Denis SUREAU - 2010-09-06 18:38:36
Dialoguer...
...est difficile. Votre message n'est pas dans le bon fil et il eut été préférable de répondre à mes éclaircissements plutôt que de balancer une nouvelle argumentation. Aucun catholique ne nie l'importance de la distinction naturel/surnaturel mais aucun théologien ne la conçoit comme vous le faites - à savoir sur le mode archéomaurrassien. Je vous conseille vivement la lecture de l'encyclique sociale Caritas in Veritate : vous verrez que Benoît XVI récuse le découpage que vous faites entre les réalités soi-disant naturelles (notamment politiques et économiques) et les surnaturelles. A rebours de votre dualisme, il rappelle que la vertu théologale de charité est "la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Eglise. » (§ 2). Vivre la charité dans la vérité, affirme-t-il d'emblée, « conduit à comprendre que l'adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement utile, mais indispensable pour l'édification d'une société bonne et d'un véritable développement humain intégral » (§ 4). Belle affirmation d'intégralisme: non d'intégrisme, mais de souci d'intégration de la nature et de la grâce. La grâce n'est pas quelque chose de surajouté à la nature. La charité, explique Benoît XVI, « n'est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé des diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin » (§ 30). Pareillement, « il n'y a pas l'intelligence puis l'amour: il y a l'amour riche d'intelligence et l'intelligence pleine d'amour » (ib.) Quant à la justice, elle est intrinsèque, inséparable de la charité. La charité exige la justice mais la dépasse, la complète aussi, par le don et le pardon (§ 6).
C'est pourquoi, dans le cadre de cette grande synthèse chrétienne qu'un saint Augustin n'aurait pas renié, il convient de rappeler la nature intrinsèquement morale de l'économie : « la conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer « d'influences » de caractère moral, a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique de façon destructrice » (§ 34). Or la sphère économique n'est pas éthiquement neutre. Les relations économiques, précisément en tant que relations humaines, ont bien une consistance morale, si bien que « la justice se rapporte à toutes les phases de l'activité économique » (§ 37). Il n'y a pas d'abord des relations et ensuite un jugement moral. Ici Benoît XVI récuse le libéralisme sans pourtant jamais le nommer (pas plus qu'il ne nomme d'ailleurs le capitalisme, le socialisme ou le communisme). Le marché doit être soumis aux principes de la justice commutative, distributive et sociale. Plus encore, le principe de gratuité et la logique du don « peuvent et doivent trouver leur place à l'intérieur de l'activité économique normale » (§ 36).