Aumônier en terre afghane
Bernard Joustrate -  2010-09-11 08:39:37

Aumônier en terre afghane

TÉMOIGNAGE. UN MILITAIRE D’ORIGINE BRESSANE REVIENT SUR SES SEPT MOIS PASSÉS EN AFGHANISTAN. LE JOURNAL DE SAONE ET LOIRE Aumônier en terre afghane Renaud de Dona Fredeville en opération avec les hommes dans la province de Kapisa Photo DR De retour d’une campagne de sept mois en Afghanistan, un Bressan témoigne du quotidien de l’armée française. L’actualité des derniers jours rappelle la difficulté de l’action menée par les forces françaises sur le sol afghan. « Il n’y a pas de mission bénigne, on sait qu’à tout moment on peut être pris à partie » souligne l’aumônier qui se déplace régulièrement avec les soldats. Plus en retrait, il entretient des liens privilégiés avec la population locale. Une relation s’est nouée lentement entre Renaud de Dona Fredeville et les autochtones, qui va au-delà du religieux : « peu importe que je sois catholique et qu’ils soient musulmans, il y a quelque chose qui nous unit, une sorte d’espérance réciproque. Les Afghans m’ont même aidé à bâtir une chapelle pour que les soldats français puissent vivre leur culte ». Le quotidien afghan Outre les célébrations quotidiennes, l’aumônier rencontre les militaires sur leur lieu de vie, de manière informelle. Sa présence sur le camp amène à une réflexion même pour des soldats non croyants « de la même manière qu’un expatrié n’aime jamais autant la France que lorsqu’il en est loin, les militaires ont souvent cette demande de foi lorsqu’ils sont en opération extérieure, quand les repères sont perturbés. Ce phénomène, Renaud de Dona Fredeville l’a particulièrement constaté auprès des jeunes engagés : « les plus jeunes ont 20 ans, ils sont à une période de leur vie où ils recherchent un sens. Ils viennent alors me trouver pour partager leurs états d’âme ». Entre espoir et réalité Dans ses propos on sent bien que l’on est loin des faits divers véhiculés par les médias nationaux. Définir l’engagement des troupes uniquement comme une source de pertes humaines est réducteur à ses yeux : « Il y a une véritable espérance dans l’action des Français. Le travail avec l’armée afghane est fraternel. Par la construction d’écoles, de puits, de routes, on accompagne et on entretient des relations courtoises avec les locaux ». Selon lui les soldats tricolores se nourrissent tout autant de cet échange, ils trouvent un sens à leur mission. Néanmoins cette approche stratégique de l’armée française basée sur la confiance ne peut pacifier définitivement la zone. Les attaques demeurent monnaie courante, avec les conséquences qu’on leur connaît. Durant ses sept mois en Afghanistan (novembre 2009-juin 2010), l’aumônier de Dona Fredeville a été confronté par trois fois à la mort de soldats nationaux : « vivre ensemble, loin de la France, dans ces conditions créé des liens forts. Perdre un frère d’arme est toujours un moment difficile. Je me montre particulièrement présent dans ces périodes auprès des troupes. Le deuil se fait mieux quand on travaille au quotidien, qu’on porte la douleur ensemble ». Le religieux insiste sur l’importance de poursuivre la mission dans ce cas de figure, parce que la vie doit continuer. C’est cette prise de recul qui maintient l’efficience des soldats. Antoine Demor Publié le 29/08/2010