Bonjour à vous tous,
Ce qui suit n'est qu'une "tentative de contribution", certainement amendable et perfectible, sur l'articulation contemporaine entre l'Eglise-consécration (à Dieu et par Dieu) et l'Eglise-conversation, question située au coeur du dialogue interreligieux.
Je vais essayer d'en parler de la manière la plus englobante et la moins polémique possible, en commençant par partager avec vous quelques questions.
I. A-t-on encore le droit d'être partisan, PAR PRINCIPE, de certaines distinctions, et donc d'être opposé, PAR PRINCIPE, à certaines confusions, à certains risques ou sources, fortement avérés, de confusion, PAR PRINCIPE, donc, et non, avant tout ou seulement, en fonction des intentions et du statut des acteurs, ou de l'effet et des résultats des actions ?
De quelles distinctions s'agit-il, sinon
1. des distinctions
- entre adhésion à la vérité, dans la vérité révélée, et recherche de la vérité, sans la vérité révélée,
- entre liberté et licence (cf Léon XIII dans Libertas),
- entre sincérité subjective et véracité objective,
notamment en matière religieuse ?
2. de la distinction entre l'Eglise, en tant que "configuration conversationnelle", dans l'ordre du dialogue, donc seulement dans l'ordre des moyens, et l'Eglise, en tant que "configuration sanctificatrice", dans l'ordre de la conversion, donc avant tout dans l'ordre des fins ?
3. de la distinction entre une appréciation « naturaliste – sociologique » et une appréciation « surnaturelle – théologale » des catégories et des comportements, des motivations et des situations, dans leur complexité et leur diversité, notamment en matière religieuse ?
II. A-t-on encore le droit d'être, par principe, contre tout ce qui porte atteinte à des distinctions de ce type, par principe, donc indépendamment, je le rappelle, des intentions ou du statut des acteurs, et indépendamment de l'effet ou des résultats des actions ?
A-t-on-encore ce droit là, aujourd'hui, que ce soit dans l'Eglise ou dans le monde ? Je ne parle évidemment pas d'un droit juridique (encore que...) mais premièrement d'un droit intellectuel, philosophique et théologique, culturel et doctrinal, et deuxièmement d'un droit moral et social. Et je ne suis pas certain que ce droit soit encore reconnu, je veux dire spontanément reconnu, par les individus et par les institutions, notamment, il faut bien le dire, par les médias audio-visuels, et par ceux qui, responsables politiques ou religieux, se soumettent à leur emprise et à leur logique, ou en tout cas la subissent.
III. Il est question, j'y viens, mais dans mon esprit ce n’est qu’un exemple, d'un appel adressé par des catholiques au Pape, à propos d'Assise 2011 ; on ne peut pas dire qu'il s'agisse là d'un appel en faveur d'Assise 2011, compte tenu des conséquences négatives que l'on y attribue à Assise 1986, et dont on redoute l’aggravation ou la reconduction.
Mais, d'une part, est-ce à dire que l'on serait moins opposé à Assise 2011, tel qu'on le redoute, si l'on avait quelques raisons d’attribuer des conséquences moins négatives à Assise 1986 ?
Et, d'autre part, qu'opposerait-on à un appel qui serait adressé par des catholiques au Pape, non seulement à propos, mais aussi en faveur d'Assise 2011, compte tenu des conséquences positives que ces mêmes catholiques attribueraient à Assise 1986 ?
IV. Je ne vois aucune solution au problème, tant que l’on raisonnera, en positif ou en négatif, en termes d’efficacité ou d’opportunité conjoncturelle ; le fond du problème, chacun peut le comprendre, c’est qu’il n’est pas démontré qu’Assise 1986 prenne sa source dans l’Ecriture ou dans la Tradition, et qu’il est n’est pas démontré non plus qu’Assise 1986 soit étranger, extérieur, à une vision philosophico-théologique qui a été celle du Cardinal Wojtyla, avant d’être celle du Pape Jean-Paul II.
Je suis convaincu, à ce sujet, que si les catholiques « philo-papistes » de la « génération Jean-Paul II » avaient bien voulu prendre connaissance des fondements philosophiques et théologiques « wojtyliens » de l’acte fondateur, conscient de lui-même, qu’a été Assise 1986, ils auraient été stupéfaits, puis consternés, comme je l’ai été moi-même, quand je me suis donné la peine de le faire ; il me semble que le moins que l’on puisse en dire est que le futur Jean-Paul II a sur-interprété, sur-sollicité « l’esprit du Concile » pour en faire, le moment venu, la source d’inspiration, l'instance de légitimation, de « l’esprit d’Assise ».
Par ailleurs, il se trouve que je dispose d’un ouvrage provenant du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ouvrage intitulé « Le dialogue interreligieux dans l’enseignement officiel de l’Eglise catholique », du Concile Vatican II à Jean-Paul II, 1963 – 2005, aux Editions de Solesmes.
Lisez-le, cela ne se lit pas d’une manière cursive, mais par sondages, et vous verrez dans quelle mesure cette thématique a pris une ampleur démesurée, à la limite de l’obsessionnel, chez Jean-Paul II, mais aussi dans quelle mesure ce Pape a bien plus souvent signalé les aspects « positifs » qu’il n’a souligné les aspects « négatifs » du dialogue interreligieux, dialogue auquel il a entendu conférer, par principe, une valeur chrétienne, une vertu chrétienne.
V. Il me semble donc que le dialogue interreligieux, considéré comme une fin en soi, ou comme un moyen au service d’autre chose que l’exhortation à la conversion, sous la conduite et en direction de Jésus-Christ, et dans l’Eglise, n’est pas « bon » ou « mauvais » en fonction des intentions ou du statut de ceux qui l’impulsent ou l’incarnent, ou en fonction des résultats mesurables ou mesurés par ceux qui l’observent.
Plus concrètement et précisément, il me semble que le dialogue interreligieux, notamment en l’absence
- d’un socle philosophique et théologique incontestablement enraciné à l’intérieur de l’Ecriture et de la Tradition,
- d’une finalité explicitement et spécifiquement synonyme d’exhortation à la conversion surnaturelle et théologale,
n’est pas une cause possible ou probable de confusion seulement pastorale, mais un facteur certain, un vecteur concret, de confusion avant tout doctrinale, je dirai même de la plus grande confusion doctrinale possible, au sein même et autour de l’Eglise catholique.
VI. Il y a…les Jeux Olympiques, parmi d’autres compétitions sportives, qui n’échappent jamais totalement à des instrumentalisations médiatico-audiovisuelles, médiatico-publicitaires, politiques ou religieuses, mais qui sont également perçues, à tort ou à raison, comme un facteur de paix entre les hommes et dans le monde.
Il y a…les Jeux Olympiques, parmi d’autres compétitions sportives, qui n’échappent jamais totalement à du dopage intensif, à des tricheries ou tromperies avérées, mais dans le cadre desquels on a institutionnalisé, comme dans la plupart des compétitions sportives, du suivi médicalisé, ne serait-ce qu’en y accueillant des compétiteurs professionnels, qui se font aider tout au long de l’année.
Or, de même que ce suivi médicalisé me semble poser un problème, un problème de cohérence et de pertinence, dans l’ordre des valeurs et des vertus attribuées au sport, mais aussi un problème de soumission au culte de la performance et de gestion palliative des conséquences, en termes de santé, de même, la confusion ecclésialisée, originée par la vision officielle du dialogue interreligieux, me semble poser un problème de cohérence et de pertinence, dans l’ordre des trois vertus surnaturelles et théologales, mais aussi un problème de soumission au culte de la performance, notamment médiatique planétaire, et de gestion palliative des conséquences doctrinales et pastorales, dans l’Eglise elle-même.
Cette vision officielle du dialogue interreligieux me semble en effet caractérisée par un déficit d’ordonnancement de « l’Eglise – conversation » (cf Paul VI dans Ecclesiam Suam) à « l’Eglise – consécration (consécration à Dieu et par Dieu), et ne contribue peut-être pas à confirmer les uns dans la vérité, mais contribue peut-être bien à conforter les autres dans l’erreur.
VII. En d’autres termes, et pour paraphraser le titre d’un livre récent, « de quoi Assise est-il le nom ? » Je me garderai bien de répondre à la question, en ce qui concerne un Assise 2011 qui n’a pas encore eu lieu, mais j'espère qu'une manière (pas nécessairement la mienne) de poser le problème, en mettant en avant quelques distinctions, et en essayant de lutter contre quelques confusions, permettra peut-être d’y voir un peu plus clair, à tout le moins pour ce qui a trait à Assise 1986, et à ce qui en a été, et en est toujours, la suite.
Il ne s’agit pas pour moi de "diaboliser le dispositif", ni de juger l’arbre à ses fruits, assaisonnés et comestibles, pour les uns, empoisonnés et immangeables, pour les autres, mais il s’agit pour moi de croire et de dire que tant que l’on refusera de donner droit de cité à certaines distinctions essentielles, que ce soit dans l’Eglise ou dans le monde, par "altérophilie" jusqu’au risque de "l’altérolâtrie", par confusion entre angélisme irénique - utopique et attitude évangélique, ou entre positionnement surnaturel - théologal et sensibilité fraternitaire - humanitaire, on entretiendra les uns et les autres, par exemple, dans la croyance ou l’opinion selon laquelle toutes les religions "se valent", et contribuent pleinement à "la paix".
VIII. J’ajoute ici le point suivant ; il est question, aux Jeux Olympiques, de compétitions sportives, mais au moins, et mise à part la question du dopage, de la tricherie ou de la tromperie, le meilleur, dans chaque discipline, est déclaré vainqueur, après être arrivé premier, à l’issue de l’épreuve finale.
Or, il a été question, à Assise, selon Jean-Paul II lui-même, « d’émulation spirituelle », et non de compétition, ni de confrontation, ni de rivalité, entre les différentes religions et autres traditions sapientielles et spirituelles, présentes, à Assise, en 1986.
En d’autres temps, on aurait peut-être dit que c’est le seul vrai Dieu qui est à l’origine de la seule véritable émulation spirituelle, celle qui descend du Ciel pour animer les âmes, éclairer l’esprit des individus et, à travers eux, des communautés, inspirer les pensées et les actions, orienter et unifier les cœurs et les mœurs.
En d’autres temps, mais, apparemment, beaucoup moins ou presque plus, aujourd’hui, car il semble que l’on craigne que cela ne soit plus compris ni suivi, dans la mesure où cela ne serait ni accepté, ni appliqué, ni approuvé, ni même entendu, par nos contemporains croyants non chrétiens.
Je vous prie de bien vouloir m'excuser pour ce texte un peu trop long, et je vous souhaite une bonne journée.
J'espère surtout que le dialogue inter-religieux, notamment au service de "la paix", n'empêchera pas un minimum voire un optimum de véritable paix, entre les catholiques, notamment sur le Forum catholique.
Mais je maintiens "ce que je crois" : ce dialogue repose à mes yeux sur une position théorique pas très bien "assise", et donne selon moi l'impression que l'Eglise, Corps Mystique du Christ, face aux erreurs, en matière religieuse, ne veut plus annoncer le vrai en dénonçant le faux, tout en étant debout, mais veut bien converser, comprendre et coopérer, tout en étant "assise".
Scrutator. |