Pour Guénon, l'être est une limite, un conditionnement du non-être, vu non comme néant mais d'une certaine manière comme "sur-être", un peu comme une materia prima supérieure, le non-être est limité par sa "manifestation". Cette vision de l'être comme limite et manifestation conditionnée et non comme acte tend à disloquer Dieu entre puissance et acte : d'un coté la deité inconditionnée et toute puissante, de l'autre un dieu du coté de la manifestation conditionné par le fait même de son existence.
Cela ressemble presque à du Heidegger..Pour saint Thomas, Dieu est puissance et acte pur et son être n'est pas une limite de sa puissance.
C'est plutôt du Maritain...On voit bien que cette dislocation de Dieu qui sépare la puissance et son acte, considérant son être comme une limitation, est assez proprement luciférienne. En effet elle présente un dieu personnel inférieur du coté de l'être et de la limitation et par opposition une sorte de sur-dieu, déité non conditionné et non limité, qui lui est supérieur de par sa toute puissance qui n'est limité par aucune existence. Comment ne pas voir clairement dans cette opposition la tentative de celui qui n'est rien et pur néant pour présenter son néant comme du sur-être et de la toute puissance supérieur à Dieu. Ainsi cette divinisation de la puissance sans acte et sans être correspond assez bien à la révolte du démon. Le fait que Dieu soit n'est pas une limite.
Et cela ne veut strictement rien dire.. D'autre part, je connais fort bien Boulgakov, et je ne vois pas cette erreur. Je pense que le but de votre post, mais c'est du ressucé et du rabâché, que l'œuvre de Guénon est incompatible avec la foi chrétienne. Hélas, c'est faux. Guénon a commis des erreurs, il a même écrit de véritables "boulettes", et Jean Borella a magnifiquement rectifié le tir à ce sujet. Pour le reste, désolé, nulles incompatibilités.