Réponse à Mr Parfu
Jean Ferrand -  2010-09-09 17:10:10

Réponse à Mr Parfu

J’ai bien lu votre post du 6 septembre, concernant la date de naissance de Jésus-Christ. Et je vous en remercie. J’ai failli ne pas le voir car je surveillais uniquement, de temps à autre, mon fil sur : Arthur Loth et la vie de Jésus. J’essaie de vous répondre avec précision. 1°) Arthur Loth, Gérard Gertoux et moi-même nous sommes, non seulement à quelques nuances près, mais entièrement d’accord pour dire que, conformément à l’antique tradition, Jésus-Christ est bien mort le vendredi 14 nisan 3 avril 33, à trois heures de l’après-midi, et qu’aucune autre époque ne peut être retenue. Mais je vous fais remarquer que cela ne correspond pas forcément à l’opinion majoritaire des historiens ou des exégètes, qui ont plutôt tendance aujourd’hui à fixer la date de la Passion à la Pâque de l’an 29, ou de l’an 30. Dans son livre, pages 514 et suivantes, Arthur Loth démontre savamment, comme je l’ai déjà dit, que la Passion n’a pas pu se produire en 29, ni en 30. Seul le 14 nisan de l’ an 33, en effet, dans les années 27 à 35, tombe un vendredi. 2°) Non. Hérode comme je l’ai expliqué dans mon post a eu deux règnes distincts, un règne nominal, ou légal, et un règne effectif, avec une différence de trois ans. Le règne nominal part de sa nomination comme roi par le Sénat de Rome en l’an – 40, à l’instigation d’Octave et de Marc Antoine. Mais cette élection n’aurait eu lieu qu’en fin d’année, probablement le 19 décembre, le 25 Kislev, qui correspondait – par hasard – à la fête de la Dédicace du Temple. D’ailleurs Hérode, détail piquant, ne serait resté que sept jours à Rome, tant il était pressé de rentrer en Orient. On lui aurait offert un grand banquet au Capitole, parmi les idoles, pour fêter son avènement. Mais Hérode n’en était pas à une compromission près. Hérode n’aurait compté sa première année de règne, à la mode romaine, qu’à partir du 1er janvier – 39, ou encore mieux, à la mode juive, à partir du 1er nisan - 39, soit vers le 15 mars. Le règne effectif d’Hérode se réfère à sa prise de Jérusalem en juillet – 37, avec l’aide des légions romaines commandées par Sossius, ou plus exactement à la mort du dernier roi hasmonéen, Antigone, en mars – 36. 3°). Je ne parle pas des Rois Mages dans mon post. Donc il était trop court, et non pas trop long ! Pas question pour Arthur Loth, et encore moins pour Gérard Gertoux et moi-même, de faire naître Jésus en – 7 ou même – 5, même si cela est couramment admis par les exégètes contemporains. D’abord en la XVe année de Tibère, qui correspond à l’an 29, il aurait eu bien plus de trente ans, contrairement à l’indication de saint Luc : « Et Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans. » (Lc 3,23). Ensuite tous les gouverneurs romains de Syrie sont connus, pour les années 731 U.C. à 770 U.C., c’est-à-dire de – 23 à + 17, sauf pour les années – 4 à – 1. Le premier gouvernorat de Quirinius, sous lequel s’est fait le premier recensement signalé par Luc (2,2) n’a pu se situer que dans cette tranche : de - 4 à – 1, donc. Arthur Loth réfute très bien, pages 354 et 355, l’hypothèse de la conjonction de Mars, Saturne et Jupiter, en – 7, pour expliquer l’étoile des Mages. Je ne puis que lui céder la parole.

« On connaît l’explication de Kepler, qui a séduit maints commentateurs. Elle ne répond qu’à une idée préconçue, et ceux qui l’ont adoptée, sur la foi de l’illustre astronome, pour fixer, avec lui, l’époque de la naissance de Jésus-Christ à l’an 747 ou 748 de Rome, n’ont pris là qu’une base chronologique toute conjecturale. » « Frappé par le phénomène très rare de la conjonction des deux grandes planètes, Jupiter et Saturne, puis d’une troisième, Mars, que le ciel pressentait dans l’automne de 1604, et qui fut complété, par l’apparition dans le voisinage de l’astérisme, d’une étoile de grand éclat, Kepler crut voir là une reproduction du spectacle qui s’était offert aux Mages d’Orient. Le calcul lui démontra, en effet, que le phénomène de cette coïncidence des quatre grands astres de notre monde planétaire : Soleil, Terre, Jupiter et Saturne, puis Mars, placés sur une même ligne, avait dû se reproduire en remontant en arrière le cours des siècles, trois ans avant la mort d’Hérode, en l’an 747 U.C. (= 7 av. L’E.V.) qu’il croyait être celui de la naissance de Jésus-Christ. » « Un autre astronome, Ideler, en reprenant le calcul, avec les Tables astronomiques plus exactes de Delambre, a précisé l’indication. Il trouva que trois conjonctions de ces planètes s’étaient produites le 21 mai, le 15 septembre, celle-ci la plus remarquable, enfin le 14 novembre, et il opina que c’est à la suite de la dernière que les Mages se seraient mis en route pour la capitale de la Judée. » « Mais en quoi un pareil phénomène, si intéressant qu’il fût pour un astronome, aurait-il pu déterminer les Mages de l’Evangile à aller à Jérusalem ? Les Orientaux, observateurs des astres, initiés à la science du ciel sidéral, connaissaient les planètes et leurs conjonctions. Un phénomène céleste naturel, comme celui de l’an 747, ne pouvait manquer d’éveiller l’attention des Mages, mais il n’était pas de nature à les entraîner vers l’Occident, même s’ils y avaient vu, selon leurs idées, l’annonce d’un grand événement, comme le monde en présente de temps à autre. Car le rapprochement des trois planètes entre elles ne fut jamais, selon les savants, inférieur à un degré, et ainsi elles ne pouvaient former entre elles un foyer lumineux que les Mages auraient pu prendre pour une étoile extraordinaire, pour un signe particulier. » « Aussi Kepler fut-il obligé de supposer, pour 747, en plus de la conjonction des planètes, l’apparition d’un astre particulier, animé d’un mouvement spécial, qu’il fait voyager dans les régions inférieures de l’air, pour guider les Mages. Mais alors il rentre dans l’hypothèse d’un miracle. Ce n’est plus la conjonction de Jupiter, de Saturne et de Mars qui est le phénomène en rapport avec l’Evangile et qui peut fournir un point de repère chronologique, mais l’étoile adventice, supposée par Kepler, étoile qui n’a pas plus de date que d’existence certaine. Sans elle, cependant, la conjonction planétaire de 747 ne pouvait servir de rien, tellement qu’un astronome anglais, Charles Pritchard, en faisant la carte des points où devait s’observer, chaque nuit, la fameuse conjonction, a pu montrer que si les Mages avaient pris ce brillant astérisme pour guide, ils n’auraient fait qu’un chemin en zigzag et, définitivement se seraient égarés, au lieu d’arriver à Jérusalem. » « L’illustre Kepler avait subi l’influence de l’astrologie, encore vivace de son temps, en cherchant dans la conjonction de Jupiter et de Saturne une signification surnaturelle qu’elle ne pouvait avoir. »

L’étoile des Mages n’a pu être qu’un phénomène miraculeux. Il ne faut pas y chercher, crois-je, une explication naturelle ou scientifique. Il est vrai qu’au premier siècle de notre ère une attente générale du Christ, ou du Messie, est avérée, aussi bien chez les juifs que chez les païens. Les Esséniens, par exemple, et les textes trouvés à Qoumrân, comme les pseudépigraphes, en témoignent, attendaient impatiemment la venue d’un Messie fils de David qui rétablirait le peuple élu dans ses droits. Tacite comme Suétone (cités par Loth, page 363) se font l’écho de cette croyance universelle. On en trouve la trace dans la 4e Eglogue de Virgile. Cicéron, dans son traité sur la divination, cite l’oracle de la Sibylle. Mais il y a mieux encore. Le prophète Daniel dans sa célèbre prophétie sur les soixante-dix semaines d’année (cf. Daniel, chapitre 9) pointait sans ambiguïté vers le premier siècle de notre ère pour désigner l’époque de la venue du Christ. Dans mon post, je n’ai pas fait état de cette prophétie, car il y a désaccord entre Arthur Loth et Gérard Gertoux au sujet de son interprétation exacte, quoique ils soient très proches l’un de l’autre (à trois ans et de demi près !). Malgré mes recherches, je n’ai pu me faire une religion nette de cette question. Il faut pour cela prendre position sur des questions de chronologie concernant la période achéménide (où se place le point de départ des 490 ans). Ce qui dépasse mes compétences. En terminant, je voudrais vous demander un conseil, Mr Parfu. Dans mon parcours du gros livre d’Arthur Loth, il me semble bien avoir relevé des erreurs qui ne peuvent provenir que d’une lecture fautive du manuscrit. Ca m’étonnerait, par exemple, qu’Arthur Loth ne sût pas faire une soustraction ! A qui devrais-je envoyer une liste d’errata, pour une éventuelle prochaine édition ? A l’éditeur ? Merci. P.S. En naviguant sur Internet, il me semble bien avoir vu passer un avis de décès au nom de Mr Henry Brière-Loth (un homme très âgé). A une lettre près cela ressemble au nom de Mr Henri Brière-Loth, petit-fils d’Arthur Loth et déchiffreur de son manuscrit. Serait-ce le même ?