Condamnation explicite plus contre-productive qu'un renoncement implicite.
Scrutator Sapientiæ - 2010-10-07 10:32:22
Condamnation explicite plus contre-productive qu'un renoncement implicite.
Bonjour Raoul,
Une condamnation explicite de la partie, ou plutôt des parties, du dispositif conciliaire qui ont donné naissance à la mentalité et à la pastorale conciliaires, serait beaucoup plus contre-productive qu'un renoncement implicite à ce dispositif, à cette mentalité et à cette pastorale, car une telle condamnation officielle, pontificale, provenant de "l'Eglise d'en haut" et s'adressant à "l'Eglise d'en bas", risquerait de provoquer de vives résistances, d'évêques et de médias qui se disent encore catholiques, et beaucoup de confusion, au sein d'une Eglise qui, notamment en Europe, n'a peut-être pas encore entamé sa convalescence.
Un renoncement implicite serait plus subreptice et plus tacticien, mais aurait le grand mérite de mettre le Souverain pontife qui l'impulserait et l'incarnerait à l'abri de pressions d'autant plus destructrices et douloureuses qu'elles proviennent du sein même de l'Eglise.
Quelle forme pourrait prendre ce renoncement implicite ? La Foi, l'Espérance, la Charité, le surnaturel théologal, le Credo, le Notre Père, le Décalogue, ont vocation à être précisés ou rappelés en permanence, à tous, et par tous ceux qui en ont la charge.
Le jour où l'Eglise se sera REMISE à penser, à parler, à vivre, d'une manière explicite et spécifique, conformément aux trois vertus théologales et aux quatre vertus cardinales, aux dons du Saint Esprit et aux fruits du Saint Esprit, et aux béatitudes de la vie dans l'Esprit,
- au bénéfice et à destination de tous les hommes, et non seulement dans le cadre d'un discours à usage interne relevant de la figure imposée,
- d'une manière telle qu'il ne sera plus possible de parler de l'oecuménisme et du dialogue inter-religieux qu'en y consacrant plus que quelques minutes ou pages, là où on y consacre encore plusieurs dizaines de minutes ou de pages,
ce jour-là, ce renoncement implicite sera, peut-être, je dis bien peut-être, plus efficace et opportun qu'une condamnation explicite, laquelle relève de l'utopie, d'autant plus qu'il y a aussi, au sein même du Concile, des arguments, des éléments, qui relèvent sûrement de la Tradition catholique.
Mais encore faut-il qu'il y ait prochainement un véritable renoncement implicite, ou une accélération et une amplification d'un renoncement qui aurait déjà commencé, car il y un véritable état d'urgence.
En effet, (je le dis comme je le pense) rien ne permet d'être sûr que ce pontificat durera encore cinq à dix ans, et rien ne permet d'être sûr que le successeur de Benoît XVI sera sur la même ligne doctrinale et pastorale que lui.
Et surtout : de même qu'il n'y a pas eu de "génération spontanée", en amont du détournement de la finalité et des modalités du Concile, à compter du début des années 1960, de même, il n'y aura pas "de génération spontanée", mais un certain nombre d'actes tout à fait conscients, de décisions tout à fait volontaires, juste avant que le fait de relier les uns aux autres permette de comprendre que nous sommes bien entrés dans une période, nécessaire et salutaire, de renoncement implicite de la (grande) part d'angélisme, d'utopisme, d'humanitarisme que manifeste et représente le Concile, dans sa mise en forme comme dans sa mise en oeuvre.
Renoncer au Concile ? "Oublier Bergame", comme je l'ai déjà suggéré ici même ? Il va falloir le faire, et le faire vraiment, dans la durée et en profondeur, MAIS SANS JAMAIS LE DIRE d'une manière qui serait par trop "conciliairement incorrecte", et une fois que cela sera fait et bien fait, il sera bien tard pour que se mobilisent et s'organisent efficacement les opposants de l'intérieur.
Le carré magique auquel je pense est donc fait d'habilité, de lucidité, de résolution et de ténacité doctrinales ET pastorales.
Bonne réception, bonne lecture, bonne journée, et mille excuses pour cette "méditation calculatrice", qui n'exclut pas une part de candeur.
Scrutator.