L'ouverture du Synode par SS Benoît XVI
Philarète -  2010-10-13 19:42:26

L'ouverture du Synode par SS Benoît XVI

Ouverture du Synode pour le Moyen-Orient : Homélie de Benoît XVI Basilique Saint-Pierre, dimanche 10 octobre.     Vénérés Frères Mesdames et Messieurs, Chers frères et soeurs! La Célébration eucharistique, action de grâce à Dieu par excellence, est marquée aujourd'hui pour nous, réunis auprès de la Tombe de Saint Pierre, par un motif extraordinaire: la grâce de voir réunis pour la première fois au sein d'une Assemblée synodale, autour de l'Évêque de Rome et Pasteur universel, les Évêques de la région moyen-orientale. Cet événement si singulier démontre l'intérêt de l'Église tout entière pour la précieuse et bien-aimée portion du Peuple de Dieu qui vit en Terre Sainte et dans tout le Moyen-Orient. Élevons tout d'abord notre remerciement au Seigneur de l'histoire parce qu'Il a permis que, malgré des vicissitudes souvent difficiles et tourmentées, le Moyen-Orient voit toujours, depuis le temps de Jésus jusqu'à aujourd'hui, la continuité de la présence des chrétiens. En ces terres, l'unique Église du Christ s'exprime dans la variété des Traditions liturgiques, spirituelles, culturelles et disciplinaires des six vénérables Églises Orientales Catholiques sui iuris, ainsi que dans la Tradition latine. Le salut fraternel que j'adresse avec une grande affection aux Patriarches de chacune d'entre elles, veut s'étendre en ce moment à tous les fidèles confiés à leur charge pastorale dans leurs pays respectifs ainsi qu'au sein de la diaspora. En ce XXVIIIe Dimanche du temps per annum, la Parole de Dieu offre un thème de méditation qui s'accoste de manière significative à l'événement synodal que nous inaugurons aujourd'hui. La lecture continue de l'Évangile selon saint Luc nous conduit à l'épisode de la guérison des dix lépreux, dont un seul, un samaritain, revient sur ses pas pour remercier Jésus. En relation avec ce texte, la première lecture, extraite du Second Livre des Rois, raconte la guérison de Naamân, chef de l'armée araméenne, lui aussi lépreux, qui est guéri en s'immergeant par sept fois dans les eaux du Jourdain suivant l'ordre du prophète Élisée. Naamân retourne lui aussi auprès du prophète et, reconnaissant en lui le médiateur de Dieu, professe la foi en l'unique Seigneur. Nous nous trouvons donc face à deux malades de lèpre, deux non juifs, qui guérissent parce qu'ils croient à la parole de l'envoyé de Dieu. Ils guérissent dans leur corps, mais s'ouvrent à la foi, et celle-ci les guérit dans leur âme, c'est-à-dire qu'elle les sauve. Le Psaume responsorial chante cette réalité: "Yahvé a fait connaître son salut,/ aux yeux des païens révélé sa justice,/ se rappelant son amour/ et sa fidélité pour la maison d'Israël" (Ps 98, 2-3). Voici alors le thème: le salut est universel, mais il passe par une médiation déterminée, historique: la médiation du peuple d'Israël qui devient ensuite celle de Jésus Christ et de l'Église. La porte de la vie est ouverte pour tous, mais il s'agit bien d'une "porte", c'est-à-dire d'un passage défini et nécessaire. C'est ce qu'affirme de manière synthétique la formule paulinienne que nous avons écoutée dans la Seconde Lettre à Timothée: "le salut qui est dans le Christ Jésus" (2 Tm 2, 10). C'est le mystère de l'universalité du salut et, en même temps, de son lien nécessaire avec la médiation historique de Jésus Christ, précédée par celle du peuple d'Israël et prolongée par celle de l'Église. Dieu est amour et veut que tous les hommes participent de Sa vie. Pour réaliser ce dessein, Lui qui est Un et Trine, crée dans le monde un mystère de communion humain et divin, historique et transcendant: Il le crée au travers de la "méthode" - pour ainsi dire - de l'alliance, se liant d'un amour fidèle et inépuisable aux hommes, se formant un peuple saint qui devienne une bénédiction pour toutes les familles de la terre (cf. Gn 12, 3). Ainsi, il se révèle comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (cf. Ex 3, 6) qui veut conduire son peuple à la "terre" de la liberté et de la paix. Cette "terre" n'est pas de ce monde; tout le dessein divin dépasse l'histoire, mais le Seigneur veut le construire avec les hommes, pour les hommes et dans les hommes, à partir des coordonnées spatiales et temporelles dans lesquelles ils vivent et que Lui-même a données. Ce que nous appelons "le Moyen Orient" fait partie, avec sa propre spécificité, de telles coordonnées. Cette région du monde, Dieu la voit aussi d'une perspective différente, nous pourrions dire "d'en haut": c'est la terre d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; la terre de l'exode et du retour de l'exil; la terre du temple et des prophètes; la terre en laquelle le Fils Unique est né de Marie, où il a vécu, est mort et est ressuscité; le berceau de l'Église, constituée afin d'apporter l'Évangile du Christ jusqu'aux frontières du monde. Et nous aussi, en tant que croyants, nous regardons vers le Moyen-Orient avec ce même regard, dans la perspective de l'histoire du salut. C'est cette optique intérieure qui m'a guidé dans les voyages apostoliques en Turquie, en Terre Sainte - Jordanie, Israël, Palestine - et à Chypre, où j'ai pu connaître de prêt les joies et les préoccupations des communautés chrétiennes. C'est aussi pour cela que j'ai accueilli volontiers la proposition des Patriarches et des Évêques de convoquer une Assemblée synodale afin de réfléchir ensemble, à la lumière de l'Écriture Sainte et de la Tradition de l'Église, sur le présent et sur l'avenir des fidèles et des populations du Moyen-Orient. Regarder cette partie du monde dans la perspective de Dieu signifie reconnaître en elle "le berceau" d'un dessein universel de salut dans l'amour, un mystère de communion qui se réalise dans la liberté et demande par conséquent aux hommes une réponse. Abraham, les prophètes, la Vierge Marie sont les protagonistes de cette réponse qui a toutefois son accomplissement en Jésus Christ, fils de cette même terre, mais descendu du Ciel. De Lui, de son Coeur et de son Esprit, est née l'Église, qui est pèlerine en ce monde, mais lui appartient pourtant. L'Église est constituée pour être, au milieu des hommes, signe et instrument de l'unique et universel projet salvifique de Dieu; elle accomplit cette mission en étant simplement elle-même, c'est-à-dire "communion et témoignage", comme le rappelle le thème de l'Assemblée synodale qui s'ouvre aujourd'hui et qui fait référence à la célèbre définition lucanienne de la première communauté chrétienne: "La multitude de ceux qui étaient croyants avait un seul cœur et une seule âme" (Ac 4,32). Sans communion, il ne peut pas y avoir de témoignage: le grand témoignage est précisément la vie de la communion. Jésus le dit clairement: "A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres "(Jn 13,35). Cette communion est la vie même de Dieu qui se communique dans l'Esprit Saint, par Jésus Christ. Il s'agit donc d'un don, et non de quelque chose que nous devons avant tout construire nous-mêmes avec nos propres forces. Et c'est précisément pour cela qu'elle interpelle notre liberté et attend notre réponse: la communion requiert toujours la conversion, comme un don qui réclame d'être toujours mieux accueilli et réalisé. Les premiers chrétiens, à Jérusalem, étaient peu nombreux. Personne n'aurait pu imaginer ce qui s'est réalisé par la suite. Et l'Église vit toujours de cette même force qui l'a fait partir puis croître. La Pentecôte est l'événement originaire, mais est aussi un dynamisme permanent, et le Synode des Évêques est un moment privilégié dans lequel peut se rénover dans le chemin de l'Église, la grâce de la Pentecôte, afin que la Bonne Nouvelle soit annoncée avec franchise et puisse être accueillie par toute les foules. Par conséquent, le but de cette Assise synodale est principalement pastoral. Même en ne pouvant pas ignorer la délicate et parfois dramatique situation sociale et politique de certains pays, les Pasteurs des Églises au Moyen-Orient désirent se concentrer sur les aspects propres à leur mission. À cet égard, le Document de travail, élaboré par un Conseil Pré-synodal dont je remercie vivement les Membres pour le travail accompli, a souligné cette finalité ecclésiale de l'Assemblée, en relevant qu'il est de son intention, sous la conduite de l'Esprit Saint, de raviver la communion de l'Église catholique au Moyen-Orient. Avant tout, au sein de chaque Église, parmi tous ses membres: Patriarche, Évêques, prêtres, religieux, consacrés et laïcs. Et puis, dans les rapports avec les autres Églises. La vie ecclésiale, ainsi corroborée, verra se développer des fruits très positifs dans le chemin oecuménique avec les autres Églises et Communautés ecclésiales présentes au Moyen-Orient. Cette occasion est également propice pour poursuivre de façon constructive le dialogue avec les juifs auxquels nous lie de manière indissoluble la longue histoire de l'Alliance, tout comme celui avec les musulmans. Les travaux de l'Assise synodale sont en outre orientés au témoignage des chrétiens aux niveaux personnel, familial et social. Cela requiert le renforcement de leur identité chrétienne par l'intermédiaire de la Parole de Dieu et des Sacrements. Nous souhaitons tous que les fidèles sentent la joie de vivre en Terre Sainte, terre bénie par la présence et par le glorieux mystère pascal du Seigneur Jésus Christ. Tout au long des siècles, ces Lieux ont attiré des multitudes de pèlerins, ainsi que des communautés religieuses masculines et féminines, qui ont considéré comme un grand privilège le fait de pouvoir vivre et rendre témoignage en Terre de Jésus. Malgré les difficultés, les chrétiens de Terre Sainte sont appelés à raviver la conscience d'être des pierres vivantes de l'Église au Moyen-Orient, auprès des Lieux saints de notre salut. Mais vivre dignement dans sa propre patrie est avant tout un droit humain fondamental: c'est pourquoi il faut favoriser des conditions de paix et de justice, indispensables pour un développement harmonieux de tous les habitants de la région. Tous sont donc appelés à apporter leur propre contribution: la communauté internationale, en soutenant un chemin fiable, loyal et constructif envers la paix; les religions majoritairement présentes dans la région, en promouvant les valeurs spirituelles et culturelles qui unissent les hommes et excluent toute expression de violence. Les chrétiens continueront à offrir leur contribution non seulement par le biais d'oeuvres de promotion sociale, comme les instituts d'éducation et de santé, mais surtout avec l'esprit des Béatitudes évangéliques qui anime la pratique du pardon et de la réconciliation. Dans cet engagement, ils auront toujours l'appui de toute l'Église, comme cela est ici solennellement attesté par la présence des Délégués des Épiscopats d'autres continents. Chers amis, confions les travaux de l'Assemblée synodale pour le Moyen-Orient aux nombreux Saints et Saintes de cette terre bénie; invoquons sur elle la protection constante de la Bienheureuse Vierge Marie afin que les prochaines journées de prière, de réflexion et de communion fraternelle portent de bons fruits pour le présent et l'avenir des chères populations moyen-orientales. Nous leur adressons de tout coeur le souhait suivant: "Salut à toi, salut à ta maison, salut à tout ce qui t'appartient!" (1S 25,6).   Méditation de Benoît XVI à l’ouverture des travaux du synode Les fausses divinités doivent être démasquées ROME, Mardi 12 octobre 2010 (ZENIT.org) - Dans les idéologies terroristes, « la violence est apparemment pratiquée au nom de Dieu, mais ce n'est pas Dieu: ce sont de fausses divinités qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu », affirme Benoît XVI. Lors de l'ouverture de la première assemblée générale du synode, lundi matin, 11 octobre, après la prière d el'office de « Tierce », Benoît XVI a tenu la réflexion suivante sans papier, d'abondance du cœur. La traduction est faite par les soins de l'organisation du synode. Chers frères et soeurs, Le 11 octobre 1962, voici quarante-huit ans, le Pape Jean XXIII inaugurait le Concile Vatican II. Le 11 octobre voyait alors la célébration de la fête de la Divine Maternité de Marie et, par ce geste, le Pape Jean XXIII voulait confier l'ensemble du Concile aux mains maternelles, au coeur maternel de la Sainte Vierge. Nous aussi, nous commençons le 11 octobre et nous aussi, nous voulons confier ce Synode, avec tous les problèmes, avec tous les défis, avec toutes les espérances, au coeur maternel de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Pie XI, en 1930, avait introduit cette fête, mille six cents ans après le Concile d'Éphèse, qui avait légitimé pour Marie le titre de Théotokos, Dei Genitrix. Dans ce grand mot de Dei Genitrix, de Théotokos, le Concile d'Éphèse avait résumé toute la doctrine du Christ, de Marie, toute la doctrine de la rédemption. Et il vaut donc la peine de réfléchir quelque peu, pendant un instant, sur ce dont parle le Concile d'Éphèse, ce dont il parle en ce jour. En réalité, Théotokos est un titre audacieux. Une femme est Mère de Dieu. On pourrait dire: comment est-ce possible? Dieu est éternel, il est le Créateur. Nous sommes des créatures, nous sommes dans le temps: comment une personne humaine pourrait-elle être Mère de Dieu, de l'Éternel; vu que nous sommes tous dans le temps, que nous sommes tous créatures? L'on comprend donc qu'il existait une forte opposition, en partie, contre ce mot. Les nestoriens disaient: on peut parler de Christotokos, oui, mais pas de Théotokos. Théos, Dieu, est au-delà, au-dessus des événements de l'histoire. Mais le Concile a décidé cela et c'est ainsi qu'il a mis en lumière l'aventure de Dieu, la grandeur de ce qu'Il a fait pour nous. Dieu n'est pas demeuré en soi: Il est sorti de soi, il s'est uni de telle façon, de manière si radicale avec cet homme, Jésus, que cet homme Jésus est Dieu, et si nous parlons de Lui, nous pouvons toujours également parler de Dieu. Ce n'est pas seulement un homme qui avait à faire avec Dieu qui est né mais, en Lui, Dieu est né sur la terre. Dieu est sorti de Lui. Mais nous pouvons également dire le contraire: Dieu nous a attiré en Lui, de sorte que nous ne sommes plus hors de Dieu, mais que nous sommes dans l'intime, dans l'intimité de Dieu même. La philosophie aristotélicienne, nous le savons bien, nous dit qu'entre Dieu et l'homme existe seulement une relation non réciproque. L'homme se réfère à Dieu, mais Dieu, l'Éternel, est en Lui, Il ne change pas: Il ne peut avoir aujourd'hui cette relation et demain une autre. Il demeure en soi, Il n'a pas de relation ad extra. C'est un mot très logique mais qui conduit au désespoir: donc Dieu n'a pas de relation avec moi. Avec l'Incarnation, avec l'événement de la Théotokos, ceci a été modifié de manière radicale parce que Dieu nous a attiré en Lui-même et Dieu en tant que tel est relation, et nous fait participer de sa relation intérieure. Ainsi, nous sommes dans son être Père, Fils et Saint-Esprit, nous sommes à l'intérieur de son être en relation, nous sommes en relation avec Lui et Lui a réellement créé une relation avec nous. En ce moment, Dieu voulait être né d'une femme et être toujours Lui-même: tel est le grand événement. Ainsi, nous pouvons comprendre la profondeur de l'acte du Pape Jean XXIII qui confia l'Assise conciliaire, synodale, au mystère central, à la Mère de Dieu qui est attirée par le Seigneur en Lui-même et ainsi nous tous avec Elle. Le Concile a commencé avec l'icône de la Théotokos. À la fin, le Pape Paul VI reconnaît à la même Vierge Marie le titre de Mater Ecclesiae. Et ces deux icônes, qui débutent et clôturent le Concile, sont intrinsèquement liées, constituant à la fin une seule icône. Parce que le Christ n'est pas né comme un individu parmi d'autres. Il est né pour se créer un corps: Il est né - ainsi que le dit Saint Jean au chapitre 12 de son Évangile - pour attirer tous les hommes à Lui et en Lui. Il est né - comme le disent les Épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens - pour récapituler le monde entier, Il est né comme premier né d'une multitude de frères, Il est né pour réunir en Lui le cosmos, de telle sorte qu'Il est la Tête d'un grand Corps. Là où naît le Christ, commence le mouvement de la récapitulation, commence le moment de l'appel, de la construction de son Corps, de Sa Sainte Église. La Mère de Théos, la Mère de Dieu, est Mère de l'Église parce qu'Elle est Mère de Celui qui est venu pour nous réunir tous en Son Corps ressuscité. Saint Luc nous fait comprendre cela dans le parallélisme entre le premier chapitre de son Évangile et le premier chapitre des Actes des Apôtres, qui répètent, sur deux niveaux, le même mystère. Dans le premier chapitre de l'Évangile, l'Esprit Saint se pose sur Marie et ainsi elle accouche et nous donne le Fils de Dieu. Dans le premier chapitre des Actes des Apôtres, Marie est au centre des disciples de Jésus qui prient tous ensemble, implorant la nuée de l'Esprit Saint. Et ainsi, de l'Église croyante, avec Marie en son centre, naît l'Église, le Corps du Christ. Cette double naissance est l'unique naissance du Christus totus, du Christ qui embrasse le monde et nous tous. Naissance à Bethléem, naissance au Cénacle. Naissance de l'Enfant Jésus, naissance du Corps du Christ, de l'Église. Ce sont deux événements ou bien un unique événement. Mais, entre les deux, se trouvent réellement la Croix et la Résurrection. Et c'est seulement par la Croix qu'advient le chemin vers la totalité du Christ, vers Son Corps ressuscité, vers l'universalisation de Son être dans l'unité de l'Église. Et ainsi, en tenant compte du fait que seul du grain tombé en terre naît ensuite la grande récolte, du Seigneur transpercé sur la Croix provient l'universalité de ses disciples en Son Corps, mort et ressuscité. En tenant compte de ce lien entre Théotokos et Mater Ecclesiae, notre regard va vers le dernier livre de l'Écriture Sainte, l'Apocalypse, dans lequel au chapitre 12, apparaît justement cette synthèse. La femme revêtue de soleil, avec douze étoiles sur la tête et la lune sous les pieds, enfante. Et elle enfante avec un cri de douleur, elle enfante avec une grande douleur. Ici, le mystère marial est le mystère de Bethléem élargi au mystère cosmique. Le Christ naît toujours de nouveau en toutes les générations et ainsi il assume, il recueille en Lui-même l'humanité. Et cette naissance cosmique se réalise dans le cri de la Croix, dans la douleur de la Passion. Et à ce cri de la Croix appartient le sang des martyrs. Ainsi, en ce moment, nous pouvons jeter un regard sur le deuxième Psaume de l'office du milieu du jour, le Psaume 81, où l'on voit une partie de ce processus. Dieu est parmi les dieux - ils sont encore considérés comme dieux en Israël. Dans ce psaume, dans une grande concentration, en une vision prophétique, on voit la perte de puissance des dieux. Ceux qui apparaissaient tels ne sont pas des dieux et perdent leur caractère divin, tombant à terre. Dii estis et moriemini sicut homines (cf. Ps 81, 6-7): la perte de puissance, la chute des divinités. Ce processus qui se réalise dans le long chemin de la foi d'Israël et qui est ici résumé dans une vision unique, est un processus véritable de l'histoire de la religion: la chute des dieux. Et ainsi la transformation du monde, la connaissance du vrai Dieu, la perte de puissance des forces qui dominent la terre, est un processus douloureux. Dans l'histoire d'Israël, nous voyons comment cette libération du polythéisme, cette reconnaissance - "Lui seul est Dieu" - se réalise au milieu de nombreuses douleurs, en commençant par le chemin d'Abraham, l'exil, les Macchabés, jusqu'au Christ. Et dans l'histoire, ce processus de perte de pouvoir dont parle l'Apocalypse au chapitre 12 se poursuit; il parle de la chute des anges qui ne sont pas des anges, qui ne sont pas des divinités sur la terre. Et il se réalise réellement, justement dans le temps de l'Église naissante où nous voyons comment les divinités, en commençant par le divin empereur de toutes ces divinités, perdent leur pouvoir par le sang des martyrs. C'est le sang des martyrs, la douleur, le cri de la Mère Église qui les fait tomber et transforme ainsi le monde. Cette chute n'est pas seulement la connaissance qu'elles ne sont pas Dieu; c'est le processus de transformation du monde, qui coûte le sang, qui coûte la souffrance des témoins du Christ. Et, à bien regarder, nous voyons que ce processus n'est jamais fini. Il se réalise dans les différentes périodes de l'histoire de manières toujours nouvelles; aujourd'hui encore, en ce moment auquel le Christ, l'unique Fils de Dieu, doit naître pour le monde avec la chute des dieux, avec la douleur, le martyr des témoins. Pensons aux grandes puissances de l'histoire d'aujourd'hui, pensons aux capitaux anonymes qui réduisent l'homme en esclavage, qui ne sont plus chose de l'homme, mais constituent un pouvoir anonyme que les hommes servent, par lequel les hommes sont tourmentés et même massacrés. Il s'agit d'un pouvoir destructif, qui menace le monde. Pensons ensuite au pouvoir des idéologies terroristes. La violence est apparemment pratiquée au nom de Dieu, mais ce n'est pas Dieu: ce sont de fausses divinités qui doivent être démasquées, qui ne sont pas Dieu. Pensons ensuite à la drogue, ce pouvoir qui, telle une bête vorace, étend ses mains sur toutes les parties de la terre et détruit: c'est une divinité mais une fausse divinité qui doit tomber. Pensons encore à la manière de vivre répandue par l'opinion publique: aujourd'hui, on fait comme ça, le mariage ne compte plus, la chasteté n'est plus une vertu, et ainsi de suite. Ces idéologies dominantes, qui s'imposent avec force, sont des divinités. Et dans la douleur des saints, dans la douleur des croyants, de la Mère Église dont nous faisons partie, doivent tomber ces divinités, doit se réaliser ce que disent les Épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens: les dominations, les pouvoirs tombent et deviennent sujets de l'unique Seigneur Jésus Christ. Cette lutte dans laquelle nous nous trouvons, cette perte de puissance de Dieu, cette chute des faux dieux, qui tombent parce qu'ils ne sont pas des divinités mais des pouvoirs qui détruisent le monde, est évoquée par l'Apocalypse en son chapitre 12 à travers une image mystérieuse pour laquelle, il me semble, existent différentes belles interprétations. Il est dit que le dragon vomit un grand fleuve d'eau contre la femme en fuite pour l'entraîner dans ses flots. Et il semble inévitable que la femme soit noyée dans ce fleuve. Mais la bonne terre absorbe ce fleuve et il ne peut lui nuire. Je pense que le fleuve peut être facilement interprété: ce sont ces courants qui dominent tout et qui veulent faire disparaître la foi de l'Église, qui ne semble plus avoir de place face à la force de ces courants qui s'imposent comme la seule rationalité, comme la seule manière de vivre. Et la terre qui absorbe ces courants est la foi des simples, qui ne se laisse pas emporter par ces fleuves et sauve la Mère et sauve le Fils. C'est pourquoi le Psaume dit - le premier psaume du milieu du jour - la foi des simples est la vraie sagesse (cf. Ps 118, 130). Cette véritable sagesse de la foi simple qui ne se laisse pas dévorer par les eaux, est la force de l'Église. Et nous en sommes revenus au mystère marial. Et il y a également un dernier mot dans le Psaume 81, "movebuntur omnia fundamenta terrae" (Ps 81, 5), les fondements de la terre vacillent. Nous le voyons aujourd'hui, avec les problèmes climatiques, combien sont menacés les fondements de la terre, mais ils sont menacés par notre comportement. Les fondements extérieurs vacillent parce que vacillent les fondements intérieurs, les fondements moraux et religieux, la foi dont découle la droite manière de vivre. Et nous savons que la foi est le fondement et, en définitive, les fondements de la terre ne peuvent vaciller si la foi, la vraie sagesse demeure ferme. Et puis le Psaume dit: "Lève-Toi Seigneur, et juge la terre" (Ps 81, 8). Ainsi, disons, nous aussi, au Seigneur: "Lève-toi en ce moment, prends la terre entre tes mains, protège ton Église, protège l'humanité, protège la terre". Et remettons-nous à nouveau à la Mère de Dieu, à Marie et prions: "Toi la grande croyante, toi qui as porté la terre au ciel, aide-nous, ouvre aujourd'hui encore les portes pour que soit victorieuse la vérité, la volonté de Dieu, qui est le vrai bien , le vrai salut du monde". Amen. © Copyright : Libreria Editrice Vaticana