L’attitude de la Chrétienté du Moyen-Age vis-à-vis de ces bêtes inoffensives relève de l’hystérie la plus irrationnelle, fondée sur la création de bouc-émissaire et la volonté politique de terroriser les fidèles.
C’est par une bulle du pape Grégoire IX, en 1233, que le chat fut déclaré « serviteur du Diable », probablement en raison de son appétit sexuel et de ses longues périodes de sommeil diurne : paresse et luxure, le mélange explosif au regard de la «morale» était tout trouvé ! A la même époque, il lui fut tout naturellement attribué un rôle de premier plan dans les actes prétendus de sorcellerie. Au début du XVe siècle, Innocent VII intensifia la persécution des chats, suivi, en 1484, par Innocent VIII qui imposa que les « sorcières » fussent livrées par l’Inquisition au bûcher avec leurs félins favoris - lesquels faisaient l’objet de très ubuesques procès ! Car, bien entendu, aux yeux de ces hommes d’Eglise, la femme et le chat constituaient deux cibles fâcheusement complémentaires, à diaboliser en priorité… Les chats noirs furent, plus que les autres, assimilés au Malin – à moins que leur robe ne comportât une tache blanche sur le poitrail, appelée « marque de Dieu », détail lourd de signification quant à l’alliance du fanatisme religieux et de la superstition. L’extermination par millions de ces animaux eut une conséquence inattendue selon beaucoup d’historiens : la grande épidémie de peste noire qui ravagea toute l’Europe dès la fin du XIVe siècle eut sans doute été moins importante et moins longue si l’on n’avait pas ainsi fait disparaître les prédateurs naturels du rat.
Il faudra attendre l’Humanisme de la Renaissance pour voir les persécutions de chats s’estomper progressivement, mais ce n’est vraiment qu’à partir du règne de Louis XV que l’on se résolut à accorder à ces animaux charmants la tranquillité qu’ils méritaient. Le XIXe siècle les réhabilita grandement. Certains papes (notamment Léon XII et Pie IX) affichèrent un réel amour des chats.
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