Reprenons
Meneau -  2008-11-19 22:59:56

Reprenons

1/ Léon XIII dit qu’il n’est jamais juste d’exposer à la vue ce qui est contraire à la vérité et à la vertu, et qu’il est encore moins juste de protéger par la loi celui qui exposerait cela. S’il ne parle pas de tolérance c’est parce qu’en l’occurrence il ne peut y en avoir puisqu’on parle de Justice, et non de charité ou de prudence.

La liberté, cet élément de perfection pour l'homme, doit s'appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l'essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l'homme, mais elle demeure toujours la même, et non moins que la nature des choses elle est immuable Si l'intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s'y attache, ni l'une ni l'autre n'atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n'est donc pas ‘juste’ (aequum) de mettre au jour et d'exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois.

2/ Je peux appuyer mon raisonnement sur le Magistère. Cf point précédent pour la lecture de Léon XIII. En outre, l’objet de la justice est le droit (II-II, q57), et Pie XII enseigne que

ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit à l’existence, ni à la propagande ni à l’action

En justice, il n’est donc pas question de tolérance. Léon XIII enseigne dans Libertas que :

La tolérance du mal appartenant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d’être, c’est-à-dire par le salut public

Cette tolérance peut même être un devoir en certaines circonstances, lorsqu’il y a un plus grand bien à promouvoir ou un plus grand mal à éviter. Léon XIII, toujours dans Libertas :

Dans ces conjectures (…) en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal

Celui qui pratique le mal toléré acquiert-il pour autant un droit à être toléré ? La réponse est non, justement parce que la tolérance relève de la prudence politique et de la charité envers les égaré, non de la justice. La vertu de justice (je donne à l’autre ce qui lui appartient), en assignant aux uns leurs devoirs, donne aux autres le droit correspondant de l’exiger. La vertu de charité (je donne à l’autre ce qui m’appartient), peut m’obliger, mais ne donne pas à l’autre le droit d’exiger. On tolère le mal, on ne l’approuve pas. 3/ Vous confondez « justice des hommes, justice civile » avec vertu de Justice. La personne qui agit en privé ne relève pas de la justice civile. Au regard de la vertu de Justice, elle n’a pas pour autant le droit de faire ce qu’elle fait. Le droit de propriété est un droit social. L’éducation des enfants de parents a-catholique relève du for externe privé et non public. 4/ DH enseigne un droit à l'immunité de contrainte en matière religieuse au for externe public qui « a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même »(DH 2). Un droit fondé sur la nature humaine est un droit naturel, qui relève de la vertu de Justice. Ce droit naturel « dans l'ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu'il constitue un droit civil. ». S’il doit être reconnu pour constituer un droit civil, c’est qu’il préexiste en dehors de l’ordre purement civil. Ce n’est donc pas, contrairement à ce que vous écrivez, un droit civil que défend DH. C’est beaucoup plus que cela. Un droit naturel fondé sur la dignité humaine ne peut jamais être restreint par de justes limites ou un ordre public juste. Ou alors il faut dire que l’ordre public juste de DH est : - l’ordre moral catholique dans une société catholique - l’ordre moral naturel dans une société a-catholique. Auquel cas, d’accord ! C’est ainsi que l’avait présenté la commission théologique dans son schéma préparatoire à Vatican II intitulé « Des relations entre l’Eglise et l’Etat et de la tolérance religieuse ». Mais ce n’est pas ce schéma qui fut retenu, et ce n’est pas à l’évidence l’interprétation qui est faite de DH depuis le concile. Je termine par deux citations : « L'État a le devoir de prohiber les faux cultes, à moins d'une vraie nécessité de tolérance ». Card. Billot, Tractatus de Ecclesia, qu.19, art.1, §3. Benoit XV rangeait parmi les principes pernicieux qui sapent l'ordre civil et renversent les fondements de la société chrétienne cette phrase : « les libertés en matière religieuse de penser et de répandre tout ce que l'on veut ne doivent pas être limitées, du moment que l'on ne nuit à personne » Epist. Anno iam exeunte, ad R. P. Ios. Hiss, 7/03/1917 (A.A.S., 9/1917, p.172). (cité en note dans le schéma préparatoire au Concile du Cardinal Ottaviani) Eh oui, même si je ne nuis à personne, ma liberté peut être contrainte. Cordialement Meneau