Le 1° Novembre
FÊTE DE TOUS LES SAINTS
Premier Nocturne
Livre de lApocalypse de lapôtre saint Jean
1. (4, 2-8) Voici quun trône était dressé dans le ciel, et, siégeant sur le trône, quelquun
Celui qui siège est comme une vision de jaspe ou de cornaline; un arc-en-ciel entoure le trône comme une vision démeraude. Autour du trône, vingt-quatre sièges forment cercle, sur lesquels sont assis vingt-quatre Vieillards vêtus de robes blanches, avec des couronnes dor sur leurs têtes. Du trône partent des éclairs, des voix et des tonnerres, et sept lampes de feu brûlent devant lui, les sept Esprits de Dieu. Devant le trône, on dirait une mer, transparente autant que du cristal. Au milieu du trône, autour de lui, se tiennent quatre Vivants, constellés dyeux par devant et par derrière. Le premier Vivant est comme un lion; le deuxième Vivant est comme un jeune taureau; le troisième Vivant a comme un visage dhomme; le quatrième Vivant est comme un aigle en plein vol. Les quatre Vivants, portant chacun six ailes, sont constellés dyeux tout autour et par dedans. Ils ne cessent de répéter jour et nuit: «Saint, saint, saint, Seigneur, Dieu maître de tout, il était, il est et il vient.»
2. (5, 1-8) Alors japerçus dans la main droite de celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux. Et je vis un ange puissant proclamant à pleine voix: «Qui est digne douvrir le livre et den briser les sceaux?» Mais personne, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, nétait capable douvrir le livre et de le lire. Et moi, je pleurais fort de ce que nul ne sétait trouvé digne douvrir le livre et de le lire. Lun des Vieillards me dit alors: «Ne pleure pas: il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David; il ouvrira donc le livre aux sept sceaux.» Alors japerçus, debout entre le trône aux quatre Vivants et les Vieillards, un Agneau, comme égorgé, portant sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu en mission par toute la terre. Et lAgneau sen vint prendre le livre dans la main droite de celui qui siège sur le trône. Quand il leut pris, les quatre Vivants se prosternèrent devant lAgneau, ainsi que les vingt-quatre Vieillards tenant chacun une harpe et des coupes dor pleines de parfums, les prières des saints.
3. (5, 9-14) Ils chantaient un cantique nouveau: «Tu es digne de prendre le livre et den ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation; tu as fait deux pour notre Dieu une royauté de prêtres régnant sur la terre.» Et ma vision se poursuivit, jentendis la voix dune multitude danges autour du trône, et celle des Vivants et des Vieillards; ils se comptaient par myriades de myriades et par milliers de milliers, et tous criaient dune voix forte: «Il est digne, lAgneau qui a été immolé, de recevoir puissance, divinité, sagesse et force, honneur, gloire et louange!» Et toutes les créatures, celles qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, toutes ces créatures, je les entendis sécrier: «A celui qui est assis sur le trône, et à lAgneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles!» Et les quatre Vivants disaient: «Amen», et les vingt-quatre Vieillards se prosternèrent pour adorer celui qui vit dans les siècles des siècles.
Deuxième Nocturne
Sermon de saint Bède le Vénérable, prêtre (
Homélie 70; texte latin:
PL 94, 450)
4. Aujourdhui, bien-aimés, dans la joie dune seule solennité, nous célébrons la fête de tous les saints. Le ciel exulte de leur société; la terre est heureuse de leur patronage; la sainte Église est couronnée de leur victoire. Leur confession de foi est dautant plus à lhonneur quelle a été plus ferme à la peine. Car, tandis que le combat augmente de violence, augmente aussi la gloire des combattants; le triomphe du martyre sembellit de la multiple diversité des souffrances; et le poids de la récompense correspond au poids des tourments. Notre mère, lÉglise catholique, répandue en long et en large par toute la terre, apprit en Jésus-Christ, son chef, à ne craindre ni les affronts, ni les croix, ni la mort. Constamment elle sest affermie, non par la résistance, mais par lendurance, et à tous ceux qui ont été, en glorieuse phalange, incarcérés comme des criminels, elle a inspiré, pour mener le combat avec la même courageuse ardeur, la triomphale perspective de la gloire.
5. O vraiment bienheureuse mère Église ainsi honorée et illuminée de la divine condescendance, parée du sang glorieux des martyrs vainqueurs, revêtue de la blanche virginité dune confession de foi inviolée. A ses fleurs ne manquent ni les roses ni les lis. Et maintenant, bien-aimés, que chacun rivalise pour recevoir la plus abondante dignité de ces deux honneurs, les couronnes blanches de la virginité, ou les couronnes pourpres du martyre. Dans les camps célestes la paix et la lutte ont chacune leurs fleurs pour couronner les soldats du Christ.
6. Limmense et ineffable bonté de Dieu a même pourvu à ne pas étendre le temps des fatigues et du combat à ne pas lallonger ni léterniser, mais à le rendre bref et, pour ainsi dire, dun moment. Ainsi les combats et les fatigues sont pour cette vie brève et limitée, mais les couronnes et les récompenses des mérites sont pour la vie qui est éternelle. Ainsi les fatigues passent vite, mais les récompenses des mérites se prolongent sans fin. Après les ténèbres de ce monde ils verront une lumière ruisselante de blancheur, ils recevront un bonheur plus grand que les amertumes de toutes les souffrances. Cest ce que lApôtre atteste quand il dit: «Il ny a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui doit se révéler en nous» (
Rm 8, 18).
Troisième Nocturne
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (5, 1-12)
7. En ce temps-là , Jésus, voyant les foules, gravit la montagne, et quand il se fut assis, ses disciples savancèrent vers lui. Et, ouvrant la bouche, il les enseignait en ces termes: «Heureux ceux qui ont une âme de pauvre: le Royaume des Cieux est à eux. Heureux les doux: ils auront la Terre en héritage. Heureux ceux qui sont dans le deuil: ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice: ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux ils obtiendront miséricorde. Heureux ceux qui ont le cur pur: ils verront Dieu. Heureux ceux qui font uvre de paix: ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice: le Royaume des Cieux est à eux. Heureux serez-vous quand on vous outragera, quon vous persécutera et quon dira mensongèrement contre vous toute sorte de mal, à cause de moi. Soyez dans la joie et lallégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux; cest ainsi en effet quon a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.»
Homélie de saint Augustin, évêque (
Traité sur le sermon sur la Montagne, 1, nn. 2-3; texte latin:
PL 34, 1231-1232)
Si lon recherche ce que signifie cette montagne, on aura raison dy voir les préceptes majeurs de justice car ceux qui avaient été donnés aux Juifs étaient mineurs. Unique est cependant le Dieu qui a donné, par les saints prophètes et par ses serviteurs, en des temps déterminés selon un ordre très sage, des préceptes mineurs à un peuple quil fallait encore lier par la crainte et qui a donné par son Fils des commandements majeurs à un peuple quil convenait désormais daffranchir par lamour. Aux personnes mineures sont donnés des préceptes mineurs, aux majeures, des préceptes majeurs, mais toujours ils sont donnés par celui qui seul sait, en temps voulu, appliquer au genre humain la médication adéquate.
8. Rien détonnant si le seul et même Dieu qui a fait le ciel et la terre donne, en vue du Royaume des Cieux, des préceptes majeurs et, en vue du royaume terrestre, des préceptes mineurs. Cest donc de cette justice plus grande que le prophète a dit: «Ta justice: une montagne de Dieu» (
Ps 35, 7). Ainsi est bien signifié cet enseignement que le Maître unique, seul capable denseigner de si grandes choses, donna sur la montagne. Il sassit donc pour enseigner et ceci convient à la dignité du magistère. «Et ses disciples vinrent à lui.» Pour entendre ses paroles, ils veulent aussi être corporellement tout près de lui, eux qui, par le mouvement de leur cur, sapprochent pour accomplir ses préceptes. «Ouvrant alors la bouche, il les instruisait en disant...» Cette circonlocution que le texte utilise: «Ouvrant alors la bouche» est peut-être là pour nous annoncer par sa longueur même que le discours qui va suivre sera assez long, à moins encore quelle ne souligne, non sans raison, que cest lui maintenant qui a ouvert sa propre bouche, lui qui, sous lancienne loi, avait coutume douvrir la bouche des prophètes.
9. Et que dit-il? «Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux.» Nous lisons dans lÉcriture au sujet de la convoitise des biens temporels: «Tout est déception et présomption desprit» (
Eccl 1, 14). La présomption desprit, cest lorgueil et larrogance. On dit couramment des orgueilleux quils sont des esprits forts, à bon droit, puisquaussi bien en latin le mot esprit, «spiritus», est synonyme de vent, comme il est écrit: «Feu et grêle, neige et brume, esprit douragan!» (
Ps 148, 8). Qui lignore? on dit aussi des orgueilleux quils sont enflés comme sils étaient tout gonflés de vent! Cest pourquoi encore lApôtre dit: «La science enfle, cest la charité qui édifie» (
1 Co 8, 1). Il faut donc entendre ici par pauvres en esprit les humbles, ceux qui craignent Dieu, cest-Ã -dire ceux qui nont pas cet esprit qui enfle.
En France:
A LA MESSE
PREFACE DES SAINTS (1962)
Vere dignum et iustum est, ǽquum et salutáre,
nos tibi semper et ubÃque grátias ágere:
Dómine, sancte Pater, omnÃpotens ætérne Deus:
Qui glorificáris in concÃlio Sanctórum,
et eórum coronándo mérita, corónas dona tua.
Qui nobis in eórum præbes,
et conversatióne exémplum,
et communióne consórtium,
et intercessióne subsÃdium.
Ut tantam habéntes impósitam nubem téstium,
per patientiam currámus ad propósitum nobis certámen,
et cum eis percipiámus immarcescÃbilem glóriæ corónam,
per Christum Dóminum nostrum.
Per quem maiestátem tuam laudant Angeli,
adórant Dominatiónes, tremunt Potestátes.
Cæli cælorúmque Virtútes, ac beáta Seraphim,
sócia exsultatióne concélebrant.
Cum quibus et nostras voces,
ut admÃtti iúbeas, deprecámur,
súpplici confessióne dicéntes:
Traduction officielle du Missel latin-français (1964-65)
Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,
de toffrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,
à toi, Seigneur, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.
Car tu es glorifié dans lassemblée des saints:
lorsque tu couronnes leurs mérites,
tu couronnes tes propres dons.
Dans leur vie, tu nous procures un modèle,
dans la communion avec eux, une famille,
et dans leur intercession, un appui;
afin que, soutenus par cette foule immense de témoins,
nous courions jusquau bout lépreuve qui nous est proposée
et recevions avec eux limpérissable couronne de gloire,
par le Christ, notre Seigneur.
Cest par lui que les anges célèbrent ta grandeur,
que les esprits bienheureux adorent ta gloire,
que sinclinent devant toi les puissances den-haut
et tressaillent dune même allégresse
les innombrables créatures des cieux.
leur hymne de louange,
laisse-nous joindre nos voix
pour chanter et proclamer: