En amont d'une herméneutique "intra-textuelle" du Concile Vatican II.
Scrutator Sapientiæ -  2010-10-07 17:54:06

En amont d'une herméneutique "intra-textuelle" du Concile Vatican II.

Rebonjour à vous tous, I.Introduction. 1. L'herméneutique intra-textuelle du Concile envisagée ici considère le corpus conciliaire comme un ensemble homogène, dans lequel tous les textes n’ont certes pas la même valeur magistérielle, compte tenu de leur disposition, de leur finalité, de leur préparation, de leur objet, de leur statut, mais constituent néanmoins un ensemble homogène, dans lequel il y a une logique interne. 2. A partir de cette considération préliminaire, il est nécessaire, mais certainement pas suffisant, de recenser, de relever tous les concepts, notions, termes, thèmes qui sont objectivement, c’est-à-dire qualitativement et quantitativement, représentatifs des quelques lignes de pensée qui sont communes à la plus grande partie, sinon à la quasi-totalité, des textes du Concile. 3. A partir de cet inventaire, de ce répertoire, considérons un concept, une notion, et allons à la rencontre de presque toutes ses occurrences, dans l’ensemble du corpus conciliaire, pour essayer de vérifier si cette première étape d’une herméneutique intra-textuelle contribue à une meilleure explicitation, interprétation, caractérisation du Concile. 4. Prenons le mot ADAPTATION ; le Concile Vatican II n’est-il pas, sinon avant tout, du moins notamment, un Concile d’adaptation et de rénovation ? Ce mot adaptation apparaît au minimum un peu plus de 30 fois, trente fois, dans l’ensemble du corpus textuel du Concile… II. Lisons donc ce qui suit : • « À une époque où se posent des questions nouvelles et où se répandent de très graves erreurs tendant à ruiner radicalement la religion, l’ordre moral et la société humaine elle-même, le Concile exhorte instamment les laïcs, chacun suivant ses talents et sa formation doctrinale, à prendre une part plus active, selon l’esprit de l’Église, dans l’approfondissement et la défense des principes chrétiens comme dans leur application ADAPTEE aux problèmes de notre temps. » (AA 6) • « Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière ADAPTEE à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique. » (GS 4) • « Les cadres de vie, les lois, les façons de penser et de sentir hérités du passé ne paraissent pas toujours ADAPTES à l’état actuel des choses : d’où le désarroi du comportement et même des règles de conduite. » (GS 7) • « L’expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l’homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l’Église. En effet, dès les débuts de son histoire, elle a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, elle s’est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes : ceci afin d’ADAPTER l’Évangile, dans les limites convenables, et à la compréhension de tous et aux exigences des sages. À vrai dire, cette manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation. C’est de cette façon, en effet, que l’on peut susciter en toute nation la possibilité d’exprimer le message chrétien selon le mode qui lui convient, et que l’on promeut en même temps un échange vivant entre l’Église et les diverses cultures. Pour accroître de tels échanges, l’Église, surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées, a particulièrement besoin de l’apport de ceux qui vivent dans le monde, et en épousent les formes mentales, qu’il s’agisse des croyants ou des incroyants. Il revient à tout le Peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l’aide de l’Esprit Saint, de scruter, de discerner et d’interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus ADAPTEE. » (GS 44) • « Cette bonne entente rendra les plus grands services à la formation des ministres sacrés : ils pourront présenter la doctrine de l’Église sur Dieu, l’homme et le monde d’une manière mieux ADAPTEE à nos contemporains, qui accueilleront d’autant plus volontiers leur parole. » (GS 62) • « Tirées des trésors de la doctrine de l’Église, les propositions que ce saint Synode vient de formuler ont pour but d’aider tous les hommes de notre temps, qu’ils croient en Dieu ou qu’ils ne le reconnaissent pas explicitement, à percevoir avec une plus grande clarté la plénitude de leur vocation, à rendre le monde plus conforme à l’éminente dignité de l’homme, à rechercher une fraternité universelle, appuyée sur des fondements plus profonds, et, sous l’impulsion de l’amour, à répondre généreusement et d’un commun effort aux appels les plus pressants de notre époque. Certes, face à la variété extrême des situations et des civilisations, en de très nombreux points, et à dessein, cet exposé ne revêt qu’un caractère général. Bien plus, comme il s’agit assez souvent de questions sujettes à une incessante évolution, l’enseignement présenté ici – qui est en fait l’enseignement déjà reçu dans l’Église – devra encore être poursuivi et amplifié. Mais, nous en avons l’espoir, bien des choses que nous avons énoncées, en nous appuyant sur la Parole de Dieu et sur l’esprit de l’Évangile, pourront apporter à tous une aide valable ; surtout lorsque les fidèles, sous la conduite de leurs pasteurs, auront réalisé l’effort d’ADAPTATION requis par la diversité des nations et des mentalités. » (GS 91) • Les évêques doivent proposer la doctrine chrétienne d’une façon ADAPTEE aux nécessités du moment, c’est-à-dire en répondant aux difficultés et questions qui angoissent le plus les hommes ; il leur faut veiller sur cette doctrine, apprenant aux fidèles eux-mêmes à la défendre et à la répandre. Dans sa transmission, qu’ils manifestent la sollicitude maternelle de l’Église à l’égard de tous les hommes, fidèles ou non, et qu’ils accordent une particulière attention aux pauvres et aux petits, que le Seigneur les a envoyés évangéliser. (CD 13) • « Afin d’être à même de pourvoir d’une manière plus ADAPTEE au bien des fidèles, chacun selon sa condition, les évêques s’appliqueront à bien connaître leurs besoins, dans le contexte social où ils vivent, et ils emploieront pour cela les méthodes appropriées, particulièrement l’enquête sociale. Ils se montreront attentifs à tous, quels que soient leur âge, leur condition, leur pays, qu’il s’agisse d’autochtones, d’émigrés, de gens de passage. Dans l’exercice de cette sollicitude pastorale, qu’ils réservent à leurs fidèles la part qui leur revient dans les affaires de l’Église, reconnaissant leur devoir et leur droit de travailler activement à l’édification du Corps mystique du Christ. » (CD 16) • « Finalement, tous (les prêtres) visent le même but : édifier le Corps du Christ ; de notre temps surtout, cette tâche réclame des fonctions multiples et des ADAPTATIONS nouvelles. » (PO 8) • « Étant donné qu’actuellement la culture humaine et même les sciences sacrées progressent et se renouvellent, les prêtres sont appelés à perfectionner leurs connaissances religieuses et humaines de façon ADAPTEE et continuelle ; ils se préparent ainsi à mieux engager le dialogue avec leurs contemporains. » (PO 19) • « L’apostolat que chacun doit exercer personnellement et qui découle toujours d’une vie vraiment chrétienne (cf. Jn 4, 14) est le principe et la condition de tout apostolat des laïcs, même collectif, et rien ne peut le remplacer. Cet apostolat individuel est toujours et partout fécond ; il est en certaines circonstances le seul ADAPTE et le seul possible. Tous les laïcs y sont appelés et en ont le devoir, quelle que soit leur condition, même s’ils n’ont pas l’occasion ou la possibilité de collaborer dans des mouvements. » (AA 16) • « Cet apostolat individuel est particulièrement nécessaire et urgent dans les régions où la liberté de l’Église est gravement compromise. Dans ces circonstances très difficiles, les laïcs remplaçant les prêtres dans la mesure où ils le peuvent, exposant leur propre liberté et parfois leur vie, enseignent la doctrine chrétienne à ceux qui les entourent, les forment à la vie religieuse et à l’esprit catholique, les incitent à la réception fréquente des sacrements et à la piété, surtout envers l’Eucharistie. » (AA 17) • « L’apostolat ne peut atteindre une pleine efficacité que grâce à une formation à la fois différenciée et complète. C’est ce qu’exigent non seulement le constant progrès spirituel et doctrinal du laïc lui-même mais aussi diverses circonstances tenant aux réalités, aux personnes et aux obligations auxquelles son activité doit pouvoir S'ADAPTER. Cette formation à l’apostolat s’appuiera comme sur des fondements sur les propositions et déclarations faites ailleurs par le Concile. Un certain nombre de formes d’apostolat requièrent en plus de la formation commune à tous les chrétiens une formation spécifique et particulière en raison de la diversité des personnes et des circonstances. » (AA 28) • « Mais que les maîtres ne l’oublient pas : c’est d’eux avant tout qu’il dépend que l’école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins. Qu’on les prépare donc avec une sollicitude toute particulière à acquérir les connaissances tant profanes que religieuses qui soient sanctionnées par des diplômes appropriés ainsi qu’un savoir-faire pédagogique en accord avec les découvertes modernes. Que la charité les unisse entre eux et avec leurs élèves, qu’ils soient tout pénétrés d’esprit apostolique pour rendre témoignage, par leur vie autant que par leur enseignement, au Maître unique, le Christ. Qu’ils travaillent en collaboration, surtout avec les parents ; qu’en union avec ceux-ci, ils sachent tenir compte dans toute l’éducation de la différence des sexes et de la vocation particulière attribuée à l’homme et à la femme, par la Providence divine, dans la famille et la société. Qu’ils s’appliquent à éveiller l’agir personnel des élèves et, après que ceux-ci auront terminé leurs études, qu’ils continuent à rester proches d’eux par leurs conseils et leur amitié, ainsi que par des associations spécialisées, toutes pénétrées du véritable esprit de l’Église. La fonction enseignante ainsi conçue, le Concile le déclare, est un apostolat au sens propre du mot, tout à fait ADAPTE en même temps que nécessaire à notre époque ; c’est aussi un authentique service rendu à la société. » (GE 8) • « Une conférence épiscopale est en quelque sorte une assemblée dans laquelle les prélats d’un pays ou d’un territoire exercent conjointement leur charge pastorale en vue de promouvoir davantage le bien que l’Église offre aux hommes, en particulier par des formes et méthodes d’apostolat convenablement ADAPTEES aux circonstances présentes. » (CD 38) • « Conscient des joies de la vie sacerdotale, ce saint Concile ne peut cependant ignorer les difficultés dont souffrent les prêtres dans les conditions de la vie actuelle. Il se rend compte de la transformation de la situation économique et sociale, et même des mœurs ; il se rend compte du bouleversement de la hiérarchie des valeurs dans le jugement des hommes. Dans ces conditions les ministres de l’Église, et même parfois les fidèles, se sentent comme étrangers à ce monde ; avec anxiété, ils se demandent quels moyens, quels mots trouver pour entrer en communication avec lui. Obstacles nouveaux à la vie de foi, stérilité apparente du labeur accompli, dure épreuve de la solitude, tout cela peut risquer de les conduire au découragement. Mais ce monde, tel qu’il est aujourd’hui, ce monde confié à l’amour et au ministère des pasteurs de l’Église, Dieu l’a tant aimé qu’il a donné pour lui son Fils unique. En vérité, avec tout le poids de son péché, mais aussi avec la richesse de ses possibilités, ce monde offre à l’Église les pierres vivantes qui s’intègrent à la construction pour être une demeure de Dieu dans l’Esprit. Et c’est encore l’Esprit Saint qui pousse l’Église à ouvrir des chemins nouveaux pour aller au-devant du monde d’aujourd’hui ; c’est lui qui, de ce fait, suggère et encourage les ADAPTATIONS qui s’imposent pour le ministère sacerdotal. » (PO 22) • « La semence qu’est la Parole de Dieu, venant à germer dans une bonne terre arrosée de la rosée divine, y puise la sève, la transforme et l’assimile pour porter enfin un fruit abondant. Certes, à l’instar de l’économie de l’Incarnation, les jeunes Églises enracinées dans le Christ et édifiées sur le fondement des Apôtres, assument pour un merveilleux échange toutes les richesses des nations qui ont été données au Christ en héritage (cf. Ps 2, 8). Elles empruntent aux coutumes et aux traditions de leurs peuples, à leur sagesse, à leur science, à leurs arts, à leurs disciplines, tout ce qui peut contribuer à confesser la gloire du Créateur, mettre en lumière la grâce du Sauveur, et ordonner comme il le faut la vie chrétienne. Pour réaliser ce dessein, il est nécessaire que dans chaque grand territoire socioculturel, comme on dit, une réflexion théologique soit encouragée, par laquelle, à la lumière de la Tradition de l’Église universelle, les faits et les paroles révélés par Dieu, consignés dans les Saintes Écritures, expliqués par les Pères de l’Église et le magistère, seront soumis à un nouvel examen. Ainsi on saisira plus nettement par quelles voies la foi, compte tenu de la philosophie et de la sagesse des peuples, peut « chercher l’intelligence », et de quelles manières les coutumes, le sens de la vie, l’ordre social peuvent s’accorder avec les mœurs que fait connaître la révélation divine. Ainsi apparaîtront des voies vers une plus profonde ADAPTATION dans toute l’étendue de la vie chrétienne. De cette manière, toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera écartée, la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des peuples, seront assumées dans l’unité catholique. Enfin les nouvelles Églises particulières, enrichies de leurs traditions, auront leur place dans la communion ecclésiale, la primauté de la Chaire de Pierre, qui préside l’universelle assemblée de la charité, demeurant intacte. Il faut donc souhaiter, – bien plus, il convient tout à fait –, que les conférences épiscopales, dans le cadre de chaque grand territoire socioculturel, s’unissent de telle manière qu’elles puissent, en plein accord et en mettant en commun leurs avis, poursuivre ce propos D'ADAPTATION. » (AG 22) III. Conclusion. 1. Volontairement, je n’ai pas recouru à la constitution conciliaire consacrée à la « restauration » de la liturgie, ni au décret conciliaire consacré à la rénovation et à l’adaptation de la vie religieuse, car il m’aurait alors fallu citer de très nombreux paragraphes de chacun de ces deux textes. 2. Qu’ai-je voulu, non démontrer, mais montrer, en mettant en avant ce recensement de la plupart des occurrences du mot « adaptation » au sein même du corpus conciliaire ? D’une part, des occurrences du terme à la récurrence du thème, il n’y a qu’un tout petit pas : on se demande vraiment, en relisant ces différents paragraphes, qu’est-ce qui ne doit pas ou ne peut pas être adapté ou rénové, au sein du patrimoine de toute l’Eglise, dans son ensemble ; de fait, on y aura tout adapté ou rénové, mais, en fait, à quoi ? D’autre part, manifestement, une vertu thérapeutique universelle semble être attribuée, par principe, à cette mystique, sincère mais candide, de l’adaptation de tous et de tout : si nous sommes, ou sommes devenus, inaudibles, si nous ne sommes pas ou plus accueillis ou écoutés, adaptons-nous, rendons-nous plus proches, dans tous les domaines, de toutes les manières (les plus appropriées et renouvelées), de ceux qui ne nous écoutent pas ou plus, et nous serons à nouveau audibles, puis nous serons à nouveau accueillis, écoutés, etc. Enfin, comment ne pas être frappé par un tel registre de discours, au croisement du managérial et du sociologique, un registre de discours qui est bien plus au service de l'adaptation et de la rénovation des méthodes et des structures qu'au service de l'exhortation des personnes à la conversion, même s'il en est aussi (un peu) question ? 3. Ceci n'était donc qu'un exemple de "relevé topographique", en amont du début d'un "itinéraire herméneutique" à même le texte du Concile ; j'ai volontairement retiré des paragraphes reproduits ci-dessus les nombreux points d'interrogation et les quelques points d'exclamation que j'y avais d'abord inscrits, afin que chaque personne intéressée prenne par elle-même, le plus possible indépendamment de ce que j'en pense, la mesure de l'ambiguité ou de l'imprécision de bon nombre de ces formulations. Bonne réception, bonne lecture, bonne fin de journée. Scrutator.