"L’auteur (...) excelle à susciter notre intérêt"
Bernard Joustrate - 2010-09-10 13:10:10
"L’auteur (...) excelle à susciter notre intérêt"
Urbain V par Yves Chiron
En lisant le plus récent ouvrage qu’Yves Chiron vient de proposer à notre lecture, on hésite sur ce qu’il convient le plus d’admirer. Ce sera d’abord, certes, l’histoire de la vie de ce grand pontife français d’Avignon, le seul béatifié, dont les péripéties nous sont contées de façon détaillée. L’auteur, de plus en plus spécialiste de biographies anciennes ou contemporaines, excelle à susciter notre intérêt en dépit des 700 ans qui nous séparent d’Urbain V. Son style nous tient sous le charme par des anecdotes ou des détails curieux.
Mais, pour qui connaît un peu l’Histoire, on reste confondu devant la somme de travail fourni pour décrypter les sources et l’énorme masse d’ouvrages concernant ce pape, non pour les compiler mais bien plus pour les analyser et les comparer. Car Yves Chiron, en s’efforçant de s’approcher au plus près de la vérité historique, retrace méthodiquement la vie d’Urbain V à partir de ces documents, corrigeant ici une anecdote douteuse, là une date erronée ou encore une mauvaise interprétation.
Et nous autres, lecteurs du XXIe siècle, vivant sous le pontificat de Benoît XVI, nous sommes assez surpris. Nous qui, souvent, pensons supporter la plus grave des crises religieuses de tous les temps, à la lecture de cet ouvrage nous (re)découvrons que ce réformateur de l’Eglise que fut Urbain V, dirigeait la barque de Pierre dans l’une des périodes les plus sombres pour l’Eglise.
En effet, en ce terrible XIVe siècle, la papauté s’était installée en Avignon et avait déserté Rome, la guerre de cent Ans ravageait périodiquement notre pays et la peste noire tuait le tiers de la population européenne. La désorganisation sociale était latente et même souvent les « gens d’église » étaient devenus vénaux.
C’est donc dans la première décennie de ce siècle que naquit Guillaume Grimoard au château de Grizac en Lozère, dans le diocèse de Mende, capitale du Gévaudan. Et suivant tous ses fils conducteurs, Yves Chiron nous fait parcourir les étapes de vie de son sujet : l’enfance et la jeunesse, ses études et son attachement à l’Université de Montpellier, son entrée dans la vie bénédictine, dont il ne quittera jamais la robe, son accession à la direction de deux grandes abbayes, Saint-Germain d’Auxerre et surtout Saint-Victor de Marseille.
Car Guillaume Grimoard était surtout un homme du sud, tout tourné vers le Languedoc et le bassin méditerranéen, renforcé encore par les missions diplomatiques que le pape Innocent VI lui demanda d’effectuer en Italie.
Son accession au souverain pontificat en 1362, alors qu’il n’était ni cardinal ni même évêque, le plaçait en position relativement indépendante de l’empereur du Saint Empire et même du roi de France qui s’efforçait de peser lourdement sur Avignon.
Avec une patience tenace et parfois un peu d’ingénuité, dans un monde disloqué et déboussolé, Urbain V, à la fois plein de rigueur et de pondération, va poursuivre ses tentatives de réforme de l’Eglise et du clergé. Il s’attaque au népotisme et à la simonie, lutte contre le cumul des bénéfices tout en relançant l’esprit de la croisade pour secourir les chrétiens de Terre Sainte. Il aide les Universités et crée même celle de Cracovie. Il prend part à de nombreux projets architecturaux, mais sa véritable obsession est de mettre fin aux conflits entre les princes de la chrétienté, combattants intraitables de la guerre de Cent Ans.
Dès son accession au trône de Pierre, soutenu par la correspondance qu’il entretenait avec Pétrarque, Urbain V pensait que le retour à Rome était nécessaire. Finalement, non sans un certain déchirement pour ce religieux épris de culture française, il quittera Avignon pour Rome en 1367. Il y restera à peine trois ans, ayant marqué cette tentative par d’importants travaux de restauration monumentale. Il y accompagnera aussi le cheminement de l’Empereur de Byzance, Jean V Paléologue, soucieux de mettre fin au schisme oriental.
Mais, craignant les débordements dus à l’instabilité politique des états pontificaux italiens, malgré les avertissements de sainte Brigitte, il regagna Avignon en 1370 quelques mois avant son décès.
Le rayonnement de ce pontife, austère et bienveillant, comme sa ténacité et sa prudence dans ses décisions sur les réformes, nous font penser à des qualités identiques que nous retrouvons un peu chez Benoît XVI.
Il fut béatifié en 1870 par Pie IX et même Michelet le déclarait le « meilleur des Papes d’Avignon ».
Louis Fontaine
• Urbain V, le bienheureux, par Yves Chiron, aux éditions Via Romana. Préface de Mgr François Jacolin, évêque de Mende.
Article extrait du n° 7177 de Présent du Samedi 11 septembre 2010