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JUILLET 2003 A MARS 2011

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Tout le monde a été, est, ou sera ... conciliaire ? Imprimer
Auteur : Scrutator Sapientiæ
Sujet : Tout le monde a été, est, ou sera ... conciliaire ?
Date : 2010-11-02 16:53:48

Bonjour et merci à Jean Kinzler,

Je commencerai en m'accusant, devant mes frères et soeurs, de l'un de mes nombreux péchés : j'ai très souvent tendance à trop critiquer, à trop réfléchir, à souligner ou à surligner les angles, au lieu de les arrondir ou de les effacer, et je vous prie par avance de bien vouloir m'en excuser.

Au moins depuis Spinoza, nous savons que "l'on peut faire dire tout et n'importe quoi aux Saintes Ecritures" ; or, nous savons aussi qu’il n’est pas respectueux des Saintes Ecritures de leur faire dire tout et n’importe quoi.

De même, au moins depuis le 22 décembre 2005, nous savons que l’interprétation officielle, pontificale, du Concile, est désormais placée, d'une manière plus explicite qu'auparavant, sous le signe du renouveau dans la continuité ; or, nous savons aussi dans quelle mesure le renouveau l’a emporté sur la continuité, au moment et en aval du Concile, sinon nous n’en serions pas là, justement.

Il ne faudrait donc pas que la mise en oeuvre de l'herméneutique du renouveau dans la continuité donne lieu à de "l'annexionisme rétrospectif", je le dis d'autant plus sereinement que je suis prêt, par ailleurs, à reconnaître qu'une partie de la spiritualité thérésienne a inspiré, mais alors implicitement ou indirectement, le dispositif conciliaire, peut-être bien en ce qu'il a de moins rénovateur, de moins spécifique au Concile lui-même.

Pour autant, dans l'ensemble, je ne pense pas être imprécis ni malveillant, en écrivant qu'il existe un véritable "Padirac culturel" entre la spiritualité thérésienne et le spécifique du dispositif conciliaire, spécifique qui a fréquemment consisté à dire aux uns qu'ils n'ont pas tort, à dire aux autres qu'ils ont raison, attitude dénoncée avec douceur, mais aussi avec fermeté, par Sainte Thérèse elle-même.

J'aggrave peut-être mon cas, mais, je le crois, sans trop charger la barque, en soulignant le contraste entre l'humilité thérésienne, l'obéissance thérésienne, et la mentalité conciliaire, cette mentalité, immédiatement reconnaissable, dès lors que l'on lève le voile sur un phénomène d'auto-satisfaction collective de toute une génération de clercs, qui a été très amoureuse d'elle-même, qui a bien voulu être jugée, mais sur ses intentions et non sur ses résultats, et qui a, pendant longtemps, préféré la gestion palliative des conséquences à la gestion curative des origines de la crise de l'Eglise.

Que je sache, au sein même du corpus conciliaire, il est question, à au moins deux reprises, de Saint Thomas d'Aquin ; cela ne fait pas de Vatican II un Concile thomiste, ni de l'après Vatican II un après Concile thomiste, je crois qu'il n'est pas totalement impossible d'en convenir.

Je suis tenté d'appliquer le même raisonnement à Sainte Thérèse ; certes, au coeur même de la doctrine spirituelle de Sainte Thérèse, il y a ceci (Source : l'article consacré à Sainte Thérèse sur Wikipédia) :

" L'appel universel à la sainteté :

La théologie de Thérèse est avant tout une pédagogie de la sainteté. Son enseignement est un encouragement à rechercher la sainteté, y compris pour les chrétiens qui doutent de leur capacité à répondre à cet appel.
À l'époque de Thérèse, beaucoup pensaient que la sainteté était réservée à quelques âmes d'élite, vivant des phénomènes mystiques impressionnants, ou réalisant de grandes choses. Bien que n'ayant rien fait d'extraordinaire, Thérèse a pourtant pensé avec constance qu'elle pouvait devenir sainte. Ainsi, vers l'âge de neuf ans, lisant la vie de Jeanne d'Arc, elle a l'intuition qu'elle peut aussi « devenir une grande sainte !!!… ». Au carmel, en 1890, un prédicateur est choqué quand elle lui dit son espoir de devenir une grande sainte et d'avoir pour Dieu le même amour que celui qu'avait Thérèse d'Avila. À la fin de sa vie, elle écrira à mère Marie de Gonzague : « Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré être une sainte ».
Elle veut d'abord arriver à la sainteté d'une façon assez volontariste. Ainsi, à l'âge de 16 ans, elle écrit à Céline, citant le père Pichon : « La sainteté ! Il faut la conquérir à la pointe de l'épée, il faut souffrir... ».
Ensuite, et de plus en plus à partir de 1893-1894, elle confie sa petitesse à Dieu et l'invite à agir en elle. En 1895, elle écrit : « ... je sens toujours la même confiance audacieuse de devenir une grande Sainte, car je ne compte pas sur mes mérites, n'en ayant aucun, mais j'espère en celui qui est la Vertu, la Sainteté Même, c'est Lui seul qui se contentant de mes faibles efforts m'élèvera jusqu'à Lui et, me couvrant de ses mérites infinis, me fera Sainte ».
Thérèse a ainsi montré, par sa vie et ses écrits, que la sainteté était accessible à tous. Un autre docteur de l'Église avait eu, trois siècles plus tôt, une intuition aussi forte : François de Sales (1567-1622). Il avait encouragé les chrétiens vivant dans le monde à progresser spirituellement, d'une façon propre à leur état de vie, qui est différent de celui des moines et des moniales. Cette idée qu'a Thérèse d'une sainteté discrète, sans grands éclats, s'appuyant sur la confiance en Dieu, est adaptée à tous les baptisés. C'est aussi une anticipation du concile Vatican II. La Constitution dogmatique sur l’Église (Lumen Gentium) du concile souligne en effet que tous les chrétiens sont appelés à la sainteté.
Signe que la conception de la sainteté de Thérèse était en avance sur son temps, plusieurs de ses proches ne comprennent pas, dans les années qui suivent sa mort, que l'on pense à elle pour un procès en béatification. Des carmélites, des habitants de Lisieux, des membres de sa propre famille ne trouvent rien d'exceptionnel dans sa vie pour justifier ce projet. À un jeune prêtre qui évoque la canonisation de sœur Thérèse en 1903, mère Marie de Gonzague répond en riant : « dans ce cas, combien de carmélites faudrait-il canoniser ? »

La petite voie.

S'appuyer sur Dieu avec confiance.

Durant les trois dernières années de sa vie, Thérèse de Lisieux expérimente quotidiennement la petite voie. Elle n'a écrit, telle quelle, l'expression qu'une seule fois, dans le manuscrit C, en 1897. Mais elle y fait souvent référence, lorsqu'elle parle aux novices, ou en s'adressant à ses frères spirituels. Elle a conscience que cette petite doctrine est ce qu'elle peut transmettre de mieux, de son vivant, et après sa mort.
La petite voie consiste, pour Thérèse, à reconnaître sa petitesse, son néant, et à s'appuyer alors avec confiance sur Dieu. Elle naît du désir de la sainteté, et de l'incapacité qu'il y a, à accomplir, par ses propres forces, ce désir.
Thérèse n'a pas ménagé ses efforts pour devenir sainte. Elle a cherché à vivre parfaitement la vocation qui était la sienne, multipliant les actes d'obéissance, de charité, de fidélité. Mais ayant en même temps un grand souci de la vérité, elle voit ses défauts, ses manques de générosité, son incapacité à « monter le rude escalier de la perfection ». Elle qui aurait voulu aimer Dieu avec la même ardeur que Thérèse d'Avila réalise qu'elle est bien faible et petite. Elle passe par l'acceptation de ses limites. Mais sans se décourager pour autant. Car elle a compris que cette faiblesse, cette petitesse, pouvaient attirer la grâce de Dieu. C'est une intuition prophétique qui lui fait écrire : « je veux chercher le moyen d'aller au ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle ». Dans le livre des Proverbes, elle lit « Si quelqu'un est tout petit, qu'il vienne à moi ». Ce n'est pas en grandissant, mais au contraire en restant petite, qu'elle s'approchera de Dieu en l'obligeant à s'abaisser vers son néant. Elle écrit : « l'ascenseur qui doit m'élever au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela, je n'ai pas besoin de grandir, au contraire, il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus ».

Une voie d'enfance

La petite voie est aussi parfois appelée voie d'enfance spirituelle. Thérèse fait en effet souvent référence aux enfants qui, tout en étant petits, peuvent manifester une grande confiance envers leurs pères. Elle comprend que, pour aimer et s'unir à Dieu en vérité, « il s'agit d'abord de se laisser rejoindre par Lui, aimer et façonner par lui. Son amour est gratuit, celui d'un père pour ses enfants. C'est toujours lui qui nous aime le premier » (Pierre Descouvemont).
Ainsi, dans cette spiritualité, grandir en sainteté, c'est d'abord grandir, par l'action de l'Esprit Saint, dans la confiance filiale qui voit en Dieu un père aimant. Jean-Paul II, lors de son passage à Lisieux, en 1980, dira à ce propos : « La « petite voie » est la voie de la « sainte enfance ». Dans cette voie, il y a quelque chose d’unique (...). Il y a en même temps la confirmation et le renouvellement de la vérité la plus fondamentale et la plus universelle. Quelle vérité du message évangélique est en effet plus fondamentale et plus universelle que celle-ci : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants ? ».

Progresser sans cesse

Le fait de reconnaître sa petitesse ne signifie pas cependant, pour Thérèse, qu'il faut cesser de faire des efforts. S'entretenant avec sœur Marie de la Trinité, elle distingue bien cette voie du quiétisme. Jusqu'au bout, elle fera des sacrifices pour le salut des âmes. Le 8 août 1897, elle confie à mère Agnès : « Bien des âmes disent : Mais je n'ai pas la force d'accomplir tel sacrifice. Qu'elles fassent donc ce que j'ai fait : un grand effort. Le bon Dieu ne refuse jamais cette première grâce qui donne le courage d'agir ». Et jusqu'à sa mort, elle cherchera à aimer, concrètement et quotidiennement, ses sœurs carmélites. Mais ce sera, selon la voie dont elle témoigne, en union avec Dieu qui supplée à ses faiblesses. Cet accueil de la présence de Dieu, qu'elle veut vivre à travers cette petite voie, va l'amener à approfondir le sens de la charité, et sa confiance en la miséricorde.

La charité

Aimer Dieu

Thérèse a été appelée, après sa mort, « Docteur de l'amour ». C'est en effet en pratiquant la charité, et en l'enseignant dans ses écrits qu'elle a le plus touché les cœurs.
L'amour de Thérèse se porte avant tout sur la personne du Christ. Dès sa petite enfance, portée par une ambiance familiale très chrétienne, elle cherche à lui « faire plaisir » par ses actions, son sens de la vérité, sa fidélité à la prière du soir. Cet amour pour le Christ, cette conviction et cette conscience qu'elle a de vivre en sa présence se maintiendront toute sa vie. Elle décrit ainsi sa première communion, faite à l'âge de neuf ans : « (...) je me sentais aimée, et je disais aussi : " Je vous aime, je me donne à vous pour toujours ". » Le nom de Jésus est présent à pratiquement chaque page de ses écrits. Il est cité environ 1600 fois. À la fin de sa vie, lorsqu'elle vit l'épreuve de la nuit de la foi, elle grave ces mots sur la cloison de sa cellule : « Jésus est mon unique amour ». Et ses derniers mots seront pour Dieu, à qui elle dit son amour avant de mourir.
Cet amour est vécu de façon privilégiée dans sa vocation de carmélite, qui fait d'elle, selon le vocabulaire symbolique propre aux religieuses, « l'épouse du Christ ». Comme l'indique son nom de carmélite (Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face) elle médite plus particulièrement sur le mystère de l'incarnation et de l'abaissement du Christ. Elle va surtout témoigner d'un Dieu « qui s'est fait tout petit par amour ».
Même si elle cite moins le Père et l'Esprit Saint que le Christ, sa conception de l'amour de Dieu est profondément trinitaire. Comme en témoigne ce verset de sa poésie Vivre d'amour : « Ah ! tu le sais, Divin Jésus, je t'aime. L'Esprit d'amour m'embrase de son feu. C'est en t'aimant que j'attire le Père ».
Selon François-Marie Léthel : « l'enseignement de Thérèse est entièrement illuminé par l'Amour : en Jésus, Thérèse contemple l'Amour infini dont Dieu nous aime, amour miséricordieux et sauveur, amour fou du créateur pour sa pauvre créature blessée par le péché (...) ». Pour Thérèse, il s'agit alors de rendre amour pour amour, d'aimer Dieu en retour, et d'aimer ses proches et ceux pour qui elle prie en témoignant de l'amour de Dieu.

Unie à l'amour

À partir de 1894, avec la découverte de la petite voie de confiance et d’amour, Thérèse réalise de plus en plus combien la charité est au centre de sa vie spirituelle. Ayant compris qu’elle ne pourra aimer vraiment qu’en union avec Dieu, elle s’offre, le 11 juin 1895, comme victime à l’amour miséricordieux, « afin de vivre dans un acte de parfait amour ». Elle veut renouveler cette offrande à chaque instant, un nombre infini de fois. Un tel programme n'est possible que si Dieu répond à son offrande. Quelques jours plus tard, elle est prise d'un amour si fort pour Dieu, qu'elle se croit plongée dans un feu. C'est pour elle le signe que Dieu a répondu à sa prière.
Elle franchit une nouvelle étape en septembre 1896. Thérèse éprouve des désirs qui lui semblent fous : elle veut être à la fois missionnaire, apôtre, martyr, prêtre, docteur de l'Église. De plus, elle veut vivre pleinement chacune de ces vocations depuis la création du monde jusqu'à la fin des temps. Elle ouvre alors sa bible et parcourt le chapitre 12 de la première épître aux corinthiens de saint Paul. Paul y compare l'Église à un corps où chaque membre a une place bien définie. Voilà qui lui apporte une réponse et devrait refroidir ses désirs. Mais elle poursuit et lit l'Hymne à la charité, au chapitre 13. Elle réalise soudain que l'amour est au cœur de l'Église : « Je compris que l'amour seul faisait agir les membres de l'Église, que si l'Amour venait à s'éteindre, les Apôtres n'annonceraient plus l'Évangile, les Martyrs refuseraient de verser leur sang... Je compris que l'Amour renfermait toutes les vocations, que l'Amour était tout, qu'il embrassait tous les temps et tous les lieux... en un mot qu'il est Éternel ». Elle comprend alors que sa vocation, c'est l'Amour.
Le mystère qu'elle approfondit là est celui de la communion des saints. Plus elle aimera, là où elle se trouve, et plus elle participera à la vie de l'Église et soutiendra les différentes vocations sur la terre. Elle ne manque pas de faire alors le lien avec sa petitesse et son acte d'offrande à l'amour miséricordieux, suppliant, encore et encore, Jésus de lui donner « son Amour ». Elle écrit, en 1897, l'année de sa mort : « Voici ma prière : je demande à Jésus de m'attirer dans les flammes de son amour, de m'unir si étroitement à Lui qu'il vive et agisse en moi (...) ».
Ce mouvement d'accueil, dans sa petitesse, de l'amour de Dieu, va la conduire à aimer encore plus ses sœurs carmélites.

La charité fraternelle

En entrant au Carmel, Thérèse a lu la règle et les constitutions de l’ordre. Elle a noté l’importance de la délicatesse fraternelle, qu’elle va s’appliquer à vivre. L'amour qu'elle a pour les autres religieuses n'est pas éthéré. Il se manifeste au contraire par un grand nombre d'attentions très concrètes. C'est aussi par amour pour les âmes qu'elle prie pour elles et fait quotidiennement de petits sacrifices.
Thérèse considère que la charité ne peut exister que lorsqu'elle est détachée de tout égoïsme et de tout amour propre. Depuis sa conversion de Noël 1886, elle a découvert la joie dans l'oubli d'elle-même : « Je sentis, en un mot, la charité entrer dans mon cœur, le besoin de m'oublier pour faire plaisir, et depuis lors je fus heureuse ». Elle affirme qu'« on ne peut faire aucun bien en se recherchant soi-même ». De cette conception découle une vraie exigence : elle décèle ses moindres fautes pour pouvoir lutter contre elles et surtout laisser la place à davantage d'attention et de générosité.
Mais c'est à la fin de sa vie qu'elle réalise à quel point l'amour qu'elle a pour Dieu est étroitement lié à celui qu'elle doit avoir pour les autres. Se confiant, en 1897, à mère Marie de Gonzague, elle écrit que Dieu lui a fait la grâce cette année de l'aider à comprendre ce qu'est la charité : « Je m'appliquais surtout à aimer Dieu et c'est en l'aimant que j'ai compris qu'il ne fallait pas que mon amour se traduise seulement par des paroles ». Elle médite sur les commandements de l'amour, présents dans l'évangile, et surtout sur la parole dite par le Christ : « Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé » (Jean, ch.13 34-35). Elle réalise que sa charité envers ses sœurs est encore imparfaite et décide de les aimer comme le « bon Dieu » les aime. C'est aussi un aboutissement de son offrande à l'amour miséricordieux et de son désir de se faire toute petite pour que Jésus puisse agir en elle : « Oui je le sens lorsque je suis charitable, c'est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j'aime toutes mes sœurs ».
Ainsi, elle développe une profonde indulgence envers les actes des autres : « Ah, je comprends maintenant que la charité parfaite consiste à supporter les défauts des autres, à ne point s'étonner de leurs faiblesses, à s'édifier des plus petits actes de vertus qu'on leur voit pratiquer... ». Elle s'efforce même d'excuser les coupables ou de leur prêter de bonnes intentions.
Un jour, alors qu'elle s'apprête à rendre un service, elle observe qu'une religieuse a la même intention et elle retient son geste pour lui en laisser le bénéfice. Mais on prend son acte pour de la paresse. Elle médite cette déconvenue : « ... Je ne saurais dire combien une aussi petite chose me fit de bien à l'âme et me rendit indulgente pour les faiblesses des autres ». Elle découvre combien il est difficile de comprendre les intentions de quelqu'un : « Puisqu'on prend mes petits actes de vertu pour des imperfections, on peut tout aussi bien se tromper en prenant pour vertu ce qui n'est qu'imperfection. ». Lorsqu'une sœur ne lui plaît pas, elle essaie d'être particulièrement aimable avec elle.

Confiance dans la miséricorde

La conscience accrue de la miséricorde de Dieu est un aspect essentiel de la petite voie, découverte fin 1894, par Thérèse. À peine a t-elle réalisé qu'en restant petite elle peut devenir sainte, qu'elle s'écrie : « O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux chanter vos miséricordes ». Elle a compris que la miséricorde de Dieu est particulièrement grande pour ceux qui se savent faibles, imparfaits et qui comptent sur lui. Ce mot miséricorde, qui était jusqu'alors assez rare dans ses écrits, vient maintenant au premier plan. Ainsi, c'est encore pour « chanter les miséricordes du seigneur » qu'elle accepte d'écrire, en 1895, ses souvenirs d'enfance, dans ce qui sera connu ensuite comme le manuscrit AE. Et dans l'acte d'offrande qu'elle fait en juin de la même année, elle associe cet amour miséricordieux à « des flots de tendresse infinie ».
La miséricorde ne se résume donc pas, pour elle, au pardon de Dieu, même si cette dimension est importante. Elle a aussi trait à la douceur et à la tendresse de Dieu qui se penche sur les plus petits. Dans l'ancien testament, le mot hébreu « Rah'amim » désigne d'abord le sein maternel, puis la tendresse qui en est issue, tendresse miséricordieuse. Ce mot évoque la tendresse maternelle de Dieu pour son peuple et ses enfants, pour les petits et les pauvres. La découverte par Thérèse de la petite voie s'inspire d'ailleurs d'un passage du livre d'Isaïe (ch 66, 12-13), sur l'amour de Dieu pour son peuple, comparable à celui d'une mère pour ses enfants.
Si la petite voie ouvre, par une plus grande union à Dieu, sur une charité plus parfaite, l'homme demeure pourtant imparfait et peut encore tomber dans le péché. Mais dans ce cas, il peut recourir, avec confiance, au pardon de Dieu qui le relève. Sur ce point, Thérèse est particulièrement prolixe. Elle dit, s'inspirant, comme souvent, des enfants : « Être petit ... c'est ne point se décourager de ses fautes, car les enfants tombent souvent, mais ils sont trop petits pour se faire beaucoup de mal ». Elle qui a longtemps souffert des scrupules rassure maintenant l'abbé Bellière, qui s'inquiète de ses fautes passées. En juin 1897, Thérèse lui écrit : « Le souvenir de mes fautes m'humilie, me porte à ne jamais m'appuyer sur ma force qui n'est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d'amour. Comment, lorsqu'on jette ses fautes avec une confiance toute filiale dans le brasier dévorant de l'amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour ? ».
Ce sens de la miséricorde est crucial dans les derniers mois de sa vie, quand elle passe par l'épreuve de la nuit de la foi. Durant cette période, elle est assaillie de telles tentations qu'elle comprend mieux ce que vivent les plus grands pécheurs. Pourtant, elle ne cesse de croire en la miséricorde infinie de Dieu pour celui qui revient vers lui. Elle va jusqu'à dire, en juillet 1897, à sa sœur Pauline : « Dites bien, ma Mère, que si j'avais commis tous les crimes possibles, j'aurais toujours la même confiance, je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent ». Sa dernière lettre, à l'abbé Bellière, en août 1897, se termine par ces mots : «Je ne puis craindre un Dieu qui s'est fait pour moi si petit... Je l'aime !... Car il n'est qu'amour et miséricorde !» "

Pour autant, à proprement parler,

- une assez grande partie de tout cela ne fait pas de la spiritualité thérésienne une "spiritualité conciliaire" ;

- une grande partie du corpus de Vatican II ne fait pas du Concile une plate-forme d'inspiration thérésienne.

En outre, le Concile Vatican II n'a été pensé, voulu, vécu, ni comme un Concile doctrinal ou "dogmatique", ni comme un Concile spirituel ou "pneumatique", mais comme un Concile pastoral, et, si j'ose dire, "pragmatique", c'est-à-dire un Concile d'adaptation et de rénovation ou de "rénovation appropriée", avec les lumières, les pénombres et les ténèbres que l'on sait.

Enfin, je précise qu'il ne s'agit pas pour moi de me consacrer à une mise en opposition schématique, qui enfermerait, d'une manière arbitraire et dualiste,

- la réalité de la spiritualité thérésienne à l'intérieur d'un périmètre non conciliaire,

- la réalité de la "spiritualité conciliaire" à l'intérieur d'une contrée non thérésienne.


Mais enfin, il me semble qu'il faut et qu'il suffit de lire le Concile lui-même, bien sûr, mais aussi les discours prononcés juste en amont, au moment, et juste en aval du Concile, par Jean XXIII puis par Paul VI, pour prendre la mesure d'une certaine hétérogénéité, et non d'une homogénéité certaine, entre la spiritualité thérésienne et la "spiritualité conciliaire".

Si le Concile, si l'après Concile, avaient été "thérésiens", nous n'en serions probablement pas à la situation actuelle ; et il ne faudrait pas que la mise en oeuvre multi-dimensionnelle de l'herméneutique du renouveau dans la continuité devienne un "attrape-tout", ni une "figure imposée" justificatrice du passé récent de l'Eglise et exonératrice d'un examen de conscience qui, pour donner du fruit en abondance, devra avoir lieu, entre autres, dans tous les domaines et à tous les niveaux de responsabilité épiscopale.

Bonne réception, bonne lecture, bonne fin de journée, et vraiment merci beaucoup pour votre message, qui m'a donné l'occasion de m'exprimer, même si c'est d'une manière certainement perfectible, sur la forme ou sur le fond.

Scrutator.


La discussion

 La clef pour interpréter Vatican Il, c'est sainte [...], de Jean Kinzler [2010-10-29 08:01:12]
      Tout à fait, de Paxtecum [2010-10-29 17:00:10]
      Tout le monde a été, est, ou sera ... conciliair [...], de Scrutator Sapientiæ [2010-11-02 16:53:48]