Le denier de César, par Gustave Doré
Dimanche 24 Octobre 2010
I. BRÉVIAIRE ROMAIN (en vigueur jusquen 1960)
VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE
(QUATRIÈME DOCTOBRE)
Premier Nocturne
Commencement du second livre des Maccabées (ch.
1)
1. (vv. 1-6) Aux frères dÉgypte, joie et grande paix de la part des frères de Jérusalem et du pays de Judée. Que Dieu vous fasse du bien, quil se souvienne de son alliance en faveur dAbraham, Isaac et Jacob, ses serviteurs fidèles. Quil vous rende tous capables de ladorer et de faire sa volonté avec un cur généreux et une âme résolue. Quil ouvre votre cur à sa loi et à ses commandements, et quil vous donne la paix. Quil écoute vos prières, quil se réconcilie avec vous, quil ne vous abandonne pas à lheure de la détresse. En ce moment, ici même, nous sommes en prière pour vous.
2. (vv. 18-19) Comme nous allons célébrer le vingt-cinq Kisleu la purification du Temple, nous avons jugé bon de vous en informer afin que vous célébriez, vous aussi, la fête des Tabernacles et du feu manifesté lorsque Néhémie, ayant construit le Temple et lautel, offrit des sacrifices. Lorsque nos pères, en effet, furent emmenés en Perse, les prêtres pieux dalors, ayant pris du feu de lautel, le cachèrent secrètement au fond dun puits qui était à sec et ils ly mirent si bien en sûreté, que lendroit demeura ignoré de tous.
3. (vv. 20-22) Nombre dannées sétant écoulées, lorsque tel fut le bon plaisir de Dieu, Néhémie, renvoyé par le roi de Perse, fit rechercher le feu par les descendants des prêtres qui lavaient caché. Mais comme ils nous expliquèrent quils avaient trouvé non pas le feu mais un liquide épais, il leur ordonna den puiser et de le rapporter. Quand on eut disposé ce qui était nécessaire aux sacrifices, Néhémie commanda aux prêtres de répandre ce liquide sur les bois et sur ce quon avait placé dessus. Cet ordre une fois exécuté et le moment venu où le soleil, dabord obscurci par les nuages, se mit à briller, un grand brasier salluma, ce qui suscita ladmiration de tout le monde.
Deuxième Nocturne
Du traité de saint Jean Chrysostome sur le psaume 43 (
1:
PG 55, 167-168)
4. «O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles, nos pères nous ont raconté luvre que tu fis de leurs jours.» Ce psaume, cest bien le prophète qui le dit, pas en son nom, mais au nom des Maccabées; il raconte et prédit ce qui devait arriver de leur temps. Tels sont bien les prophètes: ils parcourent tous les temps, passé, présent et avenir. Qui sont donc les Maccabées, quont-ils souffert, quont-ils fait? Il faut le dire dabord afin de rendre plus clair le sens du psaume. Cétait au temps dAntiochus, surnommé Épiphane: ayant envahi la Judée et tout dévasté, il avait contraint beaucoup de Juifs dalors à profaner les institutions ancestrales. Or, les Maccabées demeurèrent inébranlés par ces épreuves.
5.Lorsque sévissait une guerre violente où ils se voyaient impuissants à faire davantage, ils se cachaient et cela, les Apôtres lont fait aussi. Ils ne se produisaient pas toujours pour se jeter au milieu du danger, mais parfois ils se retiraient en fuyant et en se cachant. Après avoir repris un peu souffle, pareils à de jeunes lions courageux bondissant de leurs cavernes et surgissant de leurs refuges, ils décidèrent que le salut nétait plus pour eux seuls, mais aussi pour tous, autant que possible. Parcourant la ville et toute la région, ils rassemblèrent tous les hommes et tous ceux quils trouvaient bien disposés, ils les ramenèrent à leur ancienne fidélité, les persuadant de revenir à la loi de leurs pères.
6.Dieu, leur disaient-ils, est ami des hommes, il ne refuse jamais le salut qui naît du repentir. Par de tels propos, ils constituèrent une armée dhomme courageux: en effet, ce nétait plus pour leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, ni à cause de la déportation et de lesclavage de leur patrie quils combattaient, mais pour la loi et les institutions ancestrales. Leur chef, cétait Dieu lui-même. Quand donc ils se rangeaient en bataille et prodiguaient leurs vies, ils mettaient les ennemis en déroute. Ce nétait pas dans les armes quils plaçaient leur confiance, mais, au lieu de nimporte quelle armure, ils pensaient que suffirait la cause même pour laquelle ils luttaient. En marchant au combat, ils ne sexcitaient pas par des cris et des chants de guerre, ainsi que le font certains, ils ne sentouraient pas de joueurs de flûte comme dans les autres camps; mais ils invoquaient le Ciel pour que Dieu les assiste, combatte avec eux et leur prête main forte, car cest à cause de lui quils faisaient la guerre, puisquils se battaient pour sa gloire.
Troisième Nocturne
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (22, 15-21)
En ce temps-là, les pharisiens se retirèrent et tinrent conseil contre Jésus, pour le prendre au piège dans ses paroles. Ils lui envoient leurs disciples avec des Hérodiens pour lui dire: «Maître, nous savons que tu es véridique, que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité, et que tu ne tiens compte de personne, car tu ne regardes pas à la condition des gens. Dis-nous donc quel est ton avis: est-il permis de payer limpôt à César, ou non?» Mais Jésus, connaissant leur méchanceté, répondit: «Pourquoi me mettez-vous à lépreuve, hypocrites? Montrez-moi la monnaie de limpôt. » Ils lui présentèrent un denier. Et Jésus leur dit: «De qui est cette image? et cette inscription?» Ils lui répondent: «De César.» Alors il leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu.»
Homélie de saint Hilaire, évêque (
Sur Matthieu 23, 1-2:
PL 9, 1044-1045)
Souvent les pharisiens sagitent et ne peuvent tirer des faits passés loccasion dincriminer Jésus. Car aucun défaut ne pouvait se glisser ni dans ses actes ni dans ses paroles. Mais dans leur malice, ils sefforcent de découvrir la moindre faille pour laccuser. Or Jésus appelait tout le monde à passer des vices du siècle et des superstitions religieuses humaines à lespérance du Royaume des Cieux. Les pharisiens, par conséquent, tendent un piège subtil dans la façon de formuler leur question: ou bien violer le pouvoir séculier, ou bien admettre évidemment lobligation de payer le tribut à César.
8. Connaissant le secret de leurs pensées, (car Dieu observe ce qui est caché au plus intime des hommes) Jésus se fait apporter un denier, et il sinforme de qui sont linscription et leffigie. Les pharisiens répondent: « De César. » Il leur dit: « A César il faut rendre ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu. » Réponse vraiment admirable, et solution parfaite que cette parole céleste! Le Seigneur équilibre si bien tout entre le mépris du siècle et linjure blessante pour César, quil décharge les âmes consacrées à Dieu de tous les soucis et embarras humains en décrétant quil faut rendre à César ce qui lui appartient. Car sil ne reste rien de lui chez nous nous ne serons pas obligés de lui rendre ce qui lui appartient.
9. Si au contraire, nous couvons son bien, si nous recourons à son pouvoir, nous nous astreignons aussi comme des mercenaires, à gérer un patrimoine étranger, et il ny a point à se plaindre dinjustice: il faut rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui lui revient: notre corps, notre âme, notre volonté. Cest de lui en effet que nous les tenons au départ et dans leur accroissement; il est donc juste quils retournent entièrement à celui dont ils reconnaissent tirer tout ensemble lorigine et le progrès.
II. BRÉVIAIRE ROMAIN (1961)
VINGT-DEUXIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECÔTE
(QUATRIÈME DOCTOBRE)
Au Nocturne
Commencement du second livre des Maccabées (ch.
1)
1. (vv. 1-6) Aux frères dÉgypte, joie et grande paix de la part des frères de Jérusalem et du pays de Judée. Que Dieu vous fasse du bien, quil se souvienne de son alliance en faveur dAbraham, Isaac et Jacob, ses serviteurs fidèles. Quil vous rende tous capables de ladorer et de faire sa volonté avec un cur généreux et une âme résolue. Quil ouvre votre cur à sa loi et à ses commandements, et quil vous donne la paix. Quil écoute vos prières, quil se réconcilie avec vous, quil ne vous abandonne pas à lheure de la détresse. En ce moment, ici même, nous sommes en prière pour vous.
2. (vv. 18-22) Comme nous allons célébrer le vingt-cinq Kisleu la purification du Temple, nous avons jugé bon de vous en informer afin que vous célébriez, vous aussi, la fête des Tabernacles et du feu manifesté lorsque Néhémie, ayant construit le Temple et lautel, offrit des sacrifices. Lorsque nos pères, en effet, furent emmenés en Perse, les prêtres pieux dalors, ayant pris du feu de lautel, le cachèrent secrètement au fond dun puits qui était à sec et ils ly mirent si bien en sûreté, que lendroit demeura ignoré de tous. Nombre dannées sétant écoulées, lorsque tel fut le bon plaisir de Dieu, Néhémie, renvoyé par le roi de Perse, fit rechercher le feu par les descendants des prêtres qui lavaient caché. Mais comme ils nous expliquèrent quils avaient trouvé non pas le feu mais un liquide épais, il leur ordonna den puiser et de le rapporter. Quand on eut disposé ce qui était nécessaire aux sacrifices, Néhémie commanda aux prêtres de répandre ce liquide sur les bois et sur ce quon avait placé dessus. Cet ordre une fois exécuté et le moment venu où le soleil, dabord obscurci par les nuages, se mit à briller, un grand brasier salluma, ce qui suscita ladmiration de tout le monde.
Lecture du saint Évangile selon saint Matthieu (22, 15-21)
3. En ce temps-là, les pharisiens se retirèrent et tinrent conseil contre Jésus, pour le prendre au piège dans ses paroles. Ils lui envoient leurs disciples avec des Hérodiens pour lui dire: «Maître, nous savons que tu es véridique, que tu enseignes la voie de Dieu en toute vérité, et que tu ne tiens compte de personne, car tu ne regardes pas à la condition des gens. Dis-nous donc quel est ton avis: est-il permis de payer limpôt à César, ou non?» Mais Jésus, connaissant leur méchanceté, répondit: «Pourquoi me mettez-vous à lépreuve, hypocrites? Montrez-moi la monnaie de limpôt. » Ils lui présentèrent un denier. Et Jésus leur dit: «De qui est cette image? et cette inscription?» Ils lui répondent: «De César.» Alors il leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu.»
Homélie de saint Hilaire, évêque (
Sur Matthieu 23, 1-2:
PL 9, 1044-1045)
Souvent les pharisiens sagitent et ne peuvent tirer des faits passés loccasion dincriminer Jésus. Car aucun défaut ne pouvait se glisser ni dans ses actes ni dans ses paroles. Mais dans leur malice, ils sefforcent de découvrir la moindre faille pour laccuser. Or Jésus appelait tout le monde à passer des vices du siècle et des superstitions religieuses humaines à lespérance du Royaume des Cieux. Les pharisiens, par conséquent, tendent un piège subtil dans la façon de formuler leur question: ou bien violer le pouvoir séculier, ou bien admettre évidemment lobligation de payer le tribut à César.
III. COMMENTAIRE PATRISTIQUE DE LÉVANGILE DU MISSEL DE 1970-2002
La
Liturgia Horarum, cest-à-dire le nouveau bréviaire romain, ne donne pas de commentaire de lévangile de chaque dimanche, contrairement à la tradition. On a donc donné ci-après le commentaire que le
Bréviaire Romain en vigueur jusquen 1960 donne pour lévangile de la messe du
X° dimanche après la Pentecôte:
Lc 18, 9-14.
Le pharisien et le publicain, par Jacques Tissot (Brooklyn Museum)
TRENTIÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
(Cycle des lectures C)
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc (18, 9-14; tr. liturgique)
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.'
Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !'
Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Homélie de saint Augustin, évêque (
Sermon 115, 2:
PL 38, 656)
Si au moins ce pharisien avait dit:
Je ne suis pas comme beaucoup dhommes. Car par ces mots «le reste des hommes» que veut-il dire sinon, tous, lui seul excepté?
Moi, dit-il, je suis juste, tous les autres, pécheurs. «Je ne suis pas comme le reste des hommes, injustes, voleurs, adultères.» Et voici pour toi, dans le voisinage dun publicain, une occasion de te rengorger davantage. «Comme ce publicain-là», dit-il. «Moi, dit-il, je suis un être à part! Celui-là est un des autres!» Non, dit-il, je ne suis pas tel que lui! Grâce à mes uvres de justice, je ne suis pas un homme malhonnête.
«Je jeûne deux fois la semaine, je paie la dîme de tout ce que je gagne.» Qua-t-il demandé à Dieu? Cherche dans ses paroles, tu ne trouveras rien! Il monte prier. Or, il ne veut pas implorer Dieu, mais se louer soi-même. Cest trop peu dire: «Pas implorer Dieu, mais se louer soi-même.» En surplus, il insulte celui qui prie. «Le publicain, lui, se tenait à distance» et cependant, il sapprochait de Dieu. Sa conscience secrète len éloignait, sa piété len rapprochait. «Le publicain, lui, se tenait à distance», mais, tout proche, le Seigneur lui prêtait attention.
Le Seigneur est le Très-Haut et il regarde lhumilité. Mais les hommes hautains, et le pharisien était lun deux , il ne les connaît que de loin. Leurs actes hautains, Dieu les connaît de loin, mais il ne méconnaît pas leur faute. Écoute encore lhumilité du publicain. Non content de se tenir à distance, il ne levait même pas les yeux vers le ciel. Afin dêtre regardé, lui ne regardait pas. Il nosait pas relever les yeux. Sa conscience lopprimait, lespérance le soulevait. Écoute encore: «Il se frappait la poitrine.» De lui-même, il exige un châtiment. Aussi le Seigneur épargne-t-il celui qui confesse sa faute. «Il se frappait la poitrine en disant:
Mon Dieu, sois indulgent au pécheur que je suis.«Le voilà, celui qui prie! Pourquoi tétonner? La faute quil reconnaît Dieu, lui, ne veut plus la connaître.
Oraison
(=
MR 1962: 13° dim. après la Pentecôte)
Omnípotens sempitérne Deus,
da nobis fídei, spei et caritátis augméntum,
et, ut mereámur ássequi quod promíttis,
fac nos amáre quod prǽcipis.
Traduction de D. Gaspar Lefebvre
Dieu tout-puissant et éternel,
augmentez en nous la foi, lespérance et la charité;
et, pour que nous méritions dobtenir ce que vous promettez,
faites-nous aimer ce que vous commandez.