Une hypothèse redoutable n'est pas une réalité souhaitable.
Scrutator Sapientiæ -  2010-10-07 15:00:18

Une hypothèse redoutable n'est pas une réalité souhaitable.

Bonjour Anton, 1. La condamnation ex cathedra que j'envisage comme une hypothèse redoutable, pour les raisons très spirituelles que vous évoquez et pour les raisons plus tacticiennes que j'évoque, je ne l'envisage évidemment pas comme une réalité souhaitable. 2. En apparence, rien ne s'oppose à ce que l'Eglise se démarque, depuis le sommet de sa hiérarchie, d'un Concile qui ne comporte aucune affirmation dogmatique, ni pour condamner, ni pour définir, et dont la mise en oeuvre a donné lieu à un déploiement qui s'est déroulé avec le succès que l'on sait. 3. En outre, ce n'est peut-être pas la première fois, dans l'histoire, qu'un Concile a échoué ; n'étant pas historien, je n'en dis pas plus, mais il me semble qu'il y a eu au moins un Concile, je crois que c'est en amont du Concile de Trente, qui a échoué, et dont l'échec, entre autres choses, a rendu nécessaire - et salutaire - le Concile de Trente. 4. En réalité, je vois dans une condamnation ex cathedra du Concile, entendue comme étant une hypothèse redoutable, plusieurs inconvénients, en plus de vos arguments et des miens. A. Premièrement, il faudrait savoir de quels textes du Concile on parle, car, dans l'ensemble du corpus conciliaire, une partie de ce que l'on trouve dans UR, NA, DHP, a également été discrètement disséminée dans d'autres textes, notamment dans LG et dans GS, alors que d'autres textes du Concile comportent davantage d'éléments compatibles avec la Tradition, même s'ils ne comportent pas que ce type d'éléments. B 1. Deuxièmement, il se trouve qu'une grande partie du corpus conciliaire, considéré dans son volume quantitatif, n'était certainement pas entièrement banale, à l'époque, mais l'est certainement devenue aujourd'hui, de par sa mise en oeuvre, dans le quotidien pastoral de l'Eglise, mais aussi, il faut bien le dire, à cause d'une certaine tournure rédactionnelle. B 2. Il se trouve que je dispose d'un ouvrage intitulé "Synopse des textes conciliaires", paru aux Editions Universitaires, en 1966. Dans cet ouvrage, tous les textes du Concile sont mis sur le même plan, ce qui est quelque peu dommage, mais tous les thèmes, évoqués par le Concile, et communs à plusieurs textes, sont présentés, par ordre alphabétique, ce qui est extrêmement intéressant. B 3. Je n'ai pas moi-même la prétention de bien écrire, mais je vous assure que quand on lit tel ou tel thème, commun à plusieurs textes du Concile, on prend la mesure de l'imprécision, pour ne pas dire de l'indigence, qui a présidé à leur rédaction : on a manifestement voulu laisser entre-ouvertes bien des portes, y compris sur des sujets sur lesquels il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. C 1. Troisièmement, la raison majeure pour laquelle je préfère un renoncement implicite au Concile qu'une condamnation explicite du Concile tient en ceci : ce corpus ne se caractérise pas uniquement au moyen de ce que l'on a pris soin d'y DIRE, mais également à travers ce que l'on a pris soin, et parfois même un très grand soin, d'y TAIRE. C 2. Or, condamner un texte, non seulement à cause de son contenu objectif, mais aussi à cause de son absence de contenu objectif, risque fort, dans le meilleur des cas, de n'être compris que des exégètes spécialistes de ce texte. C 3. Par exemple, condamner le Concile parce qu'il est constitutif d'une plate-forme magistérielle qui a été édifiée, non à la suite, mais à l'encontre, des schémas pré-conciliaires, est légitime, (cela sera, à tout jamais, le péché originel de Vatican II), mais risque fort de ne pas être compris par tout le monde. 5. La "seule" solution, nécessaire, mais pas suffisante, c'est de ne plus faire du Concile LE REFERENTIEL MAGISTERIEL IMPERATIF OMNIPRESENT qu'il a été, sous la plume de Paul VI et surtout de Jean-Paul II. 6. Il y a beaucoup de choses que l'on enseignait dans l'Eglise, jusqu'au Concile, et que l'on enseigne beaucoup moins, ou beaucoup moins bien, depuis. - Renoncer au Concile, c'est renoncer à parler, d'une manière qui a été, dans un passé récent, jusqu'aux limites de l'obsessionnel, de l'oecuménisme et du dialogue inter-religieux ; MAIS C'EST AUSSI - Renoncer aux silences du Concile, et aux silences de l'après Concile, sur bien des notions et des questions, pour ne pas dire sur des pans entiers du patrimoine doctrinal et spirituel caractéristique du catholicisme. 7. Et surtout, je le précise à l'attention de Gentiloup, il n'y aucune contradiction, dans mon esprit, - entre la mise en avant du fait qu'une condamnation ex cathedra du Concile serait une hypothèse redoutable - et celle du fait qu'une telle condamnation serait une thérapie radicale, contre-productive, je le maintiens, mais radicale. 8. Après tout, si Dominus Iesus avait été une lettre encyclique, et si le réaiguillage magistériel d'une partie du corpus et de l'esprit du Concile auquel ce document procède avait également porté sur la liberté religieuse, entendue sous les angles juridique ET pneumatique, nous aurions peut-être obtenu l'équivalent d'une "condamnation", ou en tout cas d'un "dépassement" substantiel, du dispositif et de la dynamique conciliaires. Mille excuses pour ce message beaucoup trop long ; je suis évidemment demandeur et preneur de toute signalisation d'une approximation de forme ou d'une contre-vérité de fond que j'aurais commise. Vraiment merci beaucoup pour votre question, et au plaisir de vous relire. Scrutator.