Mgr Bruguès, le prochain cardinal français ?
La mouche du coche - 2010-08-31 16:44:04
Mgr Bruguès, le prochain cardinal français ?
Osservatore Vaticano, 20, 21, 22, 23 août 2010
Osservatore Vaticano
Mgr Jean-Louis Bruguès. Chronique sur un théologien « ordinaire »
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Jean-Louis Brugès, vrai-faux restaurationiste ? En tout cas théologien dont la science ne casse pas des briques, comme on dit familièrement.
La spécialité de ce Bigourdan, religieux dominicain de la province de Toulouse, est la théologie morale (il a été professeur de morale fondamentale à l’Institut catholique de Toulouse, puis à l’Université de Fribourg). A l’époque, considéré comme relevant de la galaxie représentée par la revue Communio, prieur du couvent des dominicains de Toulouse, puis du couvent de Bordeaux, puis de la province de Toulouse, il se distinguait cependant nettement de l’équipe « identitaire » qui avait revivifié cette province dominicaine autour de la Revue thomiste, dirigée par le P. Bonino, même s’il participait volontiers à la Revue par ses articles. Art de délicats pesages auxquels l’ascension de l’écureuil oblige : Usque non ascendam ?
Dans un ouvrage de 1989, La fécondation artificielle au crible de l’éthique chrétienne (Communio-Fayard), alors qu’il avait été nommé membre de la Commission théologique internationale (de 1986 à 2002), il avait repris la matière d’une série d’articles publiés dans la Revue thomiste, où il approuvait la condamnation des diverses méthodes de fécondation artificielle portée par l’instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, Donum vitae, en 1967. Il y avouait – c’était tout à son honneur –, qu’il se rétractait à propos de la licéité de la FIVETE homologue (fécondation artificielle entre époux) qu’il avait soutenue, désormais convaincu par les arguments de la Congrégation pour la Doctrine de la foi (peut-être pas par tous : il omettait de dire que non seulement cette fécondation est mauvaise parce qu’« artificielle », voire criminelle du fait de l’élimination des œufs fécondés non sélectionnés, mais qu’elle suppose, à l’origine, un acte contre nature de la part de l’époux pour la production de la semence).
En 1991, il produisait un Dictionnaire de morale catholique (éditions CLD) contenant d’excellents développements, mais qui semblait considérer comme spécificités de la morale chrétienne un certain nombre de normes qui relèvent en fait de la loi naturelle (illicéité de la sexualité hors mariage, insémination artificielle homologue). Sans parler de quelques bavures : un érotisme « propre au génie de chaque langue » leur aurait souvent donné « le meilleur de sa littérature » ; la compréhension du caractère illégitime de la contraception artificielle a été « obscurcie en partie par le style et le langage utilisés par le Magistère, qui avait choisi une “éthique du code” » ; dans certaines circonstances cette contraception est pratiquement admissible.
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« Consacré » pour être évêque d’Angers (le qualificatif remplaçant pour la 1ère fois depuis le Concile celui d’« ordonné », ce qui exaspéra au maximum ses confrères progressistes), il déçut grandement la nonciature qui espérait que cet ami du cardinal Lustiger ouvrirait à Angers un séminaire de même esprit que les maisons parisiennes pour la formation des séminaristes. Il déçut plus encore par une prise de position sur la question du « moindre mal » (l’usage du préservatif), lors d’une conférence faite à des étudiants dans un café de sa bonne ville. Il est vrai que cet homme de composition favorisait dans le même temps le ministère bi-ritualiste, Paul-VI et Saint-Pie-V, d’un ancien membre de la Fraternité Saint-Pierre en le faisant accéder par degrés à la cure de la cathédrale d’Angers. Mais, Président de la Commission doctrinale de la Conférence des Évêques de France, il signait des textes qu’on pourrait qualifier faiblement d’équivoques, par lesquels il admettait que Jésus pouvait avoir eu des frères, ou exonérait la scandaleuse Bible Bayard.
Etonnamment, ce non-fondateur d’un « bon » séminaire dans son diocèse, fut malgré tout nommé en 2007 Secrétaire (2ème personnage) de la Congrégation pour l’Éducation catholique, dont le Préfet est le cardinal Zénon Grocholewski, dicastère en charge précisément des séminaires diocésains. Il devint aussi vice-président de l’Œuvre pontificale des Vocations sacerdotales et membre de la Commission pour la Formation des candidats au sacerdoce. Certes, Mgr Brugès présentait l’immense avantage de n’être entouré, lui, d’aucune réputation privée malsonnante, mais son action en un domaine aussi fondamental que celui de la rectification doctrinale des maisons de formation sacerdotales, fut et reste très passive, ce qui est une qualité mystique mais sûrement pas gouvernementale.
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En revanche, le 3 juin 2009, L’Osservatore Romano publiait un discours ultra-ratzinguérien tout à fait remarquable de Mgr Bruguès aux recteurs de séminaires, en prélude à l’Année sacerdotale. Il décrivait en termes clairs les dégâts de l’après-concile, notamment en Europe, y compris l’ignorance impressionnante sur des points de doctrine élémentaire dont font aujourd’hui preuve les jeunes qui entrent au séminaire. Cette ignorance est telle que, parmi les remèdes, Mgr Bruguès souhaitait que la première année de séminaire soit consacrée à apprendre le catéchisme (ignorait-il que la plupart des séminaires pratiquent déjà ce colmatage des voies d’eau ouvertes par l’après-Concile ?) Ceci dit, le sous-patron des séminaires et universités se bornait à des constats, très lucides mais qui restaient constats sans suite, sur le mode autorité-après-Vatican II-et-après-68 : « Les universités catholiques se répartissent aujourd’hui selon cette ligne de partage. Certaines jouent la carte de l’adaptation et de la coopération avec la société sécularisée, ce qui les contraint à prendre leurs distances de manière critique à propos de tel ou tel aspect de la doctrine ou de la morale catholique. D’autres, d’inspiration plus récente, mettent l’accent sur l’affirmation de la foi et la participation active à l’évangélisation. Il en est de même pour les écoles catholiques. » C’était drôlement bien vu ! Et après ?
En suite de ce beau discours, personne ne fut surpris que, le 19 novembre 2009, Benoît XVI nommât Jean-Louis Bruguès Consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.
Moi, si. J’ai sous les yeux une copie théologique qui eût jadis fait recaler n’importe quel candidat au baccalauréat ou à la licence en théologie. Il s’agit de deux articles publiés par la Semaine religieuse d’Angers, les 4 et 11 juin 2006, après l’assemblée du Synode des Evêques consacrée à l’Eucharistie, à laquelle il avait participé, articles dont le thème était : « Quelques réflexions au retour du Synode de Rome. Les divorcés remariés et l’eucharistie ».
Le correcteur qui aurait eu à noter l’élève Bruguès, aurait d’abord froncé les sourcils devant ses bévues théologiques. Dans une 1ère « piste » se trouve celle-ci : on pourrait reconnaître comme invalide le mariage de baptisés catholiques qui n’ont pas la foi. J.-L. Bruguès semble ignorer qu’il bouleverse l’objectivité foncière de l’économie sacramentelle. Le concile de Trente ne rappelle-t-il pas qu’un ministre qui n’a pas la foi (or, les époux sont habituellement considérés comme ministres du sacrement) confectionne cependant un sacrement valide (par exemple, le non-catholique baptisant pour lui rendre service et à sa demande un ami mourant), dès lors qu’il accomplit sérieusement le rite de l’Église ? On veut bien que la foi incertaine ou absente d’un époux ou des deux induise éventuellement la non-acceptation des fins du mariage que l’Église reste la dernière à défendre, laquelle non-acceptation rendrait en effet le consentement inexistant et le mariage invalide. De cela le prêtre qui reçoit la demande des époux va juger. Mais ce serait une considérable novation de refuser le sacrement à un baptisé pour motif de « non-foi ». A moins que J.-L. Bruguès ne veuille élaborer un nouvel empêchement canonique prohibant au mariage. Et pourquoi ne pas appliquer aux ordinations sacerdotales et épiscopales cette invalidité pour non-foi catholique de l’évêque qui ordonne ? Bonjour les dégâts…
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Tout aussi approximatives sont ses réflexions, dans une 2ème « piste », sur le fait que les divorcés « remariés » qui ne communient pas puisqu’ils vivent dans une situation objectivement adultère, pourraient cependant pratiquer une communion de désir. Cela part d’un bon sentiment à leur endroit, mais J.-L. Bruguès a-t-il oublié que la communion de désir (de même que le baptême de désir) suppose, comme on l’apprenait dans les bons vieux catéchismes, la contrition parfaite. Laquelle serait suivie en l’espèce de la décision des « remariés » de se séparer, au moins de corps, et du coup, une fois tout scandale écarté, leur permettrait la communion sacramentelle.
Mais c’est surtout dans le fond du sujet sur lequel il planchait que notre homme est franchement libéral. En une 3ème « piste », évoquée par lui, c’est vrai, au conditionnel, mais tout de même comme une « piste » empruntable, il se lâchait : « Il y aurait aussi une sorte de droit, celui du blessé, du malade, du pécheur, en un mot, de recevoir le viatique de vie qui refait les forces et permet de repartir d’un bon pied. Cette perspective rejoindrait la pratique de nos frères orthodoxes qui autorisent un remariage après adultère ». Et le futur Consulteur de la Foi concluait son article : « Comme le disait le cardinal Danneels dans sa déclaration au Synode, l’Église est toujours parvenue dans son histoire à trouver une solution aux problèmes intérieurs qui se posaient à elle. Elle l’a fait à son rythme, qui est fort lent ».
Jean-Louis Bruguès a été nommé évêque d’Angers. Puis Secrétaire de la Congrégation pour l’Éducation catholique. Puis Consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. On pourrait peut-être en rester là…