Des hommes et des dieux
Aigle -  2010-09-18 15:54:50

Des hommes et des dieux

Etant allé voir hier soir ce fim, je voudrais partager avec vous mes réactions. Sur le strict plan cinématographique, je crois qu'on peut employer le mot de "chef d'oeuvre" : l'attention du spectateur est constamment soutenue malgré la lenteur du rythme monastique, les acteurs sont extraordinaires, les lumières et la musique remarquables, le scénario bien construit est parfaitement compréhensible, le réalisme est poignant, les symboles ne pèsent pas mais tombent justes (la "Cène" finale marquera les esprits j'en suis sûr) etc ... etc ... Sur un plan plus catholique, qu'en penser ? j'avais une crainte : voire une plate défense du dialogue inter-religieux et un antiracisme militant. En fait, j'avais tort : le film décrit une réalité complexe dans laquelle les hommes (moines et musulmans) sont déchirés et souvent apeurés. Il n'en reste pas moins que les moines ont profondément catholiques, assidus aux offices et emplis de foi - même s'il est vrai qu'ils ne déploient aucun effort actif pour chercher à convertir les Musulmans et se limite à "témoigner" comme le Père de Foucauld. Ils restent des hommes sujets à la peur et aux hésitations. Lesdits musulmans sont présentés de façon nuancée - et au total avec peu de complaisance. Le préfet est un fonctionnaire intelligent mais lâche. Les militaires sont odieux (et laids). Les villageois sont braves mais ni courageux (ils n'envisagent pas une seconde de se battre pour se défendre par exemple - leur non-violence est lâche à la différence de celle des moines) ni beaux (leur laideur est d'ailleurs spectaculaire - à l'exception d'une jeune fille, et encore son charme est bien limité). Ils sont donc plus à plaindre qu'à blâmer. Tres curieuse est la présentation du chef des rebelles : seul Musulman beau et courageux - même si sa beauté barbue et violente est aux antipodes de la beauté sereine et catholique de Lambert Wilson - il montre une aptitude au dialogue et au respect pour les moines que ne manifestent guère les autorités laiques... A ce demander si le réalisateur n'a pas voulu donner une image positive de ces hommes de foi en lutte contre un pouvoir corrompu ? Le prieur est un epersonnalité forte : un vrai chef, soucieux de ses responsabilités non seulement vis-à-vis des hommes qui lui sont confiés (et qu'il ne veut pas pousser à la mort contre leur gré) mais aussi vis-à-vis de sa mission (témoigner de l'Amour du Christ au milieu des Algériens), il sait écouter - et sait aussi décider. Il y a peu de démagogie : peut-être au milieu du film une critique (discrète) de la papauté - un rebelle demande "où est le pape ?" et le moine répond "il n'y a pas de pape ici" - et la lecture finale de la lettre du Prieur qui demande que le peuple algérien ne soit pas tenu pour responsable de sa mort. Texte qui n'ajoute rien car on a bien compris qui étaient les coupables. Pour ma part j'ai compris ceux-ci : le radicalisme de la Foi catholique aboutit à l'abandon de soi jusqu'au risque du martyre - quand le radicalisme de l'Islam conduit à la violence et à la guerre. Conclusion : même si le réalisateur n'est pas croyant, ce film est une apologie de la Foi catholique à place à égalité avec "Au revoir les enfants " de Louis Malle.