Frédéric Beigbeder "La vertu et la foi semblent procurer plus de bonheur"
Therese 732 -  2010-09-18 11:22:52

Frédéric Beigbeder "La vertu et la foi semblent procurer plus de bonheur"

Je viens de me procurer "Un roman français" de Frédéric Beigbeder, alléchée par la quatrième de couverture : "c'est l'histoire d'une humanité nouvelle ou comment des catholiques monarchistes sont devenus des capitalistes mondialisés, telle est la vie que j'ai vécu". Or en commençant j'ai été un peu déçue par le récit fort triste de sa vie de brillant écrivain reconnu, mais drogué, qui se remémore en détention son enfance oubliée(assez noire, d'enfant de divorcés). Mais ce qui m'a paru particulièrement interressant, c'est lorsqu'il parle de son frère, son principal lien d'ancrage dans sa famille vite dissoute, voici ce qu'il en dit : "Comprenez moi : Charles donne vraiment son sens à ma vie. Je me suis bâti en opposition à lui. Ma méthode pour exister consistait à être son contraire... Mon frère monogame serait il plus heureux que moi? Je constate que la vertu et la foi semblent lui procurer plus de bonheur que mon hédonisme et mon matérialisme ; le vrai révolté, le seul fou, le grand rebelle de la famille, c'est lui depuis toujours et je ne le voyais pas, alors que mes fêtes défoncées d'adolescent attardé ne sont qu'obéissance docile à la marche du monde. L'injonction capitaliste (tout ce qui est agréable est obligatoire)est aussi stupide que la culpabilité chrétienne (tout ce qui est agréable est interdit).Je m'étourdis, incapable de grandir, quand lui bâtit son existence sur un mariage solide, des enfants présents, une religion eternelle, une maison avec jardin fleuri. Je jouis la nuit en prenant des airs supérieurs sans voir que je suis le plus bourgeois des deux. En fuyant ma famille, je ne me rendais pas compte que j'abdiquais fac à une aliénation bien pire : la soumission à l'individualisme amnésique. Privès de nos liens familiaux nous sommes des numéros interchangeables comme les "amis" de Faceb.., les demandeurs d'emploi de l'ANPE ou les prisonniers de Dépot."