On est loin du temps où les responsables des télévisions veillaient à ce que certaines images soient diffusées à des heures où les enfants ont quitté la table familiale. C’est fini. Même dans les téléfilms de début de soirée, on a droit à des scènes plus que scabreuses qui auraient été l’objet de plaintes pour pornographie il y a trente ans. La concurrence entre les chaînes impose de choquer le spectateur en insistant tout spécialement sur le voyeurisme devenu un des moyens de capter l’audience.
Pie XII espérait que la télévision devienne "un instrument d'information, de formation, de transformation". On est vraiment loin du compte, sauf sans doute en ce qui concerne la transformation des mentalités, mais là encore, ça s'apparente beaucoup plus à du bourrage de crâne qu'à de l'éducation au sens noble du terme, comme le soulignait déjà le professeur Marcel De Corte dans son ouvrage L'intelligence en péril de mort. J'ai cité il y a quelques jours les propos de Richard Salant, président de CBS News. Dans le numéro 5 de sa revue Documentation Chrétienne, le pasteur Jean-Marc Berthoud, de Lausanne, rapportait plusieurs anecdotes assez révélatrices du cynisme de nos "montreurs d'images". En voici une :Malcolm Muggeridge, un des pionniers de l’information à la télévision britannique, lorsqu’un journaliste en visite dans sa maison campagnarde dans le sud de l’Angleterre lui demandait avec étonnement pourquoi il ne possédait pas de poste de télévision, ne voulait-il pas se tenir au courant de ce qui se passait dans te monde, répondit avec son humour habituel : "Si je désirais être informé, la dernière chose que je ferais, serait de regarder la télévision. Je sais par métier comment on fabrique les informations !"
De ces anecdotes, Jean-Marc Berthoud tirait la conclusion :Non, les médias n’ont pas la fonction qu’imaginent ces naïfs que nous sommes tous bien souvent. Informer ! Non, les médias représentent une puissance trop grande, une source d’influence intellectuelle, morale, religieuse même, bien trop importante pour que les journalistes puissent l’exercer à leur guise. Les médias ne servent pas à informer le public, mais bien plutôt à le former, à le berner, à le mener là où d’autres veulent qu’il aille. Les moutons de Panurge et les pourceaux des Gadaréniens sont toujours parmi nous, ils portent tout simplement aujourd’hui d’autres noms : opinion publique, idiots utiles, sondages, démocratie, etc. On flatte le peuple pour mieux le tromper. La chanson n’est guère nouvelle. Dans le système politique que nous connaissons — tant à l’est qu’à l’ouest — les médias, d’une manière plus ou moins explicite, servent à former les esprits, les intelligences, les mémoires, les volontés des lecteurs, des auditeurs, des spectateurs. Voilà le but réel de l’information, FAÇONNER LES CITOYENS SELON LE MODELE ETABLI PAR UNE ELITE QUI N’A DE COMPTES A RENDRE QU’A ELLE-MEME.
V.