Le liseur avait juste un petit peu trop bu
Oh, pas comme a son habitude, de ce liquide ambré et parfumé par la tourbe des terres écossaises, ce gout d’eau saumâtre, considéré comme le nec plus ultra de la bienséance alcoolique et mondaine. Non, il était enivré par le remugle de la foule hurlante et trépidante des chaussées parisiennes, assoiffée de niaiseries musicales et de rencontres mondaines.
Soulé par les beuglements mégaphonés des Jeunes pour la Vie, celle des autres, et par un excellent Bourgueil qui avait clôturé sa soirée poétique, il s’emmêlait un peu les crayons avec les raisons des uns et des autres.
Les clubistes chardonnesques qui réclamaient hier des prises de positions fermes des Instituts dits écclésiadéistes (horresco réferens comme disent les musulmans) expliquaient leur absence à la Marche vitaliste par leur soucis de ne pas nuire aux idées défendues par les ligues de vertu œcuménistes auxquelles ils sont, c’est garanti, attachés comme à la « messe de toujours » (pas aux ligues de vertus, aux idées : suivez un peu !).
Bon, (vous suivez ?) les Alliés pour les Droits de la Vie, eux, comme beaucoup d’évêques, estimant que ces manifestations de rues étaient indignes de la cause défendue, préféraient ne pas marcher, arguant que leurs démarches sublimes et d’une efficacité démontrée depuis 36 ans, leur interdisait de se joindre à cette foule bigarrée, rejoignant, ainsi, la non marche des piédistes susnommés.
A ce point du raisonnement, pour autant que c’en fut un, il aurait fallu, pour rendre hommage au Pont l’Evêque déboucher une seconde (voire deuxième) bouteille.
Le liseur hésita, était ce bien raisonnable, la soirée était, certes, humide et l’unique flèche de la cathédrale, encore éclairée à cette heure, (pas l’unique flèche : la cathédrale, décidément vous n’êtes pas attentifs) lui rappelait combien la chrétienté avait mis de temps à se construire et si peu de temps à se déliter.
Et alors ?
Non, rien.
Pourquoi pas une autre bouteille au fond ? La soirée pouvait être longue à ce rythme.
Assise aussi le préoccupait, mais au fond, tout le monde s’en foutait.
C’est scandaleux quoi ! Assise ?
Oui, Assise fut scandaleux, il en avait pleuré, In illo tempore, mais - pardon des offenses oblige – il avait, si ce n’est passé l’éponge, du moins, épongé le passé, à quoi bon 20 ans après remuer cette eau trouble difficile à distiller.
Certes, il restait vigilant. Une supplique, bien carillonnée et respectueuse, devrait suffire pensait il, mais il n’était pas le seul à penser : difficile de vivre en société…
Décidément, son vin était triste, on ne voyait plus la cathédrale … sans doute une panne de secteur.
Ah, si les centrales fonctionnaient au Bourgeuil ! Mais la bouteille était déjà vide.
Avec toutes mes excuse à Amuss (Hips!) |