Une bonne analyse trouvée sur "Pro-liturgia" . Elle mérite d'être lue pour la réflexion qu'elle suscite :
"Lorsqu'on parle des évêques, il est devenu habituel de les juger en fonction de nos attentes... lesquelles ne sont pas toujours conformes aux attentes de l'Eglise. Tel nouvel évêque sera jugé "bien" par tel groupe de fidèles dans la mesure où il est réputé plutôt "traditionnel", entendons favorable au latin et au grégorien; tel autre évêque sera jugé "bien" par tel autre groupe de fidèles dans la mesure où il est réputé plutôt "ouvert", entendons favorable à la nomination de laïcs en responsabilité et prêt à s'interroger sur le célibat sacerdotal.
Dans ce concert de fidèles attribuant des "bons points" aux pasteur, tout comme la revue "Golias" attribue des "mitres" aux évêques les plus en phase avec les seules idées - fort peu catholiques - de Christian Terras, on entend assez peu de gens se soucier de savoir si leur évêque prie, fait adoration, et est incontestablement catholique, c'est-à-dire en phase sur le plan doctrinal, liturgique et pastoral, avec le Successeur de Pierre. La question centrale est donc évacuée et les jugements portés sur tel ou tel évêque se font le plus souvent à l'emporte-pièce.
Nous avions écrit, dans un précédant article sur la question de l'épiscopat en France, qu'on ne règle pas en quelques nominations d'évêques une crise qui perdure depuis bientôt un siècle, depuis bien avant Vatican II. Il est donc nécessaire de juger les situations et les évolutions que nous voyons à l'aune du temps de Jésus-Christ et non pas à celle de nos courtes existences.
Et la première chose dont il faut bien avoir conscience, c'est que la nomination d'un évêque frondeur qui en voulant régler trop rapidement des problèmes doctrinaux - et souvent humains, lesquels sont d'une autre complexité! - finirait par semer la division dans son diocèse ne serait pas un "bon" évêque. Pas plus que ne serait "bon" l'évêque qui, pour avoir la paix, ignorerait ces mêmes problèmes: là-dessus, Benoît XVI a été très clair, rappelant que l'idéal d'un pasteur n'est pas d'être un "père tranquille".Un évêque réputé "romain" qui arrive dans un diocèse où il est fraîchement nommé, n'a pas de raison de se mettre tout de suite tel organisme caritatif sur le dos même s'il ne partage pas toutes ses vues. Dans le même temps, cet évêque devra accepter les chants bêtifiants qui sont devenus le répertoire habituel des messes paroissiales; il lui faudra accueillir dans le choeur de sa cathédrale ce prêtre au look très "seventies" qui s'obstine à ne porter que l' "aube de grossesse" et doit suivre le "Credo" dans un livret tant le latin lui est pénible et le grégorien étranger.
C'est cette grande patience épiscopale qui fera que si les choses n'évoluent pas aussi vite qu'on aimerait, elles finiront tout de même par évoluer, au rythme de l'Eglise, de la prière, de la réflexion. Sans faire trop de bruit, sans heurter les fidèles auxquels durant ces dernières années, on a fait successivement croire tout et le contraire de tout.
Pour autant, il n'est pas question de laisser les erreurs doctrinales se propager, ni le massacre de la liturgie se perpétuer comme s'il s'agissait de quelque chose de "normal" qu'il faudrait replacer dans le contexte de la fameuse "exception française" ... laquelle consiste à couper les amarres pour naviguer le plus loin possible de Rome.
Il ne serait pas davantage question de se satisfaire de voir la mainmise des néo-conservateurs - les clercs et laïcs de la génération des 55-75 ans - perdurer en se disant que le Christ vaincra. Une telle attitude serait même contraire à l'Evangile qui n'enseigne pas la résignation mais l'engagement. Si on laisse faire, la cooptation érigée en principe unique de choix des évêques fera encore des ravages trente, quarante, cinquante ans... et trente ou cinquante ans, c'est une vie: ce sont beaucoup d'âmes qui risquent de partir à la dérive.
Peut-on croire que le Saint-Père, connaissant la situation de nos diocèses et de nos paroisses de France, ait décidé de tirer un trait sur une Eglise comme la nôtre? C'est impossible: le Pasteur suprême ne peut laisser aucun fidèle se sentir orphelin.
Il faut donc voir que le choix des évêques, en France, est probablement davantage d'ordre juridique. D'où une question de fond qui mériterait d'être soulevée et débattue: pourquoi ne pas remettre en cause la "terna" et son mode de fonctionnement? Pourquoi laisser perdurer un système dans lequel ceux qui devraient donner un avis autorisé sur tel candidat à l'épiscopat ne font que se plier au consensus mou qui règne au sein de la conférence épiscopale (consensus dénoncé par Mgr Gaidon) pour donner des noms de prêtres insignifiants que le nonce sera chargé de transmettre à Rome?
Chacun peut voir que là où oeuvre un évêque qui tranche sur ses confrères, qui est convaincu et engagé à fond dans la réforme des vieilles habitudes et structures héritées de 68, les bienfaits ne tardent pas à voir le jour: retour de la liturgie, du catéchisme, des vocations sacerdotales et religieuses (lesquelles n'ont jamais cessé d'exister mais ont été étouffées par le système que nous dénonçons)...
C'est la meilleure preuve que nous devons intervenir pour obtenir de tels pasteurs. Auprès de qui? Mais du Pape, auquel nous devons demander de nous donner des évêques capables de dénoncer l'erreur et d'encourager le bien... toujours avec grande patience et avec le souci d'instruire. Selon la "recette" donnée par S. Paul.
Beaucoup reconnaissent que les dernières nominations d'évêques pour la France sont - à part quelques rares exceptions - assez décevantes. Il y a fort peu à attendre des nouveaux pasteurs diocésains. Pourquoi ? Parce que faisant partie de cette génération de prêtres à laquelle rien n'a été enseigné dans les séminaires diocésains ou interdiocésains, ils n'ont rien à transmettre de solide, de consistant. On ne donne que ce que l'on a reçu... Aussi parce que faisant partie de cette génération de prêtres qui n'a elle-même connu ni liturgie digne ni catéchisme solide du temps de sa jeunesse, nos évêques ne peuvent rien envisager pour améliorer la liturgie ou l'enseignement de la doctrine. Certains d'entre eux n'imaginent même pas à quelle niveau de bêtise sont tombées les célébrations qu'ils président!
Dans ces conditions, que peut faire Benoît XVI qui connait très bien la situation des diocèses français puisque, du temps où il était Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il a reçu des centaines de lettres de séminaristes lui exprimant leur profonde inquiétude et leurs souffrances? Trois possibilités s'offrent à lui.
La première consiste à nommer évêques des prêtres réputés "catholiques-romains" au caractère tempéré. Leur repérage est facile: ce sont ceux dont on parle en mal dans les bureaux diocésains. Mais l'expérience montre qu'une réputation ne correspond pas toujours à un charisme épiscopal: on a vu certains de ces prêtres considérés "romains" devenir soudain très conventionnels dès leur installation dans un évéché, au point d'épouser les circonvolutions de la pensée molle qui caractérise une bonne partie de l'épiscopat français.
La deuxième solution consiste à nommer évêques des prêtres "catholique-romains" au tempérament de fonceurs. Des sortes de Don Camillo. Il n'est pas certain que ce soit la meilleure solution: ils arriveront obligatoirement dans des diocèses qui leur seront hostiles, où tout est verrouillé, où tout est entre les mains d'une poignée de super-laïcs soutenus par quelques prêtres sexagénaires qui ont tout saccagé mais qui ont tout intérêt à ce que rien ne change parce que c'est précisément la destruction du tissu ecclésial qui est leur rtaison d'être, celle à travers laquelle ils ont l'impression de faire "évoluer" l'Eglise alors qu'ils ne laissent que des ruines. Un évêque "fonceur" qui arrive dans un tel contexte risquera de faire des vagues dans le meilleur des cas, des ravages dans le pire des cas. Or il ne lui incombe pas d'être un diviseur au sein de l'Eglise.
La troisième solution consiste à se souvenir que la crise actuelle est vieille de plus de 70 ans et qu'ele ne se résoudra pas aussi rapidement qu'on puisse le souhaiter. Dans ce contexte, Benoît XVI peut nommer évêques des prêtres "carriéristes". Ce peut être une façon de les neutraliser peu à peu. Car en les mettant face à des problèmes qu'ils seront incapables de résoudre, ils ne pourront que perdre de cette superbe dont ils faisaient usage avant de recevoir la mitre. Au demeurant, on constate que bien des prêtres choyés dans leur diocèses d'origine parce qu'ils passaient pour avant-gardistes et peu romains, sont oubliés trois mois après leur prise de fonction épiscopale. Le violet, même lorsqu'il n'est pas porté, est capable de juguler les élans pastoraux douteux de certains clerc en très peu de temps.
Une chose reste certaine: la situation dans nos diocèses de France ne s'améliorera que lorsque arrivera la fin - de plus en plus proche d'ailleurs - du bataillon des 55-75 ans qui tiennent encore les rênes. Alors, les jeunes prêtres pourront s'affirmer. Certes, peu d'entre eux ont une solide formation, mais la majorité veut bien faire, et pour bien faire est prête à suivre Rome, à écouter le Souverain Pontife, à se former, à s'instruire, à remettre la liturgie à l'honneur. Surtout, ces jeunes prêtres ont un grand avantage par rapport à leurs aînés: n'ayant pas vécu 68, ils sont insensibles aux idées ringardes qui flottent encore dans les antichambles épiscopales.
Encore un peu de patience et le Christ triomphera!"
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