Bonsoir Origenius,
Merci beaucoup pour votre texte, auquel j'essaie d'ajouter ce qui suit.
L'homme moderne a un problème
- avec Dieu en tant que Créateur,
- avec le Monde en tant que Création,
- avec lui-même en tant que Créature.
Plutôt que de s'en remettre à Dieu, pour vivre avec ce problème, de la manière la plus saine et la plus sainte qui soit, dans l'ordonnancement de son être et dans la participation de son agir à ceux de Dieu, il a cru découvrir ou inventer une alternative anthropologique et pneumatologique, intellectuelle et comportementale, une alternative à l'Amour et à la Lumière, à la contemplation de l'être de Dieu et la coopération avec l'Agir de Dieu.
Cette alternative, inaugurée et théorisée par Descartes, c'est ce que j'appelle le produire-pour-consommer, en lieu et place du recevoir-pour-transmettre ; à partir de cette substitution originelle, qui a donné naissance à la configuration civilisationnelle actuelle, la notion de renoncement, la notion de sacrifice, ont commencé à être perdues de vue, peut-être pour le meilleur, sous l'angle du bien-être dans le monde, et sûrement pour le pire, sous celui du bien-agir en Dieu.
Par voie de conséquence, il y a eu altération du rapport au Logos, au Chronos, au Cosmos, à l'Ethos ; en d'autres termes, une certaine idéalisation de la Techné a commencé à tenir lieu de Psyché.
Autres conséquences, à peu près dans cet ordre :
- de multiples transgressions symboliques, mais aussi des agressions effectives, contre le Créateur, contre la Création, contre les Créatures ;
- l'immersion des êtres humains et de l'agir humain à l'intérieur d'une mer fermée, dans laquelle il y a reproduction et consommation incessante de tentations, d'illusions, d'utopies, d'icônes, d'idoles, et surtout de frustrations ;
- le stade final étant atteint le jour où l'individu contemporain préfère s'en remettre à des sources d'addiction plus aliénantes et asservissantes que la religion, plutôt que d'accepter de s'exposer au risque d'avoir, ou plutôt à la possibilité, de rentrer en lui-même, de regarder dans un rétroviseur intérieur et silencieux, comme le fils prodigue.
A mon avis, nous en sommes là , mais c'est la Création qui n'en peut plus, compte tenu de ses capacités limitées
- de renouvellement de tout ce que nous sur-consommons,
- d'assimilation de tout ce que nous sur-rejetons.
A partir de là , c'est à nous à nous déprendre de l'ivresse de la saturation, et à redécouvrir le sens libérateur et responsabilisant d'une relation au Logos, au Chronos, au Cosmos, à l'Ethos, placée sous le signe de la véritable satisfaction.
Voilà , modestement et rapidement comment je vois le problème.
Pie XII lui-même, parlant de notre époque, évoquait "son chef d'oeuvre monstrueux, en transformant l'homme en un géant du monde physique, aux dépens de son esprit, réduit à l'état de pygmée du monde surnaturel et éternel".
J'irai un peu plus loin, en évoquant son chef d'oeuvre monstrueux, en transformant l'homme en un géant du monde technique, aux dépens de son esprit, réduit à l'état de pygmée
- du monde surnaturel et éternel, d'une part,
- du monde naturel et temporel, d'autre part.
Bonne soirée et au plaisir de vous relire, en un mot ce qu'il nous faut redécouvrir de toute urgence et faire redécouvrir par nos contemporains, c'est le sens de l'Alliance, évidemment pas dans le cadre d'un évolutionnisme angéliste ou iréniste, mais dans le cadre d'une défense et d'une promotion du monde en tant que Création voulue par le Créateur, une Création, c'est entendu, au service des hommes, en tant que Créatures, mais pas asservie par l'Homme qui se prend pour le Créateur.
Scrutator. |