“Une curieuse retombée en enfance”
Vianney -  2010-09-03 08:20:44

“Une curieuse retombée en enfance”

La réflexion pleine de bon sens d’Anton démontre que l’auteur ne fait que reporter le problème, mais il n’empêche, si j’en crois l’académicien Dutourd, voilà un ouvrage qui a toutes les chances de rencontrer un beau succès en librairie :
Ayant pendant des dizaines d’années contemplé le monde afin de le décrire ou plutôt de le crayonner dans les journaux, j’ai pu constater l’extinction progressive des feux, ainsi que l’influence obscurantiste de la science et des techniques. Tout au long de son existence, l’humanité s’était principalement occupée de son esprit et de son âme. D’où la place que tenaient les lettres, les arts et la religion, instruments majeurs de la connaissance spirituelle. Soudain, au XXe siècle, l’humanité, pour la première fois de son existence, ne s’était plus intéressée qu’au corps, à sa commodité, à son bien-être, à la puissance ou à la vitesse que les objets ou les savoirs nouveaux pouvaient lui donner. Il s’en est suivi une curieuse retombée en enfance. Le monde, en un demi-siècle, s’est rempli de jouets. L’humanité infantile du IIIe millénaire a les insuffisances et les vices des enfants : crédulité, amoralité, lâcheté, ignorance, goût de la violence, esprit grégaire, etc. A la fin du siècle des Lumières, l’Europe parlait français, sachant ou sentant que cette langue était la plus apte à explorer l’inconnu. A la fin du siècle des Lumières éteintes, l’Europe jargonne un sabir américanoïde incapable (et d’ailleurs ne l’ambitionnant pas) d’exprimer autre chose que des besoins élémentaires et des idées convenues.
Jean Dutourd, Le siècle des lumières éteintes, p. 12.