Accord global - Il est possible de distinguer ces différentes questions.
Scrutator Sapientiæ -  2010-10-12 10:38:11

Accord global - Il est possible de distinguer ces différentes questions.

Bonjour Justin, 1. " Il n'y a pas de mot pour signifier l'horreur que doit nous inspirer l'absence de Dieu dans les institutions du monde moderne ! Voyez l'O.N.U. : architecture soignée, aula gigantesque, drapeaux des nations qui claquent dans le ciel. Pas de CRUCIFIX ! Le monde s'organise sans Dieu, sans référence à son Créateur. Immense blasphème! " L'ONU n'est pas et n'a pas vocation à devenir une organisation confessionnelle, ni mono-confessionnelle, ni multi-confessionnelle. Je suis à la fois moins sévère et plus sévère que vous : - d'une part, ce n'est pas avant tout parce que le monde s'organise sans référence à Dieu qu'il s'organise sans Dieu, - d'autre part, dans l'absolu, si le monde devait et pouvait s'organiser en référence à Dieu, il conviendrait qu'il le fasse en référence au seul vrai Dieu ; - en outre, pensez un peu au contre-témoignage à ciel ouvert que cela apporterait, comme sur un plateau, aux adversaires du christianisme, si l'ONU se dotait d'un crucifix, sans conversion des coeurs et des moeurs, ne serait-ce que chez les représentants et les responsables d'une partie des Etats qui en sont membres ; - enfin, d'aucuns vous diront que ce n'est pas au sein de l'ONU, mais bien plutôt, et notamment, au sein du FMI et de l'OMC, que le monde "s'organise". 2. " Entrez dans une école d'Etat : les enfants y sont instruits sur tout. Silence sur Dieu ! Scandale atroce ! Mutilation de l'intelligence, atrophie de l'âme. " Cela fait déjà assez longtemps et il n'y a pas que dans les écoles de l'Etat que les enfants ne sont plus instruits, non seulement sur Dieu, mais aussi sur des pans entiers de la littérature et de l'histoire, c'est-à-dire sur les disciplines qui contribuent le plus - à la constitution du moi intérieur, c'est-à-dire de l'imagination et de l'entendement, du goût pour et du sens de l'argumentation, de la communication, de la curiosité et de la studiosité pour soi-même et pour les autres, - au développement du jugement critique, au sens de : jugement "critérisé", "paramétré", au moyen de la connaissance, de la compréhension, de l'appréciation et de la comparaison des réalités des motivations, des situations, de leurs origines, de leur évolution, et de leurs conséquences. La crise générale du recevoir pour transmettre qui caractérise la civilisation contemporaine, à moins qu'il ne faille dire "ce qui tient lieu de civilisation au monde contemporain", porte en effet atteinte à la réception et à la transmission de la culture religieuse, mais aussi de la culture politique, de la culture littéraire et de la culture historique, notamment parce que le capitalisme financiarisé a besoin de techniciens asservis, amnésiques et schizophrènes, et non d'humanistes vraiment libres, ayant de la mémoire dans leur esprit et de l'unité dans leur vie. 3. " Ce qu'il y a de plus triste, mes chers frères, et de plus honteux, c'est que la masse des chrétiens finit par s'habituer à cet état de choses. Ils ne protestent pas ; ils ne réagissent pas. Ou bien, pour se donner une excuse, ils invoquent l'évolution des mœurs et des sociétés. Quelle honte ! Il y a quelque chose de pire que le reniement déclaré, disait l'un des nôtres, c'est l'abandon souriant des principes, le lent glissement avec des airs de fidélité. " C'est la conséquence la plus grave de l'idée vraiment générale et faussement généreuse qui s'est introduite dans l'Eglise, en tirant parti d'une certaine ambivalence présente dans Mater et Magistra et dans Pacem in Terris : les valeurs démocratiques contemporaines étant explicitement humanistes, elles seraient aussi implicitement chrétiennes, ou en tout cas beaucoup moins éloignées du christianisme que les valeurs portées par le communisme ou par le nazisme, et il conviendrait donc, non de les dénoncer dans leur principe, mais d'en déplorer seulement quelques abus ou excès, surtout en ce qui concerne le rapport actuel, scientiste et techniciste, industrialiste et utilitariste, aux sources et au terme de la vie humaine. A partir de là, l'Eglise ne serait plus qu'une structure d'accompagnement de l'évolution de l'humanité, plaidant en faveur de l'humanisation de la mondialisation, plaidant seuelemnt ou surtout contre l'eugénisme et l'euthanasie, et contre les logiques d'inégalités culturelles et matérielles qui sont, accidentellement ou intentionnellement, à l'oeuvre. Mon modeste regard est tout autre ; à l'origine de la situation actuelle, il n'y a pas avant tout une logique d'inégalités, mais il y a avant tout une logique de falsification : sans falsification de la définition de l'homme, sans perversion, subversion, transgression du sens de l'homme, nous aurions eu davantage d'humanistes, d'une part, de chrétiens, d'autre part, qui auraient compris et fait comprendre instinctivement, après 1945, et plus encore après 1960, que le libéralisme peut, lui aussi, être ou devenir liberticide, et peut être, non une manière de préserver, de protéger l'homme, mais une manière, des plus subtile, de l'agresser et de l'asservir, - certes, en lui donnant, en apparence, dans l'ordre des moyens d'agir, toutes les capacités d'initiative individuelles , parfois les plus capricieuses ou tendancieuses, dont il a envie, dans l'ordre de l'Eros comme dans celui du Thanatos, - mais tout en le privant, en réalité, dans l'ordre des raisons d'agir, de l'acquisition de toutes les obligations de responsabilité individuelle, pour lui-même et pour les autres, dont il a tant besoin. La vérité oblige à dire que l'Eglise s'est ralliée, avec des réserves sur lesquelles elle a été des plus discrète, à tout le moins de Jean XXIII au Jean-Paul II de Veritatis Splendor, à une modernité libérale certes, officiellement humaniste, mais, en réalité, effectivement hédoniste, le libéralisme culturel - étant la dénomination médiatiquement correcte du libertarisme moral, faussement épanouissant, vraiment asservissant, - n'étant pas, dans ses effets, sans poser des problèmes de santé publique, des addictions à l'obésité, l'obésité du corps mais aussi l'obésité de l'esprit, quand celui-ci se nourrit à la fois mal et trop. Mille mercis pour votre message, qui m'aura donné quelque inspiration, et mille excuses si j'ai écrit quelques bêtises ; en fait, au contact de ces problématiques, convergentes mais différentes, je me rends compte que je suis de plus en partisan, promoteur, à mon modeste niveau, d'une véritable libération, pour "l'individu contemporain". Une véritable libération, dans le Christ, donc, et non sans Lui, ni, encore moins, contre Lui, et une véritable libération qui commence par la redécouverte de la primauté de la vie intérieure, de la vie de l'esprit à la vie dans l'Esprit, la remise à l'ordre du jour d'une logique de chrétienté institutionnelle ne pouvant peut-être, à mon sens, couronner une telle entreprise de libération qu'à très long terme. Bonne journée et au plaisir de vous relire. Scrutator.