évolution plus nette avec Jean-Paul II
Luc Perrin - 2010-09-06 15:47:40
évolution plus nette avec Jean-Paul II
Si j'en crois cet article de La Croix de 2007 qui fait le point et indique clairement qu'il est devenu aujourd'hui difficile de voir une légitimité - ou un quelconque "avantage" étrange mot - dans la peine de mort, du strict point de vue catholique. La notion n'est toutefois pas entièrement proscrite par la dernière version du C.E.C.
Le Saint-Siège toutefois intervient et proteste régulièrement contre l'application de la peine de mort aux USA, notamment ; les Églises locales se sont aussi prononcées négativement à son sujet.
La question de l'erreur judiciaire, grave s'il en est et point rare aux USA - sans parler de la Chine -, entre évidemment en ligne de compte : à cette aune, la peine de mort n'a aucun avantage mais qu'un inconvénient rédhibitoire.
Voici l'article du 3 janvier 2007 :
"Sœur Marie-Laure Denès, Secrétaire nationale de Justice et Paix France :
« Cela fait déjà plusieurs années que, sous l’influence de Jean-Paul II, la position de l’Église catholique sur la peine de mort se fait plus ferme. La première version du Catéchisme, en 1992, n’excluait pas clairement la peine de mort, la justifiant “si celle-ci est l’unique moyen praticable pour protéger efficacement de l’injuste agresseur la vie d’êtres humains”. Mais Jean-Paul II, dans l’encyclique Evangelium vitæ de 1995, a fait prendre un virage à l’Église en estimant que les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable “sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants” (n. 56).
Une formulation reprise dans la seconde version du Catéchisme de l’Église catholique, en 1998 (pour lire l'article 2267 du Catéchisme, cliquez ici) . Jean-Paul II est plusieurs fois revenu sur ce sujet, dans son discours à Saint Louis (États-Unis) en 1999, et dans l’exhortation post-synodale Ecclesia in America la même année, estimant qu’une société qui fait usage de la peine de mort “porte l’empreinte de la culture de mort et est donc opposée au message évangélique” (n. 63). Le refus de la peine de mort fait donc partie du Magistère de l’Église catholique.
Depuis, toutes les déclarations officielles du Saint-Siège marquent ce refus tranché de la peine de mort. Il suffit de relire ce qu’avait déclaré dès jeudi le cardinal Renato Martino, président du Conseil pontifical Justice et Paix, à La Repubblica : “L’Église proclame que la vie humaine doit être protégée de la conception à la mort naturelle. La peine de mort n’est pas une mort naturelle. Et personne ne peut donner la mort, même pas l’État.” C’est une position très tranchée, loin des circonlocutions du Catéchisme, et je ne crois pas qu’il y ait ici de réelle différence entre Benoît XVI et Jean-Paul II.
Depuis le début du nouveau pontificat, le pape n’avait pas encore eu l’occasion de se prononcer sur le sujet, mais son message pour la Journée de la paix était déjà clair. Les milieux catholiques de défense des droits de l’homme demandent aujourd’hui une modification du Catéchisme, pour en combler le décalage avec le discours actuel du Magistère. C’est souhaitable : ce serait un signe fort qui soulignerait que ce tournant est devenu définitif, même s’il semble difficile de revenir sur ce qui a été dit. »
Recueilli par Nicolas SENEZE"