Illustration :
SUBVERSION CATHOLIQUE
Georges Boudarel, exemple type de la subversion catholique Boudarel, exemple de subversion catholique
Conférence donnée par Yves Daoudal à l'université d'été de Chrétienté-Solidarité, à Saint-Jacques de Compostelle, en 2002. Télécharger le texte ICI (ne fonctionne pas)
Quand on parle de la subversion de l'Eglise, on pense au concile Vatican II, à l'esprit du concile, aux conséquences de telle ou telle orientation conciliaire, etc. La cristallisation de la résistance des traditionalistes autour de Mgr Lefebvre, le conflit entre Mgr Lefebvre et Rome, tout cela a fait parfois perdre de vue que la subversion était déjà dans l'Eglise, et que toutes les dérives post-conciliaires ne sont pas nées du concile, même si le fameux esprit du concile, et certains textes de ce concile, ont pu avoir un effet d'accélérateur, et d'ouvertures de vannes que le saint-siège tentait jusque là de verrouiller. Quand on pense à cette dérive d'avant le concile, on pense aux années 50, qui ont été marquées notamment par la question des prêtres ouvriers, ou par nombre d'expériences liturgiques qui préfiguraient, anticipaient, la destruction officielle de la liturgie traditionnelle. Mais en réalité le ver était dans le fruit depuis bien plus longtemps, et avant la guerre déjà la subversion faisait des ravages. Vous allez me dire, mais qu'est-ce qu'il raconte là, il devait nous parler de Boudarel, et voilà qu'il nous parle du concile, de l'avant concile, de l'avant avant concile d'avant-guerre... Il va remonter jusqu'où comme cela, et où est Boudarel là-dedans ? Eh bien c'est que le cas Boudarel illustre précisément ce que je suis en train de dire. Il illustre la subversion la plus radicale du christianisme, à partir de ce qui se passait dans l'Eglise d'avant-guerre.
Boudarel est l'exemple chimiquement pur de la subversion catholique, du renversement du christianisme dans le plus exact anti-christianisme : le communisme marxiste-léniniste stalinien. Boudarel est l'exemple le plus clair de ce renversement, comme le reflet d'un paysage dans l'eau. Le reflet donne une image inversée du paysage réel. La différence entre le reflet du paysage dans l'eau et le reflet inversé du christianisme dans le communisme, c'est que le reflet du paysage est très beau, alors que le reflet du paradis que donne le communisme, c'est l'enfer.
Séminariste Georges Boudarel est né le 21 novembre 1926, à Saint-Etienne, dans une famille catholique. Il fait ses études à l'Institution Notre-Dame de Valbenoîte, des frères maristes, près de l'église paroissiale. Il fut le premier, dit-il dans son autobiographie, à dire qu'il voulait faire du latin pour terminer ses études secondaires en philo et non en "maths élems", et il était le seul de sa classe à vouloir "devenir curé". C'est lui-même qui souligne cela dans son autobiographie. Le jeune Boudarel était l'élève le plus pieux de sa classe, au point de vouloir devenir prêtre, et d'en prendre le chemin en choisissant la filière qui lui permet de faire du latin. Nous sommes à ce moment-là sous l'occupation. Arrive chez les maristes un professeur laïc du collège des jésuites d'Avignon, qui n'hésite pas à vilipender le maréchal Pétain pendant ses cours, et qui prône devant les élèves ce que Boudarel définit comme un "socialisme chrétien radical". Ce professeur va créer une section de la JEC. La JEC, c'est la Jeunesse étudiante chrétienne, qui a eu la même évolution progressiste et cryptocommuniste que la JOC, la Jeunesse dite ouvrière dite chrétienne. On voit là que cette évolution n'est pas récente, et que déjà au début des années 40, et donc dans les années précédentes, puisque ce professeur sévissait déjà avant la guerre, la JEC faisait la promotion d'une subversion socialiste radicale. A cette même époque, Georges Boudarel passe un trimestre en interne au collège des jésuites de Saint-Chamond. Et là, un prêtre qui s'affirme ouvertement socialiste apprend aux élèves des chants « d'allure aussi chrétienne que révolutionnaire sur des rythmes modernes », selon l'expression de Boudarel. L'un de ces chants est tout simplement L'Internationale, le chant de la haine révolutionnaire. Boudarel découvre L'Internationale à l'école des jésuites, et apprend par coeur ce chant qu'on lui montre comme d'inspiration chrétienne. Il devient en même temps un militant de la JEC, et bien entendu son aumônier de la JEC, qui est un vicaire de sa paroisse, a exactement la même orientation. On est déjà là au coeur de la subversion du christianisme : L'Internationale, c'est une parodie inversée des béatitudes et de la rédemption. Le salut ne vient pas de Dieu mais de l'homme, il ne se trouve pas dans l'obéissance mais dans la révolte, il est universel par la révolution sociale mondiale et non par l'universalité spirituelle de l'Eglise. En octobre 1943, Georges Boudarel, qui veut toujours devenir prêtre, entre au grand séminaire de Francheville, près de Lyon. Là, il découvre avec émotion, comme il le dit dans son autobiographie, « toute la splendeur du grégorien dans les offices de la Semaine sainte »... Mais son directeur spirituel, qui n'est ni un aumônier de la JEC ni un jésuite de Saint-Chamond, est troublé par le discours politique du séminariste. Au bout de longues discussions, il finit par le convaincre de réfléchir pendant deux ou trois ans, et de revenir quand il aura fait le point sur sa vocation... A la rentrée suivante, Boudarel se fait professeur de sixième au collège dont il avait été l'élève. Six mois plus tard, il décide de perdre la foi. Ce n'est pas moi qui le dit. C'est lui qui l'écrit noir sur blanc dans son autobiographie : Je décidai de perdre la foi. L'expression en dit long sur la structure psychologique du personnage. Et sur la subversion de la volonté. Mais cela ne l'empêche pas, à la rentrée suivante, de prendre un poste de professeur-surveillant au collège des Frères des écoles chrétiennes de Fourvières. Ce sera toutefois sa dernière année scolaire dans une école catholique. En 1946, il devient pion au lycée de Bourg-en-Bresse. 1946, c'est l'année qui commence par l'arrivée de communistes au gouvernement, et qui finit par le déclenchement de la guerre d'Indochine... C'est précisément cette année-là que Georges Boudarel prend sa carte du parti communiste. Il a vingt ans.
A la rentrée suivante, il est nommé au lycée du Parc à Lyon, et devient un militant communiste actif. C'est alors qu'il se rend au bureau colonial du parti communiste, à Paris, et qu'il est envoyé en Indochine, comme militant clandestin, c'est-à-dire sans sa carte du parti, et avec pour consigne d'observer « prudence, silence et circonspection ». A Saïgon, il s'installe dans la somptueuse villa du capitaine du port, qui est le mentor du soi-disant Groupe culturel marxiste, paravent transparent de la subversion communiste locale. Puis il sera plus ou moins professeur ici ou là, ne suivant guère, du reste, la consigne de "prudence, silence et circonspection", car il se fait remarquer partout pour ses idées communistes (au cours d'une séance de dédicaces dans une librairie j'ai rencontré un de ses anciens élèves qui s'en souvient encore), son absentéisme, sa propension aux plaisirs les plus divers et déviants comme « l'opium, l'alcool, les prostituées, les girons », selon sa propre expression. Les autorités françaises ne tardent pas à le ficher comme « membre PCF, opiomane, sans moralité ». C'est en quelque sorte sa façon d'enterrer sa vie de garçon, ou plutôt de séminariste, avant de devenir un implacable apparatchik. L'apprentissage de l'inversion A la fin de 1950, Boudarel rejoint les maquis communistes du Viêt-minh. Il y est reçu comme un héros (la radio du Viêt-minh le présente comme un professeur d'université qui a abandonné sa chaire à Saïgon, pas moins), et il va se livrer, par le biais de la radio clandestine du Viêt-minh, dont il va devenir éditorialiste, et par la rédaction de tracts, à une intense activité antifrançaise. Il peut alors réciter en permanence les clichés communistes de la lutte du camp de la paix contre l'impérialisme, appeler les étudiants à la rébellion, les soldats à la désertion et au sabotage. Dans le même temps, il va approfondir sa connaissance du marxisme-léninisme pratique. Et tout particulièrement en ce que le marxisme-léninisme est une inversion du christianisme, comme il le montrera au camp 113. Il existe un absolu, c'est la doctrine communiste, qui fera le bonheur du genre humain. Le parti communiste est infaillible. On lui doit une totale obéissance. Le commissaire politique est là pour définir la voie droite. Celui qui s'en écarte doit se soumettre à la critique et faire son autocritique afin de reconnaître publiquement qu'il s'est trompé et de prendre l'engagement de ne plus recommencer.
L'ancien séminariste qui a décidé de perdre la foi n'est évidemment pas dépaysé. L'inversion est parfaite. Une doctrine, un dogme intangible, qui conduit au bonheur. Un magistère infaillible. Un clergé qui dirige les fidèles. La désobéissance et la transgression qui sont des péchés dont on doit se confesser. Je confesse devant mes frères, n'est-ce pas, dit-on dans la nouvelle liturgie. C'est ce que Boudarel mettra en oeuvre au camp 113, avec le plus grand zèle. Jusqu'à ce que mort s'en suive à défaut de pouvoir mettre dans le droit chemin des soldats français irrécupérables. En juin 1952, Boudarel est nommé commissaire politique par le Viêtminh. Il est envoyé dans le Nord, où il sera chargé, écrit-il sans sourciller, de « faire de la propagande en faveur de la paix et du rapatriement du corps expéditionnaire auprès des prisonniers de guerre français que le Viêt-minh entendait libérer unilatéralement pour faciliter la fin des hostilités ». La propagande, il la fera, certes, jusqu'au lavage de cerveau, jusqu'à la suppression de toute dignité humaine, sur de pauvres hères qui seront en effet libérés unilatéralement, mais par la mort la plus horrible.
Vers la fin de son long voyage, à pied, vers le camp 113, Boudarel arrive à Tan Hoa, et apprenant que l'évêque du lieu est un Européen, il lui rend visite. Dans son autobiographie, Boudarel décrit cette visite de façon ignoble, dans le plus pur style de la caricature soviétique. Il rencontre un riche prélat, qui se pavane dans son palais, insensible aux malheurs du peuple vietnamien. En réalité, cet évêque, un Belge, Mgr de Cooman, est quasiment en résidence surveillée dans son évêché, sans la moindre marge de manoeuvre, soumis aux attaques permanentes de la presse communiste, et il est dans la région le dernier prêtre européen qui n'a pas encore été expulsé. Ce qui est intéressant est que Mgr de Cooman réussit à faire passer une lettre à un confrère, où il traite de divers problèmes, et relate la visite de Boudarel. On a connaissance de cette lettre parce que le destinataire l'a évidemment aussitôt transmise aux autorités françaises. Et l'on voit là que Boudarel était un parfait apparatchik, sachant habilement faire diversion. Car Mgr de Cooman écrit que Boudarel lui a confié qu'il se rendait en Russie. Et l'on retrouvera cela dans plusieurs rapports des autorités françaises (dont certains concluront, quelques mois plus tard, que Boudarel se trouve sans doute en Russie). Alors que Boudarel va, quelques jours après sa visite à Mgr de Cooman, prendre la direction idéologique du camp 113. Mais ce qui nous intéresse dans la lettre de Mgr de Cooman, c'est qu'il décrit explicitement Boudarel comme quelqu'un qui « raisonne avec calme » et ne « donne pas l'impression d'être un fanatique ». Boudarel n'est pas un énergumène excité, ce n'est pas un pervers fébrile, c'est un authentique apparatchik à sang froid. Ce qu'il va faire au camp 113, c'est en application rigoureuse et systématique d'une ligne idéologique qui ne souffre aucun compromis, aucun sentiment humain. On remarquera au passage, et ce n'est pas sans importance, qu'avant de prendre ses fonctions au camp 113, Boudarel rencontre le représentant du parti communiste français auprès du gouvernement rebelle vietminh. C'est le représentant du parti communiste français qui lui donne sa feuille de route, qui lui explique ce qu'il devra faire. Boudarel est nommé par le Viêt-minh mais ce sont les instructions du parti communiste français qu'il suivra, comme il les a toujours suivies, alors qu'il prétend avoir toujours agi de sa propre initiative. Il est difficile de dire ce qui relève des instructions du PCF et ce qui relève de la personnalité de Boudarel dans les atrocités du camp 113. Mais ce qui est indéniable est que le camp 113 fut de loin le pire des camps de prisonniers français au Viêt-nam, et de loin.
Camp 113 : l'application de la doctrine
Début février 1953, les prisonniers du camp 113 voient arriver Boudarel. Ils le décrivent comme un homme sec, de belle prestance, intellectuel à lunettes, qui paraît venir des pays de l'Est. C'est tout dire. Il leur annonce qu'il a pour mission de corriger leurs erreurs passées et de les rééduquer politiquement pour qu'ils deviennent des futurs combattants de la paix pour le Viêt-nam. Il leur dit aussi qu'il a la charge de faire d'eux des hommes nouveaux. Car c'est là aussi un aspect important de la propagande communiste, dans son aspect d'inversion de la doctrine catholique. Le communisme doit construire un homme nouveau. C'est la même expression que celle de saint Paul. Sauf que l'homme nouveau selon saint Paul est celui qui se dépouille de sa vie de péché pour s'épanouir dans la liberté des enfants de Dieu, tandis que l'homme nouveau du communisme est celui que l'on coupe de ses racines traditionnelles pour le jeter dans l'esclavage du parti.
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http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/08/30/97001-20100830FILWWW00378-comparer-roms-et-juifs-faute-grave.php