A l'école et à l'écoute de Sa Parole (1/2).
Scrutator Sapientiæ - 2010-09-19 08:41:51
A l'école et à l'écoute de Sa Parole (1/2).
Bonjour,
Ce qui suit ne constitue évidemment qu'une tentative d'illustration de ce que j'appelle la mise en avant positive du patrimoine doctrinal et spirituel de la Tradition, mise en avant qui, à mon sens, a vocation à être prioritaire, mais, si j'ose dire, pas exclusiviste, par rapport à toute mise en examen critique des principes, doctrines, paroles, pratiques, qui s'opposent à ce patrimoine, parfois, depuis l'intérieur de l'Eglise.
ST JEAN CHRYSOSTOME - COMMENTAIRE SUR L'ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU.
HOMÉLIE LXXI.
" LES PHARISIENS, AYANT APPRIS QUE JÉSUS CHRIST AVAIT FERMÉ LA BOUCHE AUX SADDUCÉENS, TINRENT CONSEIL ENSEMBLE ET L’UN D’EUX, QUI ETAIT DOCTEUR DE LÀ LOI, VINT LE TENTER, EN LUI FAISANT CETTE QUESTION : MAÎTRE, QUEL EST LE GRAND COMMANDEMENT DE LA LOI? " (CHAP. XXII, 34, 35, 36, JUSQU’À LA FIN DU CHAPITRE.)
ANALYSE
1. Du premier et du second commandement de la Loi ; qu’ils sont semblables, et que l’un découle de l’autre.
2. Jésus confond une dernière fois les pharisiens, en leur citant un passage de David, où ce prophète proclame la divinité du Christ.
3 et 4 Combien il faut fuir l’ambition. — Que ce vice est très dangereux, et qu’il se glisse dans ces âmes par cent différentes voies. — Des mauvais effets que la vanité et le désir de gloire produisent en nous. — Quel aveuglement c’est que de renoncer à la gloire que Dieu nous offre pour embrasser celle des hommes — Que les personnes vaines sont exposées au mépris.
1. L’évangéliste nous marque encore ici une raison qui eût dû imposer silence aux pharisiens, et il nous fait voir en même temps quelle était leur audace. Les saducéens avaient été réfutés de telle sorte par le Sauveur qu’ils n’avaient pu lui rien répliquer, et ces pharisiens osent encore néanmoins s’attaquer â lui, lorsqu’ils devaient par tant de raisons réprimer enfin leur insolence. Ils lui envoient un docteur de la loi , non dans le dessein d’apprendre quelque chose de lui, mais seulement pour le tenter. Ils lui demandent: " Quel est le plus grand et le plus important commandement de la loi "? Comme ils savaient que c’était celui-ci : " Vous aimerez le Seigneur votre Dieu ", ils croient qu’il leur donnera peut-être lieu par sa réponse de l’accuser d’avoir combattu ce commandement, et de témoigner ainsi qu’il agissait partout en Dieu. C’était là leur dessein dans cette question artificieuse. Mais Jésus-Christ leur voulant faire voir qu’il connaissait leur pensée, et que bien loin de l’aimer, ils nourrissaient contre lui une envie secrète qui les envenimait contre sa personne, il leur dit: " Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de toute votre âme, et de tout votre esprit (37). C’est là le premier et le grand commandement (38). Et voici le second qui est semblable à celui-ci : Vous aimerez votre prochain comme vous-même (39) ". PourquoiJésus-Christ dit-il que ce second commandement " est semblable " au premier ? C’est parce qu’il en est comme l’effet et la suite naturelle, et que celui qui aime Dieu, doit nécessairement aimer son prochain : " Celui ", dit l’Ecriture, " qui fait le mal, hait la lumière, et il ne vient point à la lumière ". (Jean, III, 10.) Et ailleurs : " L’insensé a dit dans son coeur : Il n’y a point de Dieu ". (Ps. LII, 1.) C’est pourquoi David ajoute aussitôt: " Ils sont corrompus , et sont devenus abominables dans leurs affections ". (Ps. XIII, 4.) Et ailleurs : " La racine de tous les maux est l’avarice, qui a fait errer dans la foi quelques-uns de ceux qui l’ont désirée ". (I Tim. VI, 10.) Et ailleurs : " Celui qui m’aime gardera mes commandements ", qui se rapportent tous à ce principal : " Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, et le prochain comme vous-même ". (Jean, XIV, 15, 21, 23.)
Si donc aimer Dieu c’est aimer le prochain, puisque Jésus-Christ dit à saint Pierre : " Si vous m’aimez, paissez mes brebis (Jean, XXI, 16)", et si en aimant le prochain on garde les commandements de Dieu, n’ai-je donc pas bien raison de dire : " Toute la Loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux grands commandements (40) ". Jésus-Christ fait encore ici ce qu’il vient de faire auparavant. Lorsqu’on lui a adressé une question touchant la résurrection, lia fait plus qu’on ne lui avait (554) demandé; de même ici lorsqu’on ne désire que savoir de lui quel est le premier commandement de la Loi, il y joint aussi le second qui n’était guère moins considérable que le premier, et que Jésus-Christ dit " lui être semblable ". Il leur fait remarquer en passant que toutes ces questions qu’ils lui faisaient, ne venaient que de l’envie et de l’aversion qu’ils avaient conçue contre lui : " Car la charité n’est point envieuse ". (I Cor. XIII, 14.)
Mais pourquoi saint Matthieu dit-il clairement que ce docteur de la Loi vient à Jésus-Christ pour le tenter; et que saint Marc dit au contraire que Jésus-Christ voyant ensuite qu’il avait si sagement répondu, lui dit : " Vous " n’êtes pas loin du royaume de Dieu ". (Marc, XII.) Il n’y a point, mes frères, de contradiction dans ces paroles, puisqu’apparemment cet homme commença d’abord à parler à Jésus-Christ dans le dessein de le tenter, mais ayant depuis assez bien parlé, il mérita par la sagesse de sa réponse d’être loué de la bouche du Sauveur. Car Jésus-Christ ne le loua pas d’abord. li ne le fit qu’après que ce docteur eut dit : " qu’il était vrai qu’en aimant son prochain on faisait plus que si l’on offrait à Dieu tous les sacrifices et tous les holocaustes du monde ". Ce fut alors que Jésus-Christ lui dit : " Qu’il n’était pas loin du royaume de Dieu "; parce que ce docteur, ayant horreur lui-même de cette basse envie qui l’avait porté à le tenter, quitta cette disposition criminelle pour rentrer dans des sentiments d’admiration et de respect. Et c’est cette sorte de conversion qui est l’unique fin à laquelle se rapportent tous les préceptes de la loi, l’observation du sabbat, et les autres cérémonies.
Jésus-Christ loue ce docteur néanmoins avec assez de modération, et il ne le regarde pas encore comme parfait, puisqu’il lui déclare qu’il lui manquait quelque chose. Car en lui disant: " qu’il n’était pas loin du royaume de Dieu ", il lui témoignait assez qu’il n’y était pas encore, et qu’il devait travailler à acquérir ce qui lui manquait. Que si Jésus-Christ loue ce docteur seulement parce qu’il reconnaît qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, nous ne devons pas nous en étonner. Il faut au contraire juger par là que le Sauveur parlait souvent selon la Pensée et selon la disposition de ses interlocuteurs. Les Juifs, il est vrai, débitaient mille propos injurieux pour le Christ, mais ils n’ont jamais osé dire néanmoins qu’il n’y avait point de Dieu.
D’où vient donc que Jésus-Christ loue ce docteur de ce qu’il a dit qu’il n’y " avait qu’un seul Dieu "? Voulait-il en le louant de cette parole, nier qu’il fût Dieu lui-même aussi bien que son Père? Dieu nous garde de cette pensée: mais comme le temps de découvrir sa divinité n’était pas encore venu, il laisse ce docteur dans son premier sentiment. Il le loue de la connaissance qu’il avait de l’ancienne loi, pour le disposer aussi et le rendre plus propre à recevoir la nouvelle que lui, Jésus-Christ, était venu prêcher dans le monde. D’ailleurs, lorsqu’on dit : " Qu’il n’y a qu’un Dieu, et qu’il n’y en a point d’autre que lui ", cela ne doit point s’entendre, ni dans l’Ancien ni dans le Nouveau Testament, dans ce sens que l’on exclue la divinité du Fils; mais seulement comme une marque qu’on rejette toutes les idoles : et je crois que c’est dans cette pensée que Jésus-Christ loua ce docteur, parce qu’il avait dit : " qu’il n’y avait qu’un seul Dieu ". Après donc que le Sauveur a satisfait à la question de cet homme, Jésus-Christ lui en fait une autre à son tour.
" Les pharisiens étant assemblés, Jésus leur fit cette demande : Que vous semble du Christ? De qui doit-il être fils? Ils lui répondirent : De David (41)". Considérez, mes frères, combien de miracles et de prodiges, combien de questions et de réponses Jésus-Christ a faites avant celle-ci, combien il a donné de preuves par ses actions et par ses paroles de son égalité et de son union avec son Père, qu’il a loué même ce docteur de la loi d’avoir dit: " qu’il n’y avait qu’un seul Dieu " ; et que c’est après toutes ces précautions qu’il leur fait enfin cette question. Il semble qu’il veuille leur ôter tout sujet de dire de lui que, malgré tous les miracles qu’il avait opérés, il n’en était pas moins visiblement opposé à Dieu et à sa loi. Il les interroge donc enfin ici pour élever insensiblement leurs esprits, jusqu’à avouer eux-mêmes qu’il était Dieu. Nous avons vu ailleurs qu’en parlant à ses disciples pour savoir leurs sentiments touchant sa personne, il leur demande premièrement ce que les autres croyaient de lui, et qu’il leur dit ensuite : " Et vous qui dites-vous que je suis " ? Mais il n’use pas de cette conduite à l’égard des pharisiens, puisque, s’il leur avait demandé de la sorte ce qu’ils croyaient de lui ils lui eussent (555) infailliblement répondu qu’il était un séducteur et un ennemi de Dieu. C’est pourquoi il leur demande en général ce qu’ils croyaient "du Christ " sans se désigner lui-même. Et comme il était près d’aller bientôt souffrir et mourir sur une croix, il leur cite une prophétie qui faisait voir clairement qu’il était Dieu.
" Et comment donc, leur dit-il, David l’appelle-t-il en esprit son Seigneur, par ces paroles (42): Le Seigneur a dit à mon Seigneur: " Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous servir de marche-pied (43) " ? Il ne leur marque cette prophétie que comme en passant. Il ne témoigne point que ce fût son principal but, mais qu’il n’en parlait que par occasion. Comme il les avait interrogés, et qu’ils ne lui répondaient pas selon la vérité, puisqu’ils assuraient qu’il n’était qu’un pur homme, il leur rapporte cette prophétie de David pour confondre leur erreur, en leur opposant ce prophète qui reconnaissait sa divinité.
C’est parce qu’ils ne le considéraient que comme un homme, qu’ils lui avaient répondu que le Christ devait simplement être " le fils de David " : Et Jésus prouve au contraire par David même qu’il était véritablement le Dieu et le Seigneur de tous; qu’il était véritablement le Fils unique de son Père, et qu’il lui était égal en toutes choses. Mais il ne s’en tient pas là, et, pour les effrayer, il ajoute " Jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous servir de marche-pied ", se servant de toutes sortes de moyens pour les attirer à la foi. Et afin qu’ils ne pussent dire que le Prophète n’avait parlé de la sorte que par complaisance et par flatterie, considérez ce que Jésus-Christ ajoute : " Comment donc David, " parlant par l’Esprit de Dieu ", l’appelle-t-il son Seigneur? Mais admirez avec quelle circonspection il rapporte ce témoignage qui lui était si avantageux. Il leur demande auparavant : " Que vous semble du Christ? de qui est-il fils " ? afin de leur donner lieu de répondre qu’il était : " fils de David ". Il leur demande aussitôt en gardant une suite naturelle : " Comment donc David parlant par l’Esprit de Dieu l’appelle-t-il son Seigneur "? il en use ainsi pour ne point les troubler, et ne leur donner point sujet de s’offenser en leur parlant comme de lui-même? C’est pour cette raison qu’il ne dit pas : " Que vous semble-t-il " de moi? mais que vous semble-t-il " du Christ " ? C’est pourquoi les apôtres, après la Pentecôte, disent encore avec tant de modestie : " Qu’il nous soit permis de dire librement du patriarche David qu’il est mort et qu’il a été enseveli ". Et Jésus-Christ, de même, par cette interrogation et par la réponse qu’il y fait ensuite, établit sa divinité : "Comment donc David l’appelle-t-il en esprit son Seigneur par ces paroles : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite , jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous servir de marche-pied "
" Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils (44)"? Ce qu’il ne dit pas pour nier que le Christ fût le fils de David, mais pour représenter aux Juifs leur erreur, lorsqu’ils croyaient qu’il n’était que le fils de David. Car lorsqu’il leur dit : " Comment est-il son fils "? il faut sous-entendre de la manière que vous vous le figurez. Les pharisiens disaient que le Christ n’était que le fils de David, et non " le Seigneur de David ". Après leur avoir rapporté ce témoignage du Prophète, Jésus leur dit avec douceur : " Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils"? Ils ne répondent rien à ces paroles; parce qu’ils ne voulaient pas s’instruire, mais seulement tenter le Sauveur. C’est pourquoi Jésus-Christ dit lui-même qu’il était " le Seigneur de David " , ou plutôt il ne le dit que par le Prophète, parce qu’ils n’avaient aucune foi en lui, et qu’ils tiraient de toutes ses paroles des sujets de le décrier.
Et nous devons beaucoup, mes frères, considérer cette disposition des Juifs, afin de ne nous point scandaliser, lorsque nous voyons que Jésus-Christ leur parle de lui-même d’une manière si humble , et qui lui est si disproportionnée. Entre plusieurs raisons qu’il avait de se conduire de la sorte, celle-ci sans doute était une des principales, qu’il devait agir avec une grande condescendance à leur égard, et qu’il était obligé d’épargner beaucoup leur faiblesse. Et l’on voit même ici que ce n’est que sous forme d’interrogation qu’il établit sa divinité, et qu’il ne la leur découvre qu’obscurément. Car il y avait encore bien de la différence entre être " le Seigneur de David "ou être le Seigneur de tous les Juifs. Et l’occasion que Jésus-Christ prend de leur dire ceci, est admirable. Car, après avoir dit qu’il n’y a qu’un Dieu et qu’un Seigneur, il dit aussitôt (556) que c’est lui qui est ce Seigneur, et il le prouve non-seulement par ses actions, mais encore par les prophètes; montrant que son Père prendrait sa cause, et qu’il le vengerait contre eux-mêmes. " Jusqu’à ce que je réduise vos ennemis", dit-il, "à vous servir de marche-pied ". Ce qui fait voir clairement quel zèle le Père avait pour la gloire de son Fils, et quelle union ils avaient ensemble.
C’est ainsi qu’il termina enfin tontes ces questions que les Juifs lui faisaient pour le surprendre ; et l’on peut dire que celte fin en fut glorieuse et surprenante , et qu’elle était capable de fermer éternellement la bouche à ses ennemis. En effet, depuis ce temps ils se tinrent dans le silence; silence qui, à la vérité, n’était pas volontaire, mais forcé; parce qu’ils n’avaient plus rien à lui dire. Ses réponses précédentes, comme autant de flèches mortelles, les avaient tellement abattus, qu’ils ne lui pouvaient plus résister. " A quoi personne ne lui put rien répondre: et depuis ce jour nul n’osa plus lui faire de questions (45) ". Le peuple retirait un grand avantage de ce silence des pharisiens, puisque ceux-ci n’osaient plus interrompre les prédications du Sauveur. Aussi l’on voit que Jésus-Christ ne parle plus qu’au peuple dans la suite. Tous les pharisiens et les docteurs de la loi le fuient , et il semble qu’il ait mis tous ces ennemis en fuite comme une troupe de loups qui ne cherchaient qu’à le dévorer. Ces envieux ne retirèrent aucun fruit de leurs demandes envenimées; et l’amour de la vaine gloire dont ils étaient possédés, les empêcha de profiter de tant d’instructions si divines. "
(à suivre)