La messe controversée du bâtonnier de Créteil
Leopardi - 2010-09-21 15:35:50
La messe controversée du bâtonnier de Créteil
La messe controversée du bâtonnier de Créteil
LEMONDE | 21.09.10 | 15h01
Créteil vaut bien une messe, a justement pensé M. le bâtonnier : Me Arnauld Bernard a invité, le 15 septembre, ses aimables confrères du Val-de-Marne à une "messe de rentrée", sur papier à en-tête de l'Ordre. "Profitant des liens privilégiés" qu'il entretient avec l'évêque de Créteil, le bâtonnier entendait benoîtement concourir au rapprochement de l'Eglise et du monde judiciaire. Tous les chemins mènent d'ailleurs à Rome, et Mgr Santier est justement chargé du dialogue interreligieux : il était le mieux à même de célébrer l'office, entre gens de robe.
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L'affaire pourtant a fait trembler le barreau de Créteil. Le Syndicat des avocats de France a rappelé sèchement au bâtonnier qu'il représentait "l'ensemble des avocats dans le principe de laïcité" et que la pratique religieuse relevait du domaine privé. Me Bernard a fait aussitôt marche arrière. "C'est un malentendu, j'ai peut-être commis l'erreur de faire cette proposition sur papier à en-tête, je me suis excusé, c'est une invitation à caractère personnel."
Les avocats étaient prêts à pardonner les offenses, mais, par courtoisie, le bâtonnier avait indiqué qu'il serait "très honoré" si les magistrats et les greffiers venaient assister "à cette cérémonie aussi spirituelle que conviviale". Le président du tribunal, qui n'est installé que depuis une semaine, a fait suivre sans penser à mal, la greffière en chef aussi, mais en demandant à ses ouailles de "transmettre la liste des fonctionnaires qui s'y rendent, afin qu'ils soient couverts en cas d'accident de trajet". On n'est jamais trop prudent : saint Paul lui-même, touché par la grâce, était bien tombé de cheval.
"Je n'ai point de mot pour qualifier votre décision, qui est une première dans les annales judiciaires", a hurlé le délégué CGT des services judiciaires. Sa secrétaire générale a envoyé une réaction bien sentie à la chancellerie : "Il est totalement inacceptable que les chefs de juridiction aient diffusé une telle annonce et que des autorisations d'absence soient accordées aux fonctionnaires désireux d'aller partager l'hostie apéritive." D'autant que, pour consulter le médecin de prévention ou une assistante sociale, les fonctionnaires sont tenus de prendre sur leurs congés.
Du coup le président, le procureur et la greffière en chef ont envoyé un mail général pour préciser que l'invitation ne "relevait que du libre choix" des intéressés, et que, "depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat", il ne s'agissait certes pas "d'un rite associé au fonctionnement des tribunaux", et que les fonctionnaires intéressés officieraient sur leurs congés. La messe a été dite, en la cathédrale de Créteil, lundi 20 septembre, à 11 h 30. Dieu a reconnu les siens, une petite cinquantaine de fidèles ont écouté l'évêque, trois prêtres et un diacre, qui se sont félicités de "cette première". Un modeste cocktail a conclu ces nourritures spirituelles. Sans sabrer le champagne, le goupillon ne s'y prête guère.
Frank Johannès