(ça date un peu, mais c'est intéressant.
En prime, bon article sur X. Martin)
Correspondance européenne
n. 222 du 31 Août 2010
CE 222/05 Belgique: procession pour la Fête-Dieu à Liège
Le samedi 5 juin a eu lieu à Liège (Belgique) la procession de la Fête-Dieu. Mais en ce diocèse de Liège, cet évènement a pris un aspect particulier puisque c'est ici que sainteJulienne de Cornillon (1192-1258) vierge, de l’Ordre de Saint-Augustin et Prieure du monastère du Mont-Cornillon,fut appelée, par révélations divines, à développer dans l'Eglise, à travers épreuves, persécutions et exils, la Fête du Saint-Sacrement ou Fête-Dieu, qui célèbre la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. Ainsi créée dans le diocèse en 1246, cette fête avait été presque aussitôt étendue à l’Église universelle. Malheureusement, cette procession avait été abandonnée à Liège dans les années 1970.
C'est donc un retour à une tradition ancestrale qui avait lieu en ce jour. Pour les organisateurs, cette procession visait à « réunir des catholiques liégeois de tous horizons, unis dans une même foi. Elle n’a d’autre but que de manifester publiquement et respectueusement que selon leurs convictions, qui sont aussi les nôtres, le Christ est réellement présent au monde encore maintenant, dans la sainte Eucharistie ». Néanmoins, selon Mgr Jousten, évêque du lieu, « il faut bien réfléchir. Rendre la vie à une chose qui n’existe plus, c’est difficile. Je sais qu’il y a une procession à Cologne qui est aussi une grande ville, mais la mentalité est différente. Nous avons la procession du 15 août en outre-Meuse qui est très bien, mais est-ce qu’une procession du Saint-Sacrement peut être un signe pour aujourd’hui ? Notre projet vise plutôt à assurer une présence dans la vie de la cité »(“La Libre Belgique”, 4 juin 2010). « La question que je me pose, c’est précisément de savoir quel peut être l’impact d’une telle procession sur la population, qui voit défiler des chrétiens » (“RTC télé Liège”, 5 juin 2010).
Malgré cela, la procession a réuni près de 500 personnes au cœur même de la ville: la Croix, une fanfare, les bannières des confréries, la Vierge habillée de Vottem, portée sur un trône, les acolytes et thuriféraires précédaient le dais du Saint-Sacrement suivi par le clergé, la chorale et les fidèles dont beaucoup de personnes du quartier, des gens aux fenêtres arborant des fleurs ou prenant des photos. La procession a ainsi rejoint à travers le centre de Liège l'église du Saint-Sacrement où la Messe solennelle a été célébrée, selon le missel de 1962, par Mgr Michel Dangoisse, Prélat d’honneur de Sa Sainteté et Doyen du Chapitre cathédral de Namur. Les quatre cents chaises de l’église n’ont pas suffi à accueillir les nombreux fidèles et beaucoup ont suivi la cérémonie debout.
En cette fin d'année sacerdotale, Mgr Dangoisse a ainsi conclu son homélie : « Je rappelle que le saint Curé d’Ars disait : “Mes amis, si nous savions ce que c’est la Messe, nous mourrions de joie !”. C’est pourquoi sainte Thérèse de Lisieux, à laquelle on reprochait, car elle était malade, de monter l’escalier répliqua : “Pour une Messe et une communion, est-ce trop cher payé ?” C’est aussi pourquoi, il faut des prêtres dans l’Église. Priez-vous tous les jours pour les vocations dans notre pays ? (…) Dans son homélie au Cénacle à Jérusalem, [Jean-Paul II] précisait : “[Les paroles consécratoires] ont été répétées générations après générations par ceux qui partagent le sacerdoce du Christ…De cette façon, le Christ lui-même répète constamment ces paroles à travers la voix de ses prêtres dans chaque lieu du monde” et ainsi, à chaque Messe, nous vivons un aspect eschatologique : nous attendons son retour dans la gloire. “Nous annonçons, dit saint Paul, la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne” - donec veniat : ces deux mots, je les ai fait graver sur mon calice. Et ainsi, au milieu des inquiétudes, des bouleversements et des violences inouïes de ce monde, en célébrant la Messe nous hâtons Son retour et nous désirons voir, enfin, Son visage, face à face. Donec veniat ! Et nous rejoignons la devise de notre nouvel archevêque, (Mgr André-Joseph Léonard): “Oh ! oui, viens, Seigneur Jésus“! » (J. S.)
CE 222/08 Livres: Retour sur un itinéraire
Depuis quelques années, le public cultivé découvre peu à peu l’œuvre colossale du professeur Xavier Martin qui, après avoir publié sept ouvrages sur la pensée des Lumières, vient d’en faire paraître un huitième : Retour sur un itinéraire (DMM, Bouère 2010).
Retour sur un itinéraire occupe une place un peu particulière dans l’œuvre de Xavier Martin. Ce livre est né d’une journée organisée le 15 novembre 2008 par la Faculté de Droit d’Angers pour rendre hommage à celui de ses professeurs qui avait le mieux illustré son laboratoire de recherches. D’éminents historiens du droit, Stéphano Solimano (Milan), Jean-Marie Carbasse (Montpellier), Philippe Rémy (Poitiers), Gérard Guyon (Bordeaux), Lieve Spaas (Kingston University) étaient venus souligner l’apport décisif des recherches de Xavier Martin et s’entretenir avec lui. Retour sur un itinéraire contient, outre le texte d’une conférence donnée ce jour-là par Xavier Martin sur la gestion d’affaires, les interventions de chacun de ces grands savants et la réponse étoffée que Xavier Martin avait promis de leur faire par écrit.
Dans cette réponse, Xavier Martin décrit son cheminement intellectuel avec le style ciselé et l’humour ravageur qui font la joie de ses lecteurs. Il explique comment, sans plan préconçu, il en est venu à délaisser des recherches initialement consacrées à la coutume d’Anjou et aux institutions angevines sous l’Ancien Régime pour s’intéresser aux conceptions anthropologiques des rédacteurs du Code Napoléon. Découvrant, stupéfait, alors qu’il était jeune maître de conférences, que la conception de l’homme des rédacteurs du Code Napoléon est l’exact opposé de ce qui est communément enseigné dans les facultés de droit, Xavier Martin a voulu comprendre la raison de ce « malentendu ». De là, remontant le temps, il en est venu à s’intéresser aux conceptions anthropologiques des acteurs de la Révolution, avant de se plonger dans la lecture des auteurs des Lumières. Le professeur Martin a ainsi mis en valeur que les hommes des Lumières, loin de nourrir une conception élevée de l’homme comme on l’affirme habituellement, considéraient l’homme comme une petite mécanique réagissant aux sensations qu’elle perçoit, selon des règles qui relèvent de la physique et de la chimie, une mécanique mue par un unique carburant : l’intérêt égoïste. Il montre comment le législateur révolutionnaire a voulu manipuler ce matériau humain afin de « régénérer l’espèce humaine ». Il décrit comment, après Thermidor, dans cette France abîmée par la Terreur, le législateur des années 1794-1804 a poursuivi cette entreprise de régénération afin de rétablir une stabilité sociale mise à mal par les destructions révolutionnaires.
Les découvertes de Xavier Martin ne pouvaient que déranger. Avec humour, il décrit les pesanteurs intellectuelles et matérielles de l’Université française, l’empire du ronronnement académique et la grande difficulté à pouvoir aborder ces questions essentielles et d’en discuter de manière apaisée ou simplement universitaire.
L’éditeur a choisi, en outre, avec bonheur, d’isoler cette réponse pour en faire un second livre, dont le titre exprime à la perfection ce que fut la démarche de Xavier Martin : Trente années d’étonnement.
De ces deux livres, le lecteur trouvera matière à de fructueuses réflexions sur les conditions de la recherche et sur l’état des échanges intellectuels en France. On ne saurait trop en recommander la lecture. (P.P.B.)
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