Benoît XVI - audience générale d'hier (sainte Mathilde de Hackeborn)
vaticano - 2010-09-30 07:59:46
Benoît XVI - audience générale d'hier (sainte Mathilde de Hackeborn)
Audience générale du 29 septembre 2010
Catéchèse du Saint-Père
(traduction en français non officielle)
Chers Frères et Sœurs,
Je voudrais vous parler aujourd’hui de sainte Mathilde de Hackeborn, une des grandes figures du monastère de Helfta, qui vécut au XIIIe siècle. Sa consœur sainte Gertrude la Grande, dans le VIe livre de l’ouvrage Liber specialis gratiae (le livre de la grâce spéciale), dans lequel sont racontées les grâces spéciales que Dieu a donné à sainte Mathilde, déclare ceci : « ce que nous avons écrit est bien peu par rapport a ce que nous avons omis. Nous ne publions ces choses que pour la gloire de Dieu et l’utilité du prochain, parce qu’il nous semblerait injuste de garder le silence sur tant de grâces que Mathilde reçut de Dieu pas tant, à notre avis, pour elle-même que pour nous et pour ceux qui viendront après nous » (Mechthild von Hackeborn, Liber specialis gratiae, VI, 1).
Cet ouvrage a été rédigé par sainte Gertrude et par une autre consœur de Helfta et a une histoire singulière. Mathilde, à l’âge de cinquante ans, traversait une grave crise spirituelle, associée à des souffrances physiques. Dans cette situation elle confia à deux consœurs amies les grâces spéciales avec lesquelles Dieu l’avait guidée depuis l’enfance, mais elle ne savait pas que celles-ci notaient tout. Lorsqu’elle l’apprit, elle en fut profondément angoissée et troublée. Mais le Seigneur la rassura lui faisant comprendre que ce qui était écrit l’était pour la gloire de Dieu et le profit du prochain (cf. ibid., II, 25; V, 20). Ainsi cet ouvrage est-il la source principale d’information sur la vie et la spiritualité de notre sainte.
Avec elle nous sommes introduits dans la famille du Baron de Hackeborn, l’une des plus riches et des plus puissantes de Thuringe, apparentée à l’empereur Frédéric II, et nous entrons dans le monastère de Helfta dans la période la plus glorieuse de son histoire. Le Baron avait déjà donné au monastère une fille, Gertrude de Hackeborn (1231/1232 - 1291/1292), douée d’une personnalité remarquable, abbesse pendant quarante ans, capable de donner une empreinte particulière à la spiritualité du monastère, en le portant à une efflorescence extraordinaire comme centre de mystique et de culture, école de formation scientifique et théologique. Gertrude offrit aux religieuses une instruction intellectuelle élevée, qui leur permettait de cultiver une spiritualité fondée sur la Sainte Ecriture, sur la liturgie, sur les traditions patristiques, sur la règle et la spiritualité cisterciennes, avec une prédilection particulière pour saint Bernard de Clairvaux et William de Saint-Thierry. Elle fut une vraie maîtresse, exemplaire en tout, dans la radicalité évangélique et dans le zèle apostolique. Matilde, dès l’enfance, accueillit et goûta le climat spirituel et culturel créé par sa sœur, offrant ensuite son empreinte personnelle.
Mathilde naît en 1241 ou 1242 au château de Helfta, elle est la troisième fille du Baron. A sept ans avec sa mère, elle rend visite à sa sœur Gertrude au monastère de Rodersdorf. Elle est tellement fascinée par cette ambiance qu’elle désire ardemment en faire partie. Elle y entre comme pensionnaire en 1258 devient religieuse dans le couvent qui s’est déplacé entre temps à Helfta, dans le domaine des Hackelborn. Elle se distingue pas son humilité, sa ferveur, son amabilité, la limpidité et l’innocence de sa vie, la familiarité et l’intensité avec lesquelles elle vit le rapport avec Dieu, la Vierge, les Saints. Elle est douée de qualités naturelles et spirituelles élevées, telles que « la science, l’intelligence, la connaissance des lettres humaines, la voix d’une merveilleuse suavité : tout la rendait apte à être pour le monastère un véritable trésor sous tous ses aspects » (ibid., Proemio). Ainsi, le « rossignol de Dieu » - comme on l’appelait – devint, encore très jeune, directrice de l’école du monastère, directrice du chœur, maîtresse des novices, services qu’elle remplit avec un talent et un zèle infatigable, non seulement envers les religieuses, mais de quiconque désirait puiser à sa sagesse et à sa bonté.
Illuminée par le don divin de la contemplation mystique, Mathilde compose de nombreuses prières. Elle est maîtresse de doctrine fidèle et de grande humilité, conseillère, consolatrice, guide dans le discernement : « elle distribuait, lit-on, avec une abondance telle que l’on n’en a jamais vu dans le monastère, et nous avons, hélas !, grand peur de n’en revoir jamais aucune de semblable. Les sœurs se réunissaient autour d’elle pour entendre la parole de Dieu, comme auprès d’un prédicateur. Elle était le refuge et la consolatrice de tous, et elle avait, par don particulier de Dieu, la grâce de révéler librement les secrets des cœurs de chacun. Beaucoup, non seulement dans le monastère, mais aussi étrangers, religieux et séculiers, venus de loin, attestaient que cette sainte vierge les avait libérés de leurs peines et qu’ils n’avaient jamais éprouvé tant de consolation qu’auprès d’elle. En outre elle composa et enseigna tant de prières que si elles étaient réunies, elles dépasseraient le volume d’un psautier » (ibid., VI, 1).
En 1261 arrive au couvent une petite fille de cinq ans appelée Gertrude et confiée aux soins de Mathilde, à peine âgée de vingt ans, qui l’éduque et la guide dans la vie spirituelle jusqu’à en faire non seulement une disciple excellente, mais sa confidente. En 1271 ou 1272 entre aussi au monastère Mathilde de Magdebourg. Les lieux accueillent ainsi, quatre grandes femmes – deux Gertrude et deux Mathilde -, gloire du monachisme germanique. Dans la longue vie passée au monastère, Mathilde est affligée de continuelles et intenses souffrances auxquelles elle ajoute les très dures pénitences choisies pour la conversion des pécheurs. De cette façon, elle participe à la passion du Seigneur jusqu’à la fin de sa vie (cf. ibid., VI, 2). La prière et la contemplation sont l’humus vital de son existence : les révélations, ses enseignements, son service du prochain, son chemin dans la foi et dans l’amour ont ici leur racine et leur contexte. Dans le premier livre de l’œuvre Liber specialis gratiae, les rédactrices recueillent les confidences de Mathilde livrées lors des fêtes du Seigneur, des Saints et, spécialement, de la Sainte Vierge. La capacité qu’a cette Sainte de vivre la liturgie dans ses divers aspects, même les plus simples, en la portant dans la vie quotidienne monastique, est impressionnante. Quelques images, expressions, applications sont parfois éloignées de notre sensibilité, mais, si l’on considère la vie monastique et sa charge de maîtresse et directrice de chœur, on perçoit sa capacité particulière d’éducatrice et de formatrice, qui aide ses consœurs à vivre intensément, en partant de la liturgie, chaque moment de la vie monastique.
Dans la prière liturgique Mathilde donne un relief particulier aux heures canoniques, à la célébration de la sainte Messe, surtout à la sainte Communion. C’est là qu’elle tombe souvent en extase dans une intimité profonde avec le Seigneur dans son Cœur très ardent et très doux, en un dialogue merveilleux, dans lequel elle demande des lumières intérieures, tandis qu’elle intercède de façon spéciale pour sa communauté et ses consœurs. Au centre se trouvent les mystères du Christ vers lesquels la Vierge Marie renvoie constamment pour marcher sur la voie de la sainteté : « Si tu désires la vraie sainteté, tiens-toi près de mon Fils, Il est la sainteté même qui sanctifie toute chose (ibid., I, 40). Dans cette intimité avec Dieu, le monde entier est présent, l’Eglise, les bienfaiteurs, les pécheurs. Pour elle le Ciel et la terre s’unissent.
Ses visions, ses enseignements, les évènements de son existence sont décrits avec des expressions qui évoquent le langage liturgique et biblique. On perçoit ainsi sa profonde connaissance de la Sainte Ecriture, qui était son pain quotidien. Elle y recourt continuellement, soit en utilisant les textes bibliques lus dans la liturgie, soit en y puisant des symboles, des termes, des paysages, des images, des personnages. Elle a une prédilection pour l’Evangile : « les paroles de l’Evangile étaient pour elle un aliment merveilleux et suscitaient en son cœur des sentiments d’une telle douceur que souvent, par enthousiasme, elle ne pouvait en terminer la lecture … La façon dont elle lisait ces paroles était si fervente qu’elle suscitait en tous la dévotion. De même, quand elle chantait au chœur, elle était toute absorbée en Dieu, transportée d’une telle ardeur que parfois elle manifestait ses sentiments par des gestes … D’autres fois, comme ravie en extase, elle n’entendait pas ceux qui l’appelaient ou la poussaient et elle reprenait conscience des choses extérieures avec beaucoup de mal » (ibid., VI, 1). Dans une de ses visions, c’est Jésus lui-même qui lui recommande l’Evangile ; lui ouvrant la plaie de son Cœur très doux, il lui dit : « considère comme est immense mon amour : si tu veux bien le connaître, tu ne le trouveras nulle part plus clairement exprimé que dans l’Evangile. Personne n’a jamais entendu exprimer des sentiments plus forts et plus tendres que ceux-ci : Comme mon Père m’a aimé, ainsi moi aussi je vous ai aimé (Jean. XV, 9) » (ibid., I, 22).
Chers amis, la prière personnelle et liturgique, spécialement la liturgie des heures et la Sainte Messe sont à la racine de l’expérience spirituelle de sainte Mathilde de Hackeborn. En se laissant guider par la Sainte Ecriture et nourrir par le Pain eucharistique, elle a parcouru un chemin d’intime union avec le Seigneur, toujours dans la pleine fidélité à l’Eglise. C’est pour nous aussi une invitation forte à intensifier notre amitié avec le Seigneur, surtout à travers la prière quotidienne et la participation attentive, fidèle et active à la Sainte Messe. La liturgie est une grande école de spiritualité.
Sa disciple Gertrude décrit avec des expressions intenses les derniers moments de la vie de sainte Mathilde de Hackeborn, très durs, mais illuminés par la présence de la Très Sainte Trinité, du Seigneur, de la Vierge Marie, de tous les Saints, et aussi de sa sœur de sang Gertrude. Quand arriva l’heure à laquelle le Seigneur voulut l’attirer à Lui, elle Lui demanda de pouvoir encore vivre dans la souffrance pour le salut des âmes et Jésus fut touché de cette dernière marque d’amour.
Mathilde avait 58 ans. La dernière étape de sa vie fut caractérisée par huit ans de graves maladies. Son œuvre et sa réputation de sainteté se diffusèrent largement. Quand son heure fut venue, « le Dieu de Majesté … unique suavité de l’âme qui l’aime … lui chanta : Venez vous, les bénis Patris mei … Venez, Ô vous qui êtes les bénis de mon Père, venez recevoir le royaume … et il l’associa à sa gloire » (Ibid., VI, 8).
Sainte Mathilde de Hackeborn nous confie au Sacré Cœur de Jésus et à la Vierge Marie. Elle invite à rendre grâce au Fils avec le Cœur de sa Mère et à rendre grâce à Marie avec le Cœur de son Fils : « Je vous salue, ô Vierge très vénérée, dans cette très douce rosée, qui du Cœur de la très sainte Trinité se diffuse en vous, je vous salue dans la gloire et dans la joie avec laquelle vous vous réjouissez pour l’éternité, vous qui, préférée à toutes les créatures de la terre et du ciel, avez été choisie avant même la création du monde ! Amen » (Ibid., I, 45).