(Daoudal Hebdo N° 83)
La Fête Dieu
La fête du Très Saint Corps du Christ, selon son nom liturgique, est appelée en français la « Fête Dieu ». Ce qui souligne admirablement l’objet propre de la fête : la reconnaissance publique de la présence réelle du Christ, donc de Dieu, dans le Saint Sacrement.
Au tout début du XIIIe siècle, pour réagir aux premières contestations concernant la présence réelle, se répandit la coutume d’élever l’hostie et le calice après la consécration (ce qui fut fait pour la première fois à Paris en 1200).
C’est dans ce cadre que sainte Julienne, religieuse augustine du Mont Cornillon, eut une série de visions, à partir de 1208. Elle voyait une lune rayonnante mais barrée d’une bande noire. Elle avait beau prier, elle ne s’expliquait pas cette vision. Deux ans plus tard, Jésus lui apparut et lui expliqua :
« La lune représente l’Église, et l’échancrure signifie le manque d’une solennité dont Je désire l’institution. Pour réveiller la foi des populations et pour le bien spirituel de mes élus, je veux qu’une fête spéciale soit établie en l’honneur du sacrement de mon Corps et de mon Sang. Cette fête aura une solennité que ne peut avoir le Jeudi Saint déjà occupé par la mémoire de ma Passion. C’est toi que je charge de t’occuper la première de cette fête et de faire connaître la nécessité de l’établir. C’est toi qui commenceras, et des personnes humbles continueront. »
Sainte Julienne commença à œuvrer pour l’établissement de cette fête. En 1222, elle devint prieure du couvent des Augustines du Mont Cornillon. Elle demanda conseil à différentes personnalités, dont son confesseur Jacques Pantaléon, archidiacre de Liège. Mais dans son couvent on la traitait de fausse visionnaire, et l’on n’acceptait pas son interprétation rigoureuse de la règle. Elle en fut chassée deux fois. La première fois, l’évêque la fit revenir. La seconde fois, en 1248, elle se fit ermite, à Fosses, où elle mourut en 1258.
Ses appels pour une fête du Saint Sacrement n’étaient pas restés vains. Et elle avait trouvé une aide en la personne de la bienheureuse ermite Eve de Liège. Le prince-évêque de Liège, Robert de Thourotte, fit célébrer la fête en 1246, à Fosses, où il était tombé gravement malade. Il mourut juste après, sans avoir pu ordonner que la fête se perpétue. Elle fut néanmoins célébrée à la basilique Saint-Martin de Liège, mais les bourgeois s’opposèrent à ce qu’elle fût célébrée davantage. C’est à ce moment-là que sainte Julienne dut définitivement quitter son couvent…
Trois ans après sa mort, en 1261, un nouveau pape est élu à Rome : Urbain IV. Il s’agit de Jacques Pantaléon, qui croyait aux visions de sainte Julienne. En 1263 a lieu le miracle de Bolsena (qui est décrit dans les fresques d’Orvieto). Lors d’une messe célébrée par un prêtre qui doutait de la présence réelle, des gouttes de sang coulèrent de l’hostie. Le pape vint en personne constater les faits. Et l’année suivante il instituait la fête, la fixait au jeudi après l’octave de la Pentecôte, et confiait la rédaction des textes liturgiques à saint Thomas d’Aquin. Il fallut toutefois attendre le début du siècle suivant pour qu’elle se répande dans toute l’Eglise latine, après que Clément V, en 1311, eut renouvelé la constitution d'Urbain IV.
Peu à peu la fête comporta une procession solennelle du Saint Sacrement. Mais elle ne fut instituée à Rome qu’à la fin du XVe siècle. Et en 1871, après la prise de Rome par l’armée italienne, la suppression des Etats pontificaux et la nationalisation des biens du clergé (y compris des églises), elle ne put plus avoir lieu, et disparut. C’est Jean-Paul II qui la fit revivre, dès son arrivée au Vatican.
A Liège, comme en tant d’autres endroits, la procession avait disparu après le concile Vatican II. Or voici qu’elle renaît cette année, grâce à l’action de fidèles. Elle aura lieu, non le jeudi, jour de la fête, ni le dimanche, jour de sa solennité dans les paroisses, mais le samedi 5 juin. Sur les lieux mêmes où elle se déroulait autrefois, c’est-à-dire le boulevard d’Avroy. Et elle se terminera par une grand messe selon la « forme extraordinaire » en l’église du Saint-Sacrement, sur le même boulevard. Messe célébrée par Mgr Michel Dangoisse, prélat d’honneur de Sa Sainteté, doyen du chapitre cathédral de Namur.
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