Présisions historiques sur Béziers et Simon de Montfort.
Paterculus -  2008-01-12 00:22:01

Présisions historiques sur Béziers et Simon de Montfort.

Une ou deux générations avant la croisade des Albigeois, il y eut une altercation entre un chevalier et un bourgeois de Béziers, un jour de chevauchée (on dirait aujourd'hui "période de réserve" - cela durait une journée). Le soir on se rassemble en l'église Sainte Madeleine, pour régler l'incident. Les bourgeois sortent alors de sous leurs vêtements des dagues et massacrent les chevaliers, dont le comte de Carcassonne. Le fils de celui-ci, deux ans plus tard, soudoie des Aragonais pour s'infiltrer dans la ville et massacrer les bourgeois. Les épouses de ceux-ci deviennent celles des brigands, qui reconnaissent le comte de Carcassonne comme leur suzerain. Ceux qui voient arriver l'armée croisée sont donc les descendants de veuves dont les époux assassins ont été eux-mêmes assassinés, et des assassins de ceux-ci. On imagine l'éducation qui a pu être donnée dans cette malheureuse cité. Cela explique l'attitude incroyable de cette population face aux Croisés. Le comte de Carcassonne, dont la présence était nécessaire à la levée d'une armée qui viendrait faire lever le siège, était parti en confiant la défense de Béziers à ses habitants. Des gens sensés se seraient dit que la meilleure façon de se défendre était de se confier aux excellentes murailles de la ville. Au lieu de cela, ils ouvrent une porte, sortent et se moquent des attaquants. Les soldats ne bougent pas, attendant les ordres de leurs chefs qui tiennent conseil pour préparer le premier assaut, prévu le lendemain. Mais les valets et les pélerins (comme pour Jérusalem, la croisade avait pour but de libérer une route de pélerinage, vers Compostelle, car le comte de Toulouse prélevait des péages trop forts, et les gens ne pouvaient pas accomplir leurs pénitences ou leurs dévotions) - ces non-combattants, donc, répondent aux insultes.On en vient aux mains. Un pélerin est jeté dans l'eau des fossés de la ville. C'est alors la ruée vers la porte qui est prise avant que tous les Biterrois sortis puissent rentrer. Cette troupe incontrôlée pille et massacre et finalement met le feu à la ville. Quand les seigneurs entrent en ville avec leurs troupes régulières, il est trop tard. Simon de Montfort n'est devenu le chef de la croisade qu'après la prise de Carcassonne. Il s'était illustré à ce moment-là en allant rechercher après un assaut manqué un chevalier blessé sous les murs, c'est à dire à portée de flèche des défenseurs. En effet, Carcassonne étant tombée, la plupart des croisés repartirent chez eux. La quarantaine pour laquelle ils s'étaient engagés était terminée - un vassal devait le service d'ost à son suzerain quarante jours par an. Les grands du royaume avaient obtenu du roi de faire cette quarantaine au profit de la croisade. Et Simon de Montfort fut choisi. Il avait déjà participé à la quatrième croisade d'Orient. Quant les Vénitiens firent prendre par les croisés - qui n'avaient pas de quoi payer en totalité leur passage vers la Terre Sainte - une ville chrétienne sur la côte dalmate, Simon avait refusé de prendre part au siège et avait dressé sa tente à l'écart du camp en signe de neutralité, ce qui était un désaveu très clair. Et quand la croisade se dirigea vers Constantinople, il la quitta et fit voile seul avec ses troupes vers Jérusalem. Il venait de rentrer quand le Pape en appela à la croisade contre les cathares et, alors qu'il eût pu invoquer les services déjà rendus pour se défiler, il voulut continuer à mettre son épée au service de l'Eglise. On voit ainsi quel personnage hors pair il était : fils dévoué de l'Eglise, à la conscience pure, et en plus désintéressé. Ses vastes terres de Montfort jouxtaient à la fois le domaine royal et la Normandie. Ses ancêtres ayant suivi Guillaume le Conquérant, Simon avait même des possessions en Angleterre. Il n'avait rien à gagner dans ces aventures. Et l'Eglise dans sa prudence ne put pas le soutenir autant qu'il le souhaitait. Pour que sa légitimité à défendre les acquis de la croisade soit clairement établie, il eût fallu qu'il soit nommé comte de Toulouse. Mais le Pape espérait toujours une conversion de Raymond de Toulouse, et ne voulait pas le déposséder. C'est peut-être cela qui a coûté la vie, finalement, à Simon, et a conduit la croisade à l'échec. En effet, à de nombreuses reprises il montra sa valeur militaire en élargissant les conquêtes de la première quarantaine, en les défendant souvent dans un rapport de forces très défavorables - sa victoire à Muret contre plusieurs comtes rejoints par le roi d'Aragon est célèbre. Mais peu à peu les seigneurs du Sud-Ouest qui s'étaient ralliés à lui l'abandonnèrent et les indécis rejoignirent le comte de Toulouse. C'est sous les murs de cette ville qu'il mourut et son fils ne fut pas à même de maintenir la conquête. Et finalement c'est le roi de France qui raffla la mise, au grand soulagement général. Les méthodes de Simon étaient souvent brutales, mais celles de ses adversaires ne l'étaient pas moins. Un jour le comte de Toulouse fit renvoyer vers Simon deux de ses chevaliers qui avaient été faits prisonniers et à qui on avait coupé le nez et la lèvre supérieure. Simon ne put supporter cette façon de traiter les prisonniers et pour préserver ses hommes de ce genre de traitement, il renvoya, lui, cinquante prisonniers ainsi arrangés. Il n'y eut plus de torture de prisonniers par les Toulousains tant que Simon fut assez fort pour que la dissuasion fonctionne. De plus, souvent c'étaient les renforts annuels qui exigeaient des actions violentes, là où Simon aurait voulu temporiser. Au total, ce fut une grande figure chevaleresque. Votre dévoué Paterculus.