Les archives du Forum Catholique
Forum | Documents | Liens | Q.F.P. | Oremus

Les archives du Forum Catholique

JUILLET 2003 A MARS 2011

Retour à la liste des messages | Rechercher

Afficher le fil complet

L'article en question : Imprimer
Auteur : Bernard Joustrate
Sujet : L'article en question :
Date : 2003-12-29 09:22:55

Le Don Camillo de la baie des Anges

Nice: André Lucchesi
[29 décembre 2003]



«Nous vivons dans un monde de communication et d'images. Ma soutane en est une. Elle contribue de plus en plus à créer un lien avec mon prochain...»

Sur la Côte d'Azur, certains le surnomment le nouveau Don Camillo. D'autres, «le scootériste en soutane» ou bien encore «l'abbé rétro».

L'évêque de Nice, lui, ne s'y est pas trompé quand il a pressenti l'abbé Stéphane Drillon pour devenir «un missionnaire en banlieue difficile», celle de l'Ariane, une cité sensible au nord de Nice.

Personnage atypique en mouvement perpétuel, l'abbé Drillon, la quarantaine surbookée, marie dans son quotidien soutane et scooter, sacerdoce et singularité.

Dans sa nouvelle mission, depuis deux mois, il est en train de se tailler une belle popularité. Même si sa petite église a été visée fin octobre par un saccage profanateur en règle dont les mobiles ne sont pas encore éclaircis. Statuette de la Vierge brisée, vitraux pulvérisés à coups de pierres, cierges arrachés, mobilier renversé, bénitier souillé, rien n'avait résisté à l'acharnement de ceux qui avaient profité d'une porte ouverte et de l'absence momentanée du prêtre.

L'indignation avait été générale autour de l'abbé Drillon célébrant une messe du pardon qui avait rassemblé quantité d'habitants de l'Ariane, les représentants de tous les cultes. Un vaste élan de solidarité s'était manifesté pour restaurer sa petite église avant Noël. Ce ne sera pas le premier challenge d'un prêtre hors du commun, à la fois passéiste et futuriste, parfois contestataire et rebelle, bouillonnant d'initiatives et d'idées.

Naguère encore, pendant ses seize années de sacerdoce dans le pays de la Côte d'Azur – où il parvenait à desservir simultanément une vingtaine de petites paroisses –, Stéphane Drillon passait environ vingt heures par semaine au volant, en tout, plus de 70 000 km par an. Quitte parfois à circuler à tombeau ouvert, comme il le confesse: «J'ai toujours été un adepte de la vitesse. Et je souffre énormément de la fixette que l'on fait actuellement sur certaines limitations. Mieux vaudrait réformer la manière dont on apprend aux gens à conduire.»

Autre position à contre-courant de «l'abbé soutane», fumeur invétéré: son initiative, déjà prise il y a quelques années dans sa paroisse de Guillaume (Alpes-Maritimes), d'annoncer dans son prêche la création d'un «espace fumeur» dans son presbytère «pour remédier, dit-il, à un décret de discrimination totalitaire et permettre aux paroissiens persécutés de se réfugier chez leur curé pour fumer, selon la tradition d'hospitalité du catholicisme».

Aujourd'hui, dans une cité de plus de sept mille habitants – dont 61% d'origine musulmane –, il persévère dans le port de la soutane: «Je n'ai jamais compris pourquoi mes confrères l'avaient abandonnée. Je n'ai jamais souscrit à cette crise d'identité du clergé. En plus, dans ce quartier, ma soutane est harmonisée avec les habits des représentants des autres religions présentes. Un curé qui se balade dans le métro en civil: comment voulez-vous qu'il aide son prochain! En soutane, il va peut-être donner de l'urticaire aux anticléricaux mais ils sont en perte de vitesse. Et moi, je peux constater qu'il ne se passe pas un jour sans que je sois abordé dans la rue par des gens qui viennent me dire ce qu'ils ont sur le cœur, me demander un conseil ou simplement discuter.»

Telles sont les options de celui qui sourit quand on le compare à un Don Camillo, accueille dans sa communauté pas moins de dix-neuf nationalités et qui réplique ainsi à ceux qui, paraît-il, auraient influencé des enfants identifiés comme les vandales – quatre gamins âgés de six à huit ans – en leur désignant sa petite église comme «quelque chose à casser en tant que maison du diable».

Source : Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/france/20031229.FIG0171.html


La discussion

 Un article éclatant, de Leopardi [2003-12-29 08:52:55]
      L'article en question :, de Bernard Joustrate [2003-12-29 09:22:55]
          Parfait !, de Justin Petipeu [2003-12-29 09:25:32]