J'entends bien...
Etienne -  2008-12-09 16:25:50

J'entends bien...

(Au passage, merci pour votre ton courtois, et votre volonté manifeste de dégager la vérité sans tirer la couverture vers soi. C'est rare par les temps qui courent.) La question qui nous intéresse, en l'occurrence, n'est pas celle de la bonne foi de Mgr Lefebvre. Je ne doute pas une seconde qu'il a cru faire pour le mieux. Loin de moi l'idée de le faire rôtir en enfer. La question est de savoir, nonobstant l'état d'esprit de Mgr, s'il lui fût possible théologiquement, en tenant pour vraie la légitimité de Jean Paul II, de sacrer contre la volonté du pape tout en plaisant à Dieu. J’ai annoté les potentiels points de désaccord par (a), (b) et (c). Arrêtez moi là où nos avis divergent: - En sacrant contre la volonté du pape, Mgr a posé un acte de désobéissance (a) envers pape. Cet acte de désobéissance est peut être justifié ou peut être injustifié. - Si le sacre épiscopal dépend de la loi humaine, la désobéissance est peut-être légitime (b). Si elle dépend de la loi divine, elle ne peut l'être (c). Vous arguez, si je vous suis bien, que le pape n'avait pas le pouvoir d'interdire à Mgr Lefebvre de sacrer les quatre évêques, en tant que cela représentait le seul moyen de poursuivre la Tradition, et qu’ainsi, l’acte de Mgr Lefebvre n’est pas un acte de désobéissance, mais simplement une absence d’interdiction, soumis dès lors non pas à la loi divine, mais à la loi humaine, et donc potentiellement justifiable aux yeux de Dieu. Est-ce bien cela? Il s’agirait en ces conditions du point (a). Il faudrait donc considérer, dans ce cas : - que la Tradition n’est plus du tout enseignée par le Pape et ses évêques : il ne suffit pas que la Vérité soit affirmée de façon tiède ou timide. Il eût alors fallu que le dogme changeât, par exemple que l’on enseignât infailliblement ce qui jusqu’alors était infailliblement condamné, ou que l’on ajoutât, retranchât, ou modifiât substantiellement la Sainte Ecriture. Mais un simple désaccord pastoral (donc temporel) ne peut suffire à invalider la décision d’un pape, qui reste maître chez lui. En ce cas, le pape ne peut plus être pape, en tant que son enseignement habituel n’est plus la doctrine catholique. - ou que les sacrements ne sont plus validement distribués, par exemple dans le cadre de rites invalides. De même, la conclusion demeure la vacance formelle du siège de Pierre. On voit bien dans ce cas que l’acte de Mgr Lefebvre est au moins indirectement conditionné à l’absence d’une autorité supérieure formelle, nonobstant l’occupation matérielle du siège de Pierre. Et même en ce cas, je ne suis pas du tout persuadé que l’on puisse se prévaloir du droit à nommer un ou des évêques, comme je l’écrivais plus tôt, la notion de hiérarchie et d’épiscopat étant trop intimement liés.