Quel fut le moyen dont se servit l'Eglise pour mener à bien ce travail ? essentiellement la prédication. Nous connaissons un assez grand nombre de sermons prononcés en cette époque, de Saint Césaire d'Arles (le modèle sans doute), de Saint Pierre Chrysologue, Saint Maxime de Turin, Saint Léon le Grand, plus tard Saint Firmin, Saint Eloi, Saint Colomban, Saint Grégoire, Saint Boniface ; tous nous frappent par leur allure directe, leur simplicité, leur rude franchise. Le temps est encore loin où le moindre prédicateur se croira déshonoré s'il n'use pas d'un langage hautement métaphysique, et incompréhensible pour son auditoire, et s'il n'imite les périodes de Bossuet ou de Lacordaire ! (...) Saint Germain de Paris conseillera de même à ses prêtres d'éviter le "pathos ampoulé". Parfaitement adaptés à leurs auditoires, dépourvus de toute prétention théologique, mais seulement désireux de frapper les âmes, de les faire vibrer ou trembler, ces grands prédicateurs se plaçaient dans la ligne même de Saint Augustin qui parlait de semblable façon aux gens d'Hippone : les résultats obtenus prouvent assez que le moyen était bon.(...)
Contre l'immoralité partout répandue, ah ! ils ne mâchent pas leurs mots ! Nos contemporains se voileraient la face si un prêcheur s'avisait de lire en chaire telle page de Saint Césaire d'Arles sur la chasteté dans le mariage ou le crime de l'adultère ! Aux impudiques, aux libidineux, ces prédicateurs prédisent les châtiments de l'enfer : l'enfer tient une grande place dans les sermons du temps."
Daniel-Rops, "L'Eglise des temps barbares", p. 309 |