« Ne pas confondre église et stade de foot »
publié le 14.02.2011 in LE PROGRES
Le curé de Villars donne sa vision de la liturgie et prédit la fin des «mamys bigoudis»
>> Des paroissiens vous reprochent d’avoir refusé leur hommage à défunt…
Dans des obsèques, on célèbre un passage, on ne regarde pas en arrière. Il y a trois temps. Le premier est celui de la mémoire : la famille parle du défunt, de ce qu’il transmet. Je le fais systématiquement en début de célébration. Après vient la parole de Dieu, puis le temps du dernier adieu. La musique profane, le diaporama n’ont pas leur place dans le rituel.
>> Où, alors ?
Cet hommage peut-être rendu sur le parvis. Il est complémentaire, pas antagoniste. Quand les familles le demandent, j’y participe. J’invite aussi les mairies à réfléchir sur la façon d’accompagner les défunts en prêtant une salle. Pourquoi imposer une cérémonie religieuse ? À la question « Croyez-vous en Dieu ? », beaucoup disent « Je ne sais pas »…
>> La liturgie vous semble-t-elle la réponse ?
C’est la dimension que je travaille le plus. La mission d’un prêtre est de conduire son église. Si l’on y dit les mêmes choses que dans un stade de foot ou un concert, en moins passionnant, les gens s’en détournent. Je les invite à participer par l’écoute. Non plus par le « faire », comme on l’a cru bon après 68, avec les prêtres ouvriers ou les « mamys bigoudis », comme on dit. Je ne me moque pas. Ils étaient modernes en 70 et ont beaucoup donné. Mais il n’y a pas eu transmission. En 2011, les jeunes recherchent d’abord une expérience spirituelle. Beaucoup reviennent à la religion à travers la liturgie.
>> Et parler des problèmes en banlieue ou citer Nicolas Sarkozy dans un sermon ?
Nicolas Sarkozy était alors ministre de l’Intérieur. Il avait dit que quand le prêtre faisait son boulot, il y avait moins de violences. C’était bien avant l’explosion des banlieues. J’avais aussi cité Camus : « La désespérance, c’est le divorce entre l’âme qui désire et le monde qui déçoit ». Il s’agit d’une lecture spirituelle de l’actualité. Je suis dans mon rôle.
>> Êtes-vous traditionaliste ?
Le « iste » est peut-être de trop. Je suis un homme d’église.
>> Que dites-vous aux fidèles qui ne se retrouvent pas dans cette tradition ?
Venez et voyez. Il y a beaucoup de continuité. On a longtemps cru que prier nous séparait des hommes. On s’épuise au contraire si l’on perd cette spiritualité. Métro/boulot/dodo, prendre une assurance-vie, mourir le mieux possible ? On ne peut pas se contenter de cela.