites que nous apportions toujours une volonté fidèle à vous suivre et un cœur sincère à vous servir.