je viens de publier un petit Edito dans
L'Homme Nouveau sur le film
Des hommes et des dieux. Vous me direz, c'est un peu tard. Mais comme je ne vais au cinéma que deux fois par an, mieux vaut tard que jamais. Surtout lorsqu'il s'agit d'un vrai grand film
catholique.
Je dis bien
catholique, pas vaguement chrétien. Non, catholique sur tous les plans. Il faudrait des dizaines de pages pour en explorer les diverses facettes. Ce film est catholique au-delà sans doute des intentions du réalisateur et de la perception d'une partie de son vaste public.
Catholique, il l'est d'abord
spirituellement, comme l'était déjà
Le Grand silence, par la contemplation de Dieu présent dans les tâches matérielles des moines, dans sa création : le bois, l'eau, la lumière... Religion de l'incarnation et non d'un spiritualisme éthéré.
Catholique, il l'est
théologiquement, en situant la liturgie au centre de la vie. C'est dans le culte rendu à Dieu, c'est dans le corps et sang offert, que les hommes puisent les eaux du salut avant de s'offrir eux-mêmes pour le salut du monde. Le dernier repas des trappistes, comme dans la Cène du Jeudi saint, oscille entre la joie de la célébration (marquée par le symbole eucharistique du vin) et la tristesse du sacrifice qui s'annonce.
Catholique, il l'est
politiquement. En regardant ce film, je pensais à cette parole du théologien américain Stanley Hauerwas, disant que l'Eglise
« n'a pas pour tâche de faire du monde le Royaume, mais d'être fidèle au Royaume en montrant au monde ce qu'est une communauté de paix ». Illustration d'une authentique politique chrétienne, qui unit temporel et spirituel, le village ne peut vivre sans les moines, rappelle le vieux musulman qui le dirige. Cité de Dieu au coeur de la cité des hommes : c'est par contraste avec une telle communauté que le monde peut comprendre qu'il est créé par Dieu mais déformé par le péché et la violence. A la violence islamiste répond la violence de l'Etat (et l'on ne sait toujours pas lesquels sont les véritables assassins des frères de Tibhirine : les terroristes ou les militaires).
Après avoir écrit ces lignes, j'ai lu diverses critiques publiées ça et là. Toutes m'ont confirmé dans cette analyse.