Le liseur était debout et contemplait la nuit de plus en plus profonde, il avait reçu de mauvaises nouvelles de la ville de Tibère, cet hiver était plus froid que d'habitude, le réchauffement du climat entraînait des hivers plus rigoureux, c'était à n'y rien comprendre, au loin on entendait hurler des loups, lui semblait-il, à moins qu'il ne confondit avec les aboiements habituels des chiens, ou que les deux ne se confondissent... ce dimanche aurait été bien ennuyeux, n'eut été ces mauvaises nouvelles hivernales, il était temps d'aller se servir un verre.
Ainsi, songeait-il, en se versant le calorifique liquide, tout était à l'avenant, tout était à l'encan, c'était la période des soldes, on fourguait la camelote au rabais et le badaud effaré achetait ce dont il n'avait pas besoin parce que c'était moins cher, c'était la seule période de l'année où il n'achetait rien, il laissait les autres chiner, s'échiner, pour des articles douteux venus de Chine, tout n'était plus qu'imitation, à l'image du monde d'aujourd'hui et de ses dirigeants qui riaient jaune face à une actualité qui s'écroulait, craignant secrètement d'être emportés aussi avec, qui sait si sur le tarmac du Bourget un avion ne faisait pas chauffer ses moteurs pour Malte, le liseur but une détonnante gorgée du breuvage à base de malt, tout était possible dans notre pays où l'on était tout sauf des momies.
Que serait le printemps, se demandait-il, face à la nuit du monde, les voies étaient impénétrables, le chant strident du muezzin avait éclaté en un vain désespoir du côté de la maison de l'avocat, les chiens étaient couchés, il savait qu'il se ferait un silence d'environ une demi-heure, le liseur est allé se resservir un verre.
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