Devrait-on dire le Credo dans cette traduction?
Don Henri -  2010-09-27 22:57:24

Devrait-on dire le Credo dans cette traduction?

1° Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre ; 2° Et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur ; 3° Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ; 4° A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli ; 5° Est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité d’entre les morts ; 6° Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant ; 7° D’où il viendra juger les vivants et les morts ; 8° Je crois au Saint-Esprit ; 9° La sainte Église catholique ; la communion des saints ; 10° La rémission des péchés ; 11° La résurrection de la chair ; 12° La vie éternelle. Ainsi soit-il. Car: Le langage est le véhicule de la pensée, et comme tel, il est aussi l’outil indispensable de l’enseignement. Nous avons toujours le devoir de veiller à l’intégrité de la langue dont nous usons, par le choix des mots et par l’agencement des mots entre eux, que l’on appelle la syntaxe. Il n’est donc pas étonnant de voir l’Église nous donner l’exemple en cette matière. Ses formules sont toujours rigoureuses et strictes. À nous d’y prendre garde et de les respecter, surtout lorsqu’elle y appelle notre attention. C’est le cas pour un texte fondamental, souvent récité : le symbole des Apôtres. Or, dans le Catéchisme du concile de Trente on trouve une remarque incidente sur une modification de formule apparemment peu perceptible, mais que les rédacteurs de l’ouvrage considèrent à juste titre comme chargée d’une grande signification. Après l’affirmation de notre foi en les trois personnes divines, le credo nous fait proclamer que nous admettons l’existence de l’Église, de la communion des saints, de la rémission des péchés, de la résurrection de la chair et de la vie éternelle. Or, voici comment le catéchisme annonce et justifie le passage d’un mode de foi à un autre : « Mais si, en croyant aux trois personnes de la Sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous mettons en elles notre foi et notre confiance, ici au contraire [nunc autem], nous parlons autrement, et nous faisons profession de croire une Église sainte, et non pas en une Église sainte. Et par cette manière différente de nous exprimer, nous conservons la distinction nécessaire entre le Créateur et les choses qu’il a créées, et nous attribuons à sa divine bonté tous les dons que l’Église possède. » En français on supprimera la proposition en, de même qu’en latin on supprime la préposition in. Le malheur veut que, pour des raisons techniques, à savoir par l’absence de déclinaisons, dans bien des langues modernes – notamment en français –, la différence d’énoncé apparaît moins bien qu’en latin. Concrètement, le catéchisme nous apprend à distinguer deux objets de notre foi. Le premier objet est la Sainte Trinité révélante, tandis que le second est l’existence de réalités créées, dans leur être présent ou à venir, révélées par Dieu, mais distinctes de lui : la Sainte Église, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. On croit, d’une part, en Dieu créateur de toutes choses, et, d’autre part, on croit que les choses créées par Dieu que l’on énonce existent telles qu’elles sont révélées par Dieu lui-même. Un manuel de grammaire nous dira que c’est un tour vieilli que de placer l’objet de la croyance en objet direct sans préposition… mais est-il étonnant que ce qui exprime avec précision la nature et le contenu de la foi ait terriblement vieilli dans un monde apostat ? Il faut donc maintenir (ou restituer) la jeunesse du tour grammatical dont le catéchisme tridentin nous dit qu’il est le plus exact pour exprimer la foi catholique, en utilisant une traduction correcte du Symbole des Apôtres. Pierre-Michel Bourguignon Pax et Bonum