Curieuse appréciation, sauf à chercher la petite bête, et ne pas vouloir comprendre, non? Évidemment, il ne s'agit pas d'une formule "canonique" ou "consacrée", si c'est ça votre interrogation, mais tout le monde l'a compris. Pas plus que, à ce titre, la notion de "Tradition vivante" ne puisse être pertinente, mais on comprend aussi. D'ailleurs, je ne vois pas que le fait de la Tradition incarnée (ou vivante) ne puisse jamais être une nouveauté... tout au plus un pléonasme.
On comprend donc ce que l'expression signifie - in situ - dans le raisonnement par ailleurs fort clair de ce prêtre. Elle recoupe exactement ce que Mgr Lefebvre demandait lorsqu'il sollicitait - a minima - de l'Autorité romaine le droit de faire "l'expérience de la Tradition". Il n'a pas reçu la permission de faire cette expérience (bien que le droit - le devoir - lui en fut acquis), mais il a fait tout de même cette expérience. Cette expérience est aujourd'hui en actes: elle est incarnée. Il s'agit simplement de la Tradition vécue, en acte, en chair(e), en Doctrine, en liturgie, en séminaires, en écoles, en catéchisme: en faits, 40 ans de faits désormais analysables, palpables, réalisés - incarnés.
Néanmoisn, pon peut encore rapprocher cette notion de Tradition en actes de cette belle formule de Dom Guéranger, qui ne peut que rendre hommage dans ce contexte à l'action (encore une fois "en acte" et pas en intentions ou protestations seulement) à l'action de Mgr Lefebvre : "La liturgie est la Tradition même à son plus haut degré de puissance et de solennité."
Un des grands drames de l'Eglise actuelle, c'est à l'inverse le déni de réalisme, la fuite de l'incarnation, l'anti-réalisme philosophique, théologique... et par là la conciliation des contraires; le déni d'une part, et les déclarations d'intentions d'autre part. A ce titre, oui, il existe aussi, hélas, une tradition "désincarnée" et beaucoup de rêves pieux. |